Horizon au Levant
Shahin
Il y a 3 semaines et 23 heures
Comme les autres, Shahin a reçu la bénédiction des kojins, bien qu'il semble que cela ait été un peu plus compliqué que pour d'autres.
Néanmoins, le moment venu de partir pour suivre les traces du peuple de la pluie, il reste introuvable.
Néanmoins, le moment venu de partir pour suivre les traces du peuple de la pluie, il reste introuvable.
Comme ses alliés, le Viera du Vent sera resté de la nuit afin d'apporter son aide aux funérailles des défunts de l'île.
Contrairement à Tula où malgré un accueil particulier le séjour fut quand même plaisant, ils étaient loin de s'imaginer qu'Amenoko serait en réalité un gigantesque champ de cadavres dont seuls les ossements auraient perdurés.
En voyant la détresse de Meleth à cette vue, le Rava en vint même un instant à regretter d'avoir percé le mystère derrière cette illusion plus agréable à l'oeil.
Mais Adi'ra avait raison, il valait mieux connaître cette vérité même si elle faisait mal plutôt que de rester dans le confort du mensonge.
De manière surprenante, le Moine avait ressenti un lien bien plus fort avec le Dévoreur, le Torrent, Meleth et l'élément de l'Eau en général durant cette courte expédition.
Était-ce le fait de savoir que Noah ne serait plus là pour protéger la Fille du Torrent qui avait eveillé en lui ses anciens instincts de gardebois ?
De toute manière, il ne pouvait pas l'abandonner à son sort et si ce semblant de lien nouvellement créé pouvait l'y aider, l'hésitation n'était pas permise.
Une fois les défunts rendus à la mer, le rouquin se posa l'esprit songeur devant l'étendue bleutée.
Ses péripéties et divers entraînements lui avaient déjà démontré ses affinités élémentaires et même si comme de nombreux Vieras il entretenait encore un certain lien avec la Terre, c'était bien le lien avec le Vent qui s'était montré prédominant chez lui.
Toutefois, lui-même pouvait difficilement expliquer comment son instinct avait ainsi pu réagir aujourd'hui à ce nouvel élément.
D'un geste aussi curieux qu'hasardeux, il tendit la main vers la surface liquide, fermant les yeux en se concentrant de la même manière qu'il était capable de le faire pour les vents.
"Je me demande si..."

L'Eau immobile et ne réagissant encore qu'aux remous naturels incita le Golmorien à se concentrer davantage quand soudain...
Sa perle se mit à sonner.
"...Ri'leyh...?"
Contrairement à Tula où malgré un accueil particulier le séjour fut quand même plaisant, ils étaient loin de s'imaginer qu'Amenoko serait en réalité un gigantesque champ de cadavres dont seuls les ossements auraient perdurés.
En voyant la détresse de Meleth à cette vue, le Rava en vint même un instant à regretter d'avoir percé le mystère derrière cette illusion plus agréable à l'oeil.
Mais Adi'ra avait raison, il valait mieux connaître cette vérité même si elle faisait mal plutôt que de rester dans le confort du mensonge.
De manière surprenante, le Moine avait ressenti un lien bien plus fort avec le Dévoreur, le Torrent, Meleth et l'élément de l'Eau en général durant cette courte expédition.
Était-ce le fait de savoir que Noah ne serait plus là pour protéger la Fille du Torrent qui avait eveillé en lui ses anciens instincts de gardebois ?
De toute manière, il ne pouvait pas l'abandonner à son sort et si ce semblant de lien nouvellement créé pouvait l'y aider, l'hésitation n'était pas permise.
Une fois les défunts rendus à la mer, le rouquin se posa l'esprit songeur devant l'étendue bleutée.
Ses péripéties et divers entraînements lui avaient déjà démontré ses affinités élémentaires et même si comme de nombreux Vieras il entretenait encore un certain lien avec la Terre, c'était bien le lien avec le Vent qui s'était montré prédominant chez lui.
Toutefois, lui-même pouvait difficilement expliquer comment son instinct avait ainsi pu réagir aujourd'hui à ce nouvel élément.
D'un geste aussi curieux qu'hasardeux, il tendit la main vers la surface liquide, fermant les yeux en se concentrant de la même manière qu'il était capable de le faire pour les vents.
"Je me demande si..."

L'Eau immobile et ne réagissant encore qu'aux remous naturels incita le Golmorien à se concentrer davantage quand soudain...
Sa perle se mit à sonner.
"...Ri'leyh...?"

Il n'avait plus ouvert la moindre carte marine depuis que l'Eternal avait sombré dans la dernière bataille du Trium. Ce retour à l'Escale afin de veiller sur la convalescence de Silius tombait à point nommé pour étudier la carte gravée repérée par Wendy sous l'épave morbide dont la proximité leur avait retourné les tripes, et la comparer avec des cartes actuelles de Vylbrand.
La catastrophe qui avait consummé tous les enfants de la Pluie ne remontait qu'à une vingtaine d'année, mais Ivanhault soupçonnait cette stèle d'être bien plus ancienne, et de remonter à l'âge où leur peuple voyageait en nomades errants. Depuis, le fléau de Dalamud avait modifié les paysages, ses effets dévastateurs sur l'éther élémentaire des régions avaient remodelé les cartes. Le sentier qui figurait dans la pierre, s'il existait encore, devait être bien dissimulé.
Sur un coin du bureau de la bibliothèque où il s'était installé reposait le violon d'électrope dont il s'était servi la veille pour offrir le repos aux défunts. La totale absence d'émotion lors de la découverte des cadavres, commençait à l'interroger quand ses compagnons avaient accusé le coup de façon sensible. Depuis la disparition de l'Eternal, il se sentait enveloppé dans un vide grisâtre d'où rien ne jaillissait plus ; ni lumière, ni intérêt, ni moments de vie ou de gloire. Les quelques instants de plaisir éclairaient la surface des flots comme les lucioles éthérées des défunts avaient dessiné les contours de l'écume des vagues la veille, puis se délitait de nouveau en néant boueux.
Il avait pris du repos, il avait fait le tour d'un bocal, lancé une compagnie, risqué sa vie et celle des quelques camarades qui l'avaient suivi, avant de retrouver le sentiment familier d'appartenance à l'Escale. Le bonheur était de plus en plus fugace, la peine de moins en moins tangible et voir Meleth s'effondrer n'avait causé chez lui que la recherche d'une solution pratique. A l'instant même où il se sentait de moins en moins humain, la réflexion ne déclenchait qu'une analyse de son état et des éléments objectifs dont il aurait dû se sentir heureux. Pour commencer, il avait de nouveau une raison d'ouvrir des cartes.
Il avait tout pour être heureux.
La catastrophe qui avait consummé tous les enfants de la Pluie ne remontait qu'à une vingtaine d'année, mais Ivanhault soupçonnait cette stèle d'être bien plus ancienne, et de remonter à l'âge où leur peuple voyageait en nomades errants. Depuis, le fléau de Dalamud avait modifié les paysages, ses effets dévastateurs sur l'éther élémentaire des régions avaient remodelé les cartes. Le sentier qui figurait dans la pierre, s'il existait encore, devait être bien dissimulé.
Sur un coin du bureau de la bibliothèque où il s'était installé reposait le violon d'électrope dont il s'était servi la veille pour offrir le repos aux défunts. La totale absence d'émotion lors de la découverte des cadavres, commençait à l'interroger quand ses compagnons avaient accusé le coup de façon sensible. Depuis la disparition de l'Eternal, il se sentait enveloppé dans un vide grisâtre d'où rien ne jaillissait plus ; ni lumière, ni intérêt, ni moments de vie ou de gloire. Les quelques instants de plaisir éclairaient la surface des flots comme les lucioles éthérées des défunts avaient dessiné les contours de l'écume des vagues la veille, puis se délitait de nouveau en néant boueux.
Il avait pris du repos, il avait fait le tour d'un bocal, lancé une compagnie, risqué sa vie et celle des quelques camarades qui l'avaient suivi, avant de retrouver le sentiment familier d'appartenance à l'Escale. Le bonheur était de plus en plus fugace, la peine de moins en moins tangible et voir Meleth s'effondrer n'avait causé chez lui que la recherche d'une solution pratique. A l'instant même où il se sentait de moins en moins humain, la réflexion ne déclenchait qu'une analyse de son état et des éléments objectifs dont il aurait dû se sentir heureux. Pour commencer, il avait de nouveau une raison d'ouvrir des cartes.
Il avait tout pour être heureux.

Meleth n'aimait pas sentir trop d'attention sur elle. Un comble pour une artiste, qui d'ailleurs n'était plus montée sur scène depuis des semaines. Elle esquivait les questions, fuyait les regards soupçonneux ou compatissants. Elle ne voulait rien cacher, mais n'avait pas trouvé les mots pour leur dire. Et puis, le temps s'écoulait. Certains avaient compris dans son silence, la confortant dans cette posture de mensonge qu'elle avait si bien appliquée durant ses trente années d'exil : "si tu n'en parles pas, ce n'est pas tout à fait une réalité". Elle savait que c'était faux, que c'était lâche.
Le sort tragique des Enfants de la Pluie avait éveillé en elle tout ce qu'elle refoulait. Tant de morts parce que la peur avait poussé les siens à écouter Valoroix, à réveiller en toute ignorance un mal qui s'en prendrait à des innocents bien au-delà de Golmorre. Il avait tout détruit, tout emporté, même le plus fort des Fils du Torrent.
De retour à Tamamizu après avoir "nettoyé" Amenoko de ses ossements et offert un semblant de rites funéraires à ces inconnus qui avaient vu leur vie entière balayée en un instant, Meleth était restée de longues heures assises sur le rocher de l'ethérite jouant avec les deux chapelets de bois et de cristal. Le sien, et celui de Noah, un à chaque poignet. Rouler les perles entre ses doigts lui apportait un semblant de calme quand la tempête grondait en elle sans qu'elle n'en perde le contrôle ; preuve que le rituel avait fonctionné. Elle avait perdu l'amour de sa vie pour ce pouvoir, il avait intérêt à ce que cela en vaille la peine. Et ses camarades allaient vite lui donner l'opportunité de se mettre à l'épreuve.
"Le Pilier des Cieux demain soir ? J'en suis."

On ne l'y attendait certainement pas, il n'avait pas manifesté le moindre intérêt pour les précédentes variations de l'eau lors de l'avancée des recherches et la découverte des tribus successives. Ce matin là pourtant, Ivanhault faisait partie des élèves qui attendaient le vieil ao'ra hors de la bulle de Sui no Sato lorsqu'il sortit sous prétexte d'aller cueillir des anémones.
L'art de l'illusion n'intéressait pas Ivanhault davantage que les précédentes itérations de l'eau. Cependant.
Cependant, la théorie avait cette fois attiré son attention. Prismes, arc en ciel et pluie, toutes choses magnifiques et colorées dont il rêvait en rouge depuis toujours. Depuis qu'il avait contemplé les abîmes multicolores de la Fin du Chant, et que Silius avait inventé pour lui des lunettes capables de percevoir la nature des couleurs. Il désirait connaître la théorie des prismes appliquée à l'eau, l'associer à son propre art lumineux des astres, et en déduire quelque chose du Beau qui, au plus profond, l'attirait à la façon dont l'éclat des pierres précieuses attire les corbeaux. Quand il vint, c'était tout ce qui l'animait : Egoïstement, pour le plaisir, pour la poésie, pour la beauté.
L'art de l'illusion n'intéressait pas Ivanhault davantage que les précédentes itérations de l'eau. Cependant.
Cependant, la théorie avait cette fois attiré son attention. Prismes, arc en ciel et pluie, toutes choses magnifiques et colorées dont il rêvait en rouge depuis toujours. Depuis qu'il avait contemplé les abîmes multicolores de la Fin du Chant, et que Silius avait inventé pour lui des lunettes capables de percevoir la nature des couleurs. Il désirait connaître la théorie des prismes appliquée à l'eau, l'associer à son propre art lumineux des astres, et en déduire quelque chose du Beau qui, au plus profond, l'attirait à la façon dont l'éclat des pierres précieuses attire les corbeaux. Quand il vint, c'était tout ce qui l'animait : Egoïstement, pour le plaisir, pour la poésie, pour la beauté.

Le prisme de l'eau
Le matin qui suivit la visite à Sui-no-Sato, les volontaire qui accompagnaient Meleth se retrouvèrent à l'extérieur du village avec le vieux prêtre Raiu qui allait s'improviser maître pour quelques temps. Comme convenu, ils s'éloignèrent des habitations et se rendirent dans un récif discret rempli d'anémones et de coraux. Le temps clair, à la surface, renvoyait à travers l'eau les rayons du soleil matinal. C'est avec cela qu'ils allaient travailler.Raiu leur expliqua la théorie, la torsion de la lumière à travers l'eau et le concept de prisme. Tous ceux qui avaient observé au-delà de l'utilité basique d'un prisme mirage pouvaient suivre l'introduction sans mal. Le procédé ainsi exposé semblait simple, en pratique c'était tout autre chose.
Pour aujourd'hui, l'entraînement de Meleth consisterait simplement à utiliser sa maîtrise de l'eau pour torde la lumière en un maximum de couleurs différentes. Les fonds marins se paraient d'arc-en-ciel, fort jolis, mais aussi fort inutiles. On ne crée pas d'illusions monumentales dès les premiers pas. Pour aujourd'hui, ce serait simplement le geste long et répétitif afin de s'habituer. L'harmonisation ne pourrait venir qu'une fois qu'elle aurait rencontré le gardien. Les deux anciens gardebois auront peut être l'occasion de développer cette étrange et nouvelle affinité, pour peu qu'ils le désirent.
Pour les autres, ils pourraient chercher d'autres moyens que la seule maîtrise de l'eau pour tordre la lumière, avec leurs propres sorts ou techniques. Après tout, une fois qu'on connait la théorie on peut s'adapter.
L'exercice dura deux bonnes heures, presque trois. Raiu rentra de son côté, satisfait, et avec une linkperle. Il attendrait la visite de la servante Hisui de son côté. Leur visite au palais attendrait certainement quelques jours, peut être plus d'une semaine. L'expédition pourrait continuer d'ici à ce que la rencontre soit possible. En attendant, Meleth avait besoin de repos et de faire le point. Elle décida de rentrer à l'Escale quelques jours.

Albynn
Il y a 2 semaines et 3 jours
Albynn sera venu se joindre à l'enseignement, mais fît face à plusieurs problèmes à la fois. Déjà, la nouvelle qu'on lui avait donné la veille lui pesait sur le coeur. Ensuite, les lunettes sharlayanaises qu'il avait mis pour cacher ses pupilles rouges à leur enseignant réduisant son champs de vision, mais ce n'était pas le pire. Non, le pire était de travailler sur la magie de l'eau en étant sous l'eau... Et en ne sachant toujours pas nager. Telle une méduse, le lala finissait souvent par dériver avec le courant, et sa tentative de se servir d'un jet d'eau d'élémentalisme comme propulsion l'avait surtout changé en poisson volant avec très peu de contrôle... Il avait même pensé réussir à impressioner les gens avec son miroir d'eau, sauf qu'une parois d'eau n'est pas visible sous l'eau elle-même. Autant peindre au blanc sur une toile blanche!
Au moins, c'était passionnant!
Au moins, c'était passionnant!
Evangeline faisait parti des personnes motivés pour suivre l'apprentissage de ce nouvel aspect de la voie de l'eau. Elle se réveillait extrêmement tôt et aura fait les cent pas avant le départ, en exaspérant plus d'un assurément. Elle aura bien essayé brièvement de manipuler l'eau comme les trois viéras, sans grand succès mais non pas sans effort. Après de longues et fastidieuses tentatives, elle changera son approche de façon simple. Sa compréhension de la pratique la décomposait en deux éléments, le prisme et le rayon de lumière. Si elle ne pouvait pas influer sur l'eau, elle pouvait influer sur la lumière. Elle passe donc le reste du temps à essayer de créer une source de lumière et a en orienté le rayonnement pour réussir l'exercice.
Plusieurs fois dans le processus, elle se laissa tenter à essayer de nouveau à manipuler l'eau, en vain à chaque fois. Dame Thivael faisait toutefois montre, au fur et à mesure de l'exercice, d'un contrôle très précis et affinée sur la petite source de lumière qu'elle avait plaisir à invoquer lors de nombreux mandats ou aventures.
Eva sera restée une heure de plus que ces camarades continuant ses efforts pour contrôler le rayonnement lumineux de son petit orbe flamboyant.
Plusieurs fois dans le processus, elle se laissa tenter à essayer de nouveau à manipuler l'eau, en vain à chaque fois. Dame Thivael faisait toutefois montre, au fur et à mesure de l'exercice, d'un contrôle très précis et affinée sur la petite source de lumière qu'elle avait plaisir à invoquer lors de nombreux mandats ou aventures.
Eva sera restée une heure de plus que ces camarades continuant ses efforts pour contrôler le rayonnement lumineux de son petit orbe flamboyant.

Wendy S.
Il y a 7 heures et 15 minutes

Ils étaient partis à Garlemald pour sauver le monde, une fois encore. Elle, était restée à Yanxia. Elle n’avait pas les armes pour faire le poids contre des démons. Ou peut-être n’en avait-elle simplement pas le courage.
Cette accalmie lui avait au moins offert le temps de reprendre souffle. Elle s’était rendue aux Sources des Pruniers, ce lieu paisible, presque secret, niché dans les hauteurs de Namai, que Kikyo leur avait fait découvrir à leur arrivée. À ses yeux, l’endroit avait quelque chose digne d'un sanctuaire. Il serait le sien, le temps de leur séjour ; un refuge où disparaître chaque fois que le tumulte devenait trop bruyant.
Là, au milieu du silence et des fleurs pâles, la pictomancienne avait laissé revenir à elle le fil de leur longue aventure.
Plusieurs lunes déjà.
Plusieurs routes.
Plusieurs visages.
_________
D’abord, elle revit Prima, à bord du Nomade de Liann.
La Garlemaldaise lui parlait de ses convictions, de cette volonté obstinée d’user des mots avant l’épée, chaque fois qu’un conflit éclatait. Elles n’en avaient pas discuté si longtemps, pourtant cette idée était restée accrochée à Wendy. Elle aussi, autrefois, avait voulu croire à cela. À la parole qui apaise. À la main tendue avant le coup porté.
Elle n’y croyait plus vraiment.
Depuis sa fuite de Sharlayan, trois ans plus tôt, la réalité s’était chargée de lui apprendre le contraire. Pourtant, Prima avait voyagé, elle aussi. Elle avait vu le monde, ses guerres, ses monstres, ses impasses. Et malgré cela, elle essayait encore. À chaque fois. Parfois au péril de sa propre vie, comme face aux pirates. Et à chaque fois, Wendy la voyait persister.
Cela l’agaçait presque autant que cela l’impressionnait. La rousse la renvoyait à une culpabilité qu’elle préférait taire : celle d’avoir, peut-être, cédé trop facilement à la violence. Mais était-ce vraiment céder ? Quand il s’agissait de survivre, de sauver sa propre vie avant de prétendre sauver celle de l’ennemi, la violence n’avait rien d’abstrait. Elle était simple. Immédiate. Naturelle. Prima était-elle plus forte qu’elle ? Ou seulement plus aveugle ? Peut-être avançait-elle dans une forme de déni dangereux, que quelqu’un devrait bien finir par briser. Le destin s’en chargerait sans doute. Et sans doute trop tard.
Le souvenir de leur échange s’arrêtait là où Prima lui avait retourné la question : ce qui la poussait, elle, à avancer. Wendy avait répondu quelques phrases maladroites, fragiles, sur l’idée de rendre le monde meilleur. Mais à peine les avait-elle prononcées qu’elles lui avaient semblé creuses et vides. Alors, même ici, dans le calme des Sources des Pruniers, elle cherchait encore le sens du vent qui soufflait dans ses voiles.
La pictomancie s’était imposée à elle comme une piste. Un interstice né, autrefois, au cœur de la Guerre des Mages : non pas une négation de la violence, mais une manière d’y répondre autrement. Créer plutôt que détruire. Donner forme plutôt que frapper. Pourtant, poursuivre cette voie relevait d’un équilibre complexe. Il ne suffisait pas de peindre de belles images pour rendre le monde meilleur, elle l'avait bien compris. Il fallait trouver le ton juste. Celui qui ne détourne pas les yeux du réel, mais refuse de lui ressembler tout à fait.
_________
Elle retira ses gêtas et laissa ses pieds entrer dans l’eau fraîche. Un frisson remonta le long de ses chevilles. La surface se troubla autour d’elle, puis retrouva lentement son calme.
Debout au bord des Sources, elle leva les yeux vers les nuages que transperçaient les pics rocheux. Dans leur lente dérive, d’autres visages lui revinrent. Mahruvvet et Ney furent les premiers.
Elle n’était pas si proche de la raenne, pourtant ce qu’elle avait découvert d’elle à Thavnair l’avait profondément marquée. La barde lui semblait être au son ce que Wendy était à l’image : toutes deux savaient transformer une intention en quelque chose de réel, de presque tangible. Une émotion. Un souvenir. Une prière, peut-être. Tout ce qui, sans elles, serait resté informe.
À Thavnair, Wendy avait suivi les couloirs de son passé. Elle avait entrevu l’enfance moins simple qu’elle ne l’aurait cru, les blessures discrètes, les silences derrière les sourires. Avec les autres, elle avait découvert les coulisses de l’artiste, derrière la divinité aux mille masques. Ses doutes. Ses craintes. Derriére son assurance apparente, elle aussi en avait. Tout ce qui rendait Mahruvvet plus humaine encore, sans jamais éteindre son éclat.
Jusque-là, Wendy n’avait jamais vraiment été confrontée aux dieux. Elle ne savait même pas ce qu’était une prière. Pas réellement. Elle avait connu les mots, les gestes, les symboles ; jamais ce qui les faisait vibrer. Cette incursion dans le temple avait été un premier pas vers cette compréhension.
Puis ses pensées glissèrent vers Ney.
Avant même de le connaître, elle l’avait vu combattre dans l’arène, face au Tigre de Doma. Le veilleur lui était alors apparu déterminé, agile, presque impassible devant l’ampleur du défi. Elle s’était fait de lui l’image d’un forestier sévère et silencieux.
Puis elle avait découvert sa douceur.
Ney avait ce talent rare de trouver les mots justes. Non pour apaiser simplement ses orages, mais pour leur donner un sens. Il ne cherchait pas à étouffer ce qui grondait en elle ; il l’aidait plutôt à écouter ce que cela voulait dire. Avec le temps, il était devenu pour Wendy une ombre fidèle. Une présence dont elle ne s’inquiétait jamais vraiment lorsqu’elle s’éloignait, car elle savait qu’elle reviendrait. Toujours au bon moment.
Dans les profondeurs de la Mer de Rubis, ils avaient exploré les vestiges du clan de Meleth. Là, Wendy avait découvert toute l’étendue des talents du Viéra. Ses sens semblaient si aiguisés que, même au fond des eaux, les éléments lui murmuraient ce que leurs yeux seuls ne pouvaient percevoir. Il avait pris en main le rituel destiné à invoquer le kami du clan avec une ferveur qui l’avait impressionnée, d’autant plus que ces dieux n’étaient pas les siens. Et pourtant, il y avait cru assez fort pour leur donner une voix. Cela aussi l’avait inspirée.
Avec les années, Wendy avait fini par croire que ses émotions étaient ses pires ennemies. Que sa sensibilité n’était qu’une faille, une fragilité de plus à dissimuler sous des couleurs vives et des sourires bien placés. Mahruvvet et Ney lui avaient montré le contraire. Tous deux avaient cultivé cette part d’eux-mêmes jusqu’à en faire une force. Une force vive, profonde, capable de toucher, de guider, de porter.
Peut-être Wendy pouvait-elle en faire autant. Il lui restait seulement à découvrir comment.
_________
Un pétale tomba sur l’eau, tout près de ses pieds. Il tourna sur lui-même, emporté par un courant presque invisible.
Puis, dans la lente dérive des nuages, apparurent les contours du visage d’Ulysse.
Au Cabinet, ils avaient longtemps cultivé une collaboration paisible, presque évidente, mais rarement davantage. Ils s’étaient côtoyés avec estime, avec respect, sans vraiment franchir cette distance discrète que Sharlayan savait si bien déposer entre les êtres. Ce n’était qu’à la fin, lorsque tout avait commencé à se défaire, qu’ils s’étaient réellement rapprochés. Une fin qui, pour Wendy, gardait encore le goût amer des choses apprises trop tard. Elle aurait aimé le découvrir autrement.
Ce fut finalement pendant le voyage qu’elle découvrit en cet ancien collègue quelque chose qui ressemblait à un grand frère. Non qu’ils en aient déjà les attaches, ni les souvenirs communs que l’on prête d’ordinaire à ce genre de lien. Mais ils venaient de la même cité. Ils connaissaient les mêmes pierres blanches, les mêmes silences polis, les mêmes exigences glissées sous des airs de sagesse. Ulysse comprenait, sans qu’elle ait toujours besoin d’expliquer. Avec elle, il se montrait d’une attention particulière ; protecteur, parfois presque trop, mais jamais d’une façon qui cherchait à la diminuer. C’était peut-être cela qui la touchait le plus : il semblait croire en elle. Une confiance maladroite, parfois inquiète, mais sincère.
Sharlayan avait si souvent tenté d’encadrer sa passion naturelle, cette façon qu’elle avait de vouloir embrasser la vie tout entière, sans prudence, sans méthode, sans demander l’autorisation. On avait voulu la structurer. La corriger. La rendre plus convenable, plus lisible, moins débordante. Lui, au contraire, semblait l’apprécier pour cela. Cela ne l’empêchait pas de s’inquiéter pour elle, ni de la rappeler à la mesure quand son cœur allait plus vite que sa raison. Mais même dans ses prudences, Wendy ne sentait pas le jugement de Sharlayan. Elle y percevait autre chose.
Leur séjour dans la maison de charme de Mahruvvet avait aussi changé quelque chose. La présence du surfeur de l’autre côté du mur, simple et silencieuse, avait suffi à rendre certaines nuits moins vastes. Ils ne s’étaient pas tout dit, bien sûr. Wendy n’était pas certaine d’en être capable, et Ulysse n’était pas toujours le plus habile pour ouvrir les portes du cœur en grand. Mais la proximité avait fait son œuvre. À force de conversations inachevées, de regards entendus et de petites attentions sans emphase, ils avaient commencé à mieux se comprendre. Comme s’ils appartenaient encore aux mêmes rangs, ils s’épaulaient. Mais cette fois, sans le Cabinet pour donner un cadre à leur loyauté. Sans fonction, sans hiérarchie, sans institution pour justifier leur présence l’un auprès de l’autre.
Cette impression s’était encore renforcée lors de la visite de l’île d’Arkhè-Doxa. Là-bas, il avait fallu interroger l’avenir d’un lieu dont les fondations mêmes semblaient entachées par une éthique discutable. Tout, dans cette île, aurait pu confirmer ce que Wendy reprochait à Sharlayan : son arrogance savante, sa froideur, cette capacité terrible à transformer le vivant en sujet d’étude dès lors que le progrès le réclamait. Elle s’était attendue à voir Ulysse défendre les siens par principe. Mais il avait fait mieux que cela.
Il n’avait pas nié les fautes. Il n’avait pas prétendu que le savoir excusait tout, ni que les intentions suffisaient à blanchir les actes. Il avait simplement cherché à démontrer qu’il existait une autre voie. Que les chercheurs de Sharlayan pouvaient être plus sages qu’elle ne l’avait cru. Plus responsables. Plus capables d’humilité, aussi, lorsqu’on les arrachait à leurs certitudes.
Elle ne savait pas encore si elle y croyait. Mais elle avait voulu y croire un peu, parce que c’était lui qui le lui montrait.
À présent, elle n’avait plus vraiment de lieu où poser ses affaires en Éorzéa. Plus de chambre à elle, plus de refuge simple où rentrer lorsque les voyages devenaient trop longs. Alors, presque sans mesurer l’ampleur de ce qu’elle demandait, elle avait proposé - ou imposé, peut-être, avec cette manière bien à elle d’aller trop vite quand son cœur avait déjà décidé - de vivre avec lui. Peut-être avec Liann aussi. Peut-être Ney.
L’idée avait quelque chose d’irréel. Une maison remplie de ses amis. Des pas dans les couloirs, des voix familières derrière les portes, des présences que l’on devine sans avoir besoin de les appeler. Une table à partager. Un toit qui ne serait pas seulement un abri, mais un début de foyer. C’était une perspective presque adolescente, songea-t-elle avec une pointe de honte tendre. Le rêve naïf d’une jeune fille qui aurait voulu que ceux qu’elle aime ne s’éloignent jamais trop.
Et peut-être qu’à travers lui, à travers ce foyer à construire, à travers cette autre façon d’être sharlayanaise, elle finirait par se réconcilier avec Sharlayan. Pas avec la cité tout entière. Mais avec l’idée qu’elle pouvait en venir, en souffrir, la quitter… et malgré tout en garder quelque chose qui mérite d’être sauvé.
_________
Enfin, le turban de Shahin se dessina dans le ciel, suivi des contours de son visage.
Wendy releva le menton. Un sourire stupide lui échappa.
Avant même qu’ils ne se retrouvent, elle avait déjà tant parlé de lui. À force, il avait presque existé pour les autres avant même de revenir dans sa vie. Leur lien avait gardé ce goût d’inachevé, mais elle avait cessé d’espérer le revoir un jour. Puis le destin, une fois encore, s’était amusé d’eux.
Avec l’énergie qu’on lui connaissait, elle avait d’abord voulu favoriser son intégration auprès des autres membres de l’expédition. Le présenter, l’inclure, lui ménager une place, comme si elle devait réparer elle-même les années d’absence. Mais depuis son retour, après sa brève absence, elle avait bien dû constater que ses inquiétudes n’avaient pas lieu d’être. Shahin n’avait pas besoin d’elle pour se faire des amis.
Lui aussi avait changé. Il avait grandi. Il était plus beau, plus sûr dans sa présence, moins effacé qu’autrefois. Moins discret, peut-être. Mais toujours aussi taiseux. Et cela avait le don de la faire sortir de ses gonds. Pas parce qu’elle lui en voulait vraiment. Plutôt parce qu’il lui échappait là où elle aurait voulu le comprendre. Il restait flou, incertain, comme s’il marchait toujours à la lisière de lui-même. Et Wendy, trop vive, trop impatiente, avait souvent envie de le pousser vers une voie qu’elle avait déjà dessinée pour lui. Combien de fois s’était-elle retenue de le secouer pour en tirer quelques mots ? Des mots doux, bien sûr. Mais ce n’était pas ainsi qu’ils viendraient.
Elle continua de marcher le long de l’eau. Après quelques pas, son regard fut attiré par un caillou blanc, plat, aux contours arrondis. Elle se pencha pour le ramasser, puis en parcourut la surface du bout des doigts, l’esprit encore suspendu aux nuages.
Shahin aussi, peut-être, avait trouvé une piste de son passé.
La vasque corvosienne portait le même symbole que son bracelet. Les kojins, en archivistes scrupuleux, avaient conservé l’objet et permis qu’on l’étudie. Wendy adorait ce genre d’analyse. C’était même l’exercice qu’elle préférait : arracher ses secrets à un objet magique, comprendre son fonctionnement, tester ses limites, remonter le fil de l’espace et du temps pour en deviner l’origine.
Participer à cette recherche lui avait fait du bien. Pour la première fois depuis longtemps, elle s’était retrouvée analytique, concentrée, presque méthodique. Enfin un peu utile. Plus méthodique qu’elle ne l’était d’ordinaire, en tout cas. Elle avait souri en songeant qu’Ivanhault aurait sans doute été satisfait de la voir ainsi. Même les anecdotes que Silius avait partagées sur Corvos trouvaient soudain leur place, comme si chaque fragment de savoir, d’abord anodin, finissait toujours par attendre son heure.
Ce jour-là, Wendy s’était prouvé quelque chose.
Le Cabinet n’était peut-être pas une période à arracher de sa mémoire. Elle y avait appris. Bien plus qu’elle ne l’avait imaginé. Et même si cela s’était terminé, même si elle s’en était crue dépossédée, une part de ce qu’elle y avait acquis demeurait en elle. Une part utile. Une part à elle.
Quant à Shahin, son enquête ne faisait que commencer. Il était fort à parier que les ressources de Solution Neuf pourraient l’aider à y voir plus clair. Peut-être y trouverait-il des réponses. Peut-être seulement de nouvelles questions. Avec lui, les chemins semblaient toujours avancer à pas feutrés.
Et en attendant…Il ne l’avait toujours pas prise dans ses bras.
Wendy pinça les lèvres, puis lança le caillou blanc vers la surface de l’eau.
Il coula presque aussitôt, sans le moindre ricochet.
Difficile de ne pas y voir une forme de présage ridicule. Ou, plus exactement, le reflet parfait de son incapacité à faire avancer cette relation. Elle ne comprenait pas pourquoi elle se sentait si désarmée. Elle, qui n’était pourtant pas si timide. Lui, qui l’était bien trop. Entre son impatience et ses silences, entre ce qu’elle espérait et ce qu’il n’osait pas dire, tout semblait tomber à l’eau avant même d’avoir trouvé l’élan nécessaire.
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Elle resta encore un moment immobile, les pieds dans l’eau, à regarder les cercles disparaître là où le caillou avait sombré.
Les visages s’étaient dissipés avec les nuages, mais quelque chose d’eux demeurait.
Tous, à leur manière, lui avaient laissé quelque chose.
Peut-être que la force ne venait pas du silence imposé à ce que l’on ressentait. Peut-être qu’elle naissait, au contraire, du courage de l’écouter. De prendre cette peur, cette tendresse, cette colère, cette joie parfois ridicule, et d’en faire quelque chose.
Quelque chose qui ne blesse pas. Quelque chose qui demeure. Qui persistera quand elle ne sera plus.
Elle n’aurait jamais compris cela seule.
C’était peut-être cela, au fond, la beauté de l’amitié, moins superficielle que ce qu'elle avait pu connaitre jusque là : ces présences qui vous regardent avec assez de douceur pour révéler ce que vous n’osez pas voir en vous-même. Ceux qui vous connaissent dans vos maladresses, vos excès, vos failles, et qui choisissent malgré tout de rester.
Et plus que tout, cela comptait pour elle : qu’on croie en elle.
Pas en l’image brillante qu’elle savait peindre pour rassurer le monde. Pas seulement en la jeune femme vive, colorée, toujours prompte à sourire ou à s’emporter. Mais en ce qu’il y avait derrière. En cette part plus incertaine, plus tendre, plus effrayée aussi, qui cherchait encore sa forme.
Le vent passa entre les branches. Quelques pétales se détachèrent et vinrent mourir à la surface de l’eau.
Elle inspira lentement, puis remit ses gêtas, releva les yeux vers les hauteurs de Namai, puis esquissa un sourire plus calme.
Et si elle ne savait pas encore quel chemin prendre, elle savait au moins ceci : elle n’avancerait pas en devenant moins elle-même. Elle avancerait en apprenant à faire de tout ce qui débordait en elle quelque chose d’assez fort pour porter les autres à son tour.
Le voyage n’était pas terminé. Le sien, encore moins.
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Compétence développée : +1 en Détection (3)
