Pavillon Noir
Yone Ashina
Il y a 3 mois et 2 semaines
Il était une fois un navire... L'Ingouvernable...
Ce récit retrace les premiers échanges face au Trium sur l'Ingouvernable, des yeux de Yone.Le départ
Enfin sur la mer. J'étais encore à bord de l'Eternal avec mes camarades, l'Ingouvernable pas très loin de nous. Nous avions fait les dernières vérifications sur l'Eternal avec la confrontation pendant que Nazah était à la barre.L'Eternal avait perdu pas mal de ses capacités. C'était devenu un navire classique, mais si le navire l'était, son équipage n'avait rien perdu de sa superbe, ça, j'en étais et j'en suis persuadé.
J'avais déjà posé les pieds sur le pont de l'Ingouvernable, et même utilisé les canons. Je connaissais même certains visages de l'équipage, certains plus fous que d'autres... Mais au moins, je savais à quoi m'attendre et composer avec. Après une manœuvre de Coster pour rapprocher son navire de l'Eternal, j'ai pu faire un petit bond pour les rejoindre et revoir les membres présents :
- Tumi, une Xaela avec une grosse hache. Pour ne pas changer... Elle était, cela dit, un peu plus "simple" et "direct" que Yulia, peut-être même euphorique et extasiée pour un rien.
- Liokki, un Viera avec une lame et un catalyseur. Plutôt détendu, blagueur. Peut-être celui qui a la tête le plus sur les épaules.
- Airen, un Hyurois avec une grande claymore dans son dos. Je crois l'avoir beaucoup sous-entendu se plaindre des réparations... Peu loquace, mais solide pour sûr.
- Adi'ra, la Miqo'te proche de Vanish, que je connais davantage, traînant avec nous souvent. Sûrement la plus téméraire, presque folle, mais des Miqo'tes folles, je commence à en connaître à la pelle... Aujourd'hui, elle avait un katana, hâte de la voir l'utiliser.
Ah, et bien sûr, il y a Coster. Mais lui, il est comme moi, peut-être un peu plus fou par contre... Il y a beaucoup de fou dans l'Ingouvernable, je crois...
Enfin, c'est Eizen qui m'a suivi. Sûrement par amitié, et ça me touche. Au moins, je pourrais compter sur lui et l'aiguiller si je vois des opportunités !
Après quelques échanges et quelques blagues côté Ingouvernable pour détendre l'ambiance, j'ai donné mon intention à Coster de monter sur le Trium. Le Nova Fantôme, l'arme forgée depuis le Souffle Solaire par Kerech, pouvait sûrement faire quelque chose contre le Trium.
J'avais l'intention de l'utiliser face à Coral pour apaiser ses souffrances de la plus douce des manières, par respect pour lui, mais... Les évènements et le destin en ont décidé autrement.
Coster s'est montré approbateur, même s'il redoutait que son équipage me suive entièrement dans le mouvement... Et en voyant Adi'ra bien fiévreuse de combat... Je m'en doutais un peu. Au moins, il les connaît bien !
L'affrontement en mer
Une fois tous à nos postes, l'Eternal et l'Ingouvernable se sont fait doublés par beaucoup de nos alliés. Le Maëlstrom, mais aussi des personnes de l'Archipel du Paradis.Rapidement, le Trium, quasiment à l'arrêt, était encerclé par les différents navires. Avec l'Ingouvernable, nous attaquions l'un des flancs du Trium. Rapidement, Tumi s'est mis en position de défense, comme je l'ai déjà vu faire. Liokki prit position sur un canon, tout comme Eizen et moi. Je n'ai pas bien vu ce que faisaient sur le moment Adi'ra et Airen ... Je crois l'utilisation d'un canon et l'enchantement de boulet.
Les coups de canon ont alors commencé à fuser. Eizen et moi avions quelques difficultés à toucher nos cibles, notamment le mat secondaire et un canon où montaient les morts-vivants.
Liokki, lui, aidé par Airen qui enchantait les boulets, a réussi à faire pas mal de dégâts. Adi'ra aussi, qui sembla utiliser un cocktail explosif pour atteindre la coque du navire.
Les dommages sur le Trium furent importants, et quant à l'Ingouvernable, les dégâts étaient relativement mineurs, grâce aux manœuvres de Coster, et sûrement dus à l'affaiblissement de l'équipage de mort-vivant depuis l'extinction du cœur de l'Aethernal.
Même les morts-vivants envoyés sur l'Ingouvernable n'ont pas fait long feu. Ils tombaient soit à la flotte, soit contre la coque du navire. Et le rare qui est tombé sur le pont avait le cadeau de bienvenue de Tumi, sa hache ou son pied, pour être renvoyé dans l'eau. Honnêtement, elle a rempli son rôle à la perfection, mais je l'avais déjà vu quand nous étions sur les traces de la Division Ardente avec elle.
C'est après des premiers échanges en notre faveur que le Trium commença à charger un énorme canon, beaucoup plus massif que les autres.
Il était clair que si l'Ingouvernable se faisait toucher, nous allions simplement devoir décrocher de l'affrontement.
Eizen se chargea, avec la manipulation du vent, de balayer quelques morts-vivants à distance qui cherchaient à se catapulter chez nous, pendant que Liokki et moi visions en priorité le canon. Si le boulet tiré ne toucha rien pour ma part, celui de Liokki, lui, fut beaucoup plus utile. Le boulet toucha le canon, au point de complètement changer son angle de tir et l'abîmer, cela dit, il continuait de charger...
C'est alors qu'Airen aida Adi'ra à se propulser en direction du Trium. La Miqo'te était bien décidée à poser ses pieds sur le ponton. Malheureusement, entre les mouvements des deux navires, et peut-être une mauvaise synchronisation des deux, la Miqo'te s'écrasa contre la coque du Trium avant de tomber à l'eau... Aïe.
A ce moment, je ne savais pas si Adi'ra allait survivre, et j'étais beaucoup trop vers la proue de l'Ingouvernable pour voir quelque chose. Si elle était morte... Il fallait faire en sorte que chaque vie ne soit pas sacrifiée en vain, autant sur l'Ingouvernable, l'Eternal, l'Abyssius et nos amis de l'Archipel.
L'énorme canon du Trium tira mais le boulet magique érafla l'Ingouvernable. Liokki avait sûrement sauvé le navire et épargné bien des réparations à Airen. Et avec Eizen qui a diminué le nombre de mort-vivants catapultés et Tumi qui déblayé toujours plus les morts, une occasion allait se présenter.
Malheureusement, le tir du boulet magique avait explosé et occasionné des dégâts superficiels sur le pont de l'Ingouvernable, mais au point de secouer le navire. J'ai cru voir Liokki tomber avant d'être récupéré par Airen. Et Tumi envoyer une chaîne magique en direction de l'eau... Sûrement pour Adi'ra, ou contre un mort-vivant. Eizen, lui, a failli tomber mais avait pu se rattraper à un tas de cordes.
Sur le pont du Trium, quoi qu'il en coute
Coster toujours à la barre allait manœuvrer pour nous rapprocher au maximum du Trium, et c'est à ce moment que j'ai entendu la voix de Nazah et avant du Pantin d'Ulysse à travers ma linkperle ... L'Eternal allait très mal. La salle des machines s'était fait saboter et peut-être même qu'ils subissaient beaucoup de tirs de canon de leur côté.Mon plan était simple. Profiter de l'occasion que Coster allait créer pour arriver sur le pont du Trium, et détruire les morts-vivants présents, qui étaient en train de tirer sur l'Eternal et ouvrir la voie pour ceux qui allaient me suivre depuis l'Ingouvernable.
Alors que le pont était dans un désordre monumental et que tout le monde s'accrochait pour se tenir, Coster hurla à Eizen et moi de saisir l'occasion. J'ai alors pris une corde sur l'Ingouvernable, avec une bonne impulsion d'éther dans mes jambes pour me donner de la poussée... Et j'étais lancé en direction du Trium.
La manœuvre de Coster et mon saut étaient parfaits. Synchronisé au point que mon atterrissage allait pouvoir être maîtrisé. C'était comme si j'étais porté par des ailes... Encore celui du destin ? Dans les airs, une fois la corde lâchée, j'ai pu voir le pont dans son ensemble et trouver un groupe de mort-vivant, qui utilisait des canons pour s'envoyer sur l'Eternal mais aussi pour leur tirer dessus.
Je me suis alors laissé tomber sur l'un d'eux, l'écrasant sous le poids de mes bottes et au milieu de tous. Lame rangée dans mon fourreau, je lança alors un Iaijutsu combiné à la magie du Nova fantôme afin de trancher la dizaine autour de moi en un instant dans un éclat de lumière.
L'Eternal devrait être épargné des prochaines attaques, et la voie pour l'équipage de l'Ingouvernable était ouverte pour venir.
Malheureusement, j'arrivais trop tard. D'un côté, je voyais le groupe de l'Abyssius arriver depuis la cale, ils avaient réussi à s'infiltrer, mais de l'autre... L'Eternal allait mal. Il n'allait pas pouvoir revenir à bon port. Et Nazah était bien déterminé à ne pas laisser partir son navire sans en faire payer le prix. Elle fonçait droit sur le Trium... Et vers moi. Juste le temps de jurer, je me suis alors accroché à ce que je pouvais sur le Trium, notamment le mat secondaire, avant que l'impact fasse remuer le pont et le navire. Des morts-vivants sont tombés suite au choc, et d'autres venaient à s'accrocher comme moi, à ce qu'ils pouvaient.
Après l'énorme fracas, un silence de mort résonna. En redressant la tête, l'équipage de l'Eternal avait réussi à sauter désespérément sur le pont, avec à leur bras des blessés... Notamment Evangeline qui semblait inconsciente. Ils avaient réussi à survivre, mais de peu... Par contre, aucune trace de Nazah. Bordel ... Vraiment ... ?
Derrière moi, Adi'ra, Airen, Tumi, Eizen et Coster m'avaient rejoint, attachant l'Ingouvernable contre le Trium afin que tout le monde puisse grimper à bord.
Nous étions tous là. Abyssius, Eternal et Ingouvernable ... Après un dernier regard sur le Nova Fantôme, il était temps d'apporter la paix et enterrer définitivement cet héritage maudit depuis des cycles. Quoi qu'il en coute, pour Nazah, pour l'Eternal et pour notre monde.


Yulia Iriq
Il y a 3 mois et 2 semaines
Il était une fois un navire... Et son capitaine...
Ceci sera les évènements selon le point de vue de Coster
Ils naviguèrent au côté de l’Éternal. La tempête s'était levée au loin. Cependant Coster était concentré. Son équipage à son habitude était vivant, et actif. Ses voisins de navigation semblaient tout autant prêt. Pourtant, l'hyurois, sentait quelque chose au fond de lui. En observant l'ennemi qu'ils allaient affronter, un navire enchanté par une magie ancienne recouverte de mort-vivant ? Ils devaient se préparer, tous. Ce navire, commençait à dégager un visuel, une forme. La bataille approchait à grand pas. Et c'est alors que les navires renforts surgissent derrière eux. Coster ouvrait grand les yeux, pris d’étonnement mais aussi d'un ressentiment désagréable au fond de sa poitrine. Les vagues agitée arrosaient son pont, en continu. Mais son regard restait en arrière, brièvement fixé vers l'horizon, observant les renforts. Trois navires. Un du maelstrom, et deux corsaires, probablement selon lui.
En regardant à nouveau son pont, il s'y voyait à nouveau. Sa poigne au fond de sa poitrine le lui confirmait. Il n'assistait pas à une énième bataille. Il serra son tricorne sur sa tête, respirant plus fortement. Le trium, était le léviathan, cette fois ci. Observant l'éternal, et l'ingouvernable, la peur avait clairement envahi tous ses sens.
"Je ressens des frissons."
"Cela s'appelle la peur". Répondait Liokki.
Il n'avait pas tort. En réalité, il avait pointé juste, mais Coster se contentera de sourire. Il devait sourire, il le lui devait, à son ancien capitaine.
"Cette fois, capitaine, aucun de nous ne finirons par le fond. Je vous le promet."
Levant son regard, il observait son équipage. Et ses renforts. Yone, Eizen. Liokki, Airen, Tumi, et Adi'ra.
Ils avaient toute leurs chance. N'est-ce pas ? Il ordonna de se préparer alors, la motivation dans son coeur. Léviathan l'avait une fois fait couler lui , son équipage et son navire, l'amenant à tout perdre. Et ça pourrait recommencer ?
Et alors ? Il recommencerait. Peu importe le résultat. Ses alliés... Ou ses amis, avaient besoin de lui. Et bien qu'il ne se l'avouait pas, il avait aussi besoin d'eux. Shaaloani l'avait prouvé. Les discussions avec la capitaine tout autant. Les capitaines même. C'était leurs évènement final, il n'allait pas venir ici qu'à moitié. Il en était hors de question. C'est alors qu'il décida de plonger vers le Trium avec l'ingouvernable. Son navire était mobile, et rapide. Il devait en profiter. Il voulait prouver qu'il n'était pas qu'un cancre avec un équipage marrant. Qu'ils étaient un équipage capable.
Son coeur battait à mille à l'heure. Une magie venant de ce dernier le berçant un peu. Comme une sensation familière. Le motivant à se battre de toute son âme. Et voilà qu'il donnait un angle de tir à ses membres et ses alliés. Arrosant du premier coup le navire ennemi. Tumi, il savait qu'il pouvait compter sur elle. En bref, ils ouvraient les hostilités vis à vis du trium au côté de l'éternal.
Et c'était une entrée en matière réussie ! En face, ils ripostèrent ! La barrière magitek installée encaissant des violents tirs, certains étaient esquivé par la maniabilité du navire. Dans cet échange intense, dans la tempête, il y mettait toute son âme. Et alors un canon chargé les visait ?! Adi'ra, elle, était tombée à l'eau après avoir été lancée apparemment. Il priait de toute son âme qu'elle survivait. Mais elle survivrait. Il ne savait pas trop ce qui se passait à bord, si ce n'est qu'il voyait des cadavres volants projeté pour les aborder. Il toucha son orbe.
Une orbe, un artefact récupéré parmi leurs précédente aventure. Cette orbe permettait de contrôler brièvement les courants marins. Mais en pleine tempête, en pleine bataille, cela rendait le tout plus difficile. Quand on forçait sur celle-ci, il sentait son éther brûler et son corps. Brillait de la couleur de l'océan.
Il douillait, il avait envie d'arrêter de suite. Mais que se passerait t'il s'il se prenait ce tir ? Des images flottaient dans sa tête. Partaient, et revenaient. Le naufrage de son précédente équipage, tout le motivait à s'en donner toujours plus. Et alors il forçait. Son sang bouillonnait. Mais en pleine tempête, l'eau le poussa sur la vague qui venait. Le tir leurs passait au dessus. Un autre frôlait le pont, et éjectait les débris dans tout les sens. Tout le monde était secoué. Et la voie arrière était touchée, mais surtout, grâce à un tir de son navire, il n'a pas bien vu qui. Ce qui leurs évita un maximum de dégâts. Le navire continuant de naviguer de façon improbable, presque de côté, et en avant. Et alors qu'il lâcha l'orbe, il souffla fortement et tourna le gouvernail venant racler le trium de son navire dans un bruit sourd de bois se craquant l'un contre l'autre.
"C'EST LE MOMENT OU JAMAIS !"
Il les invitaient à aborder le navire. Plusieurs cadavres avaient été repoussé, et bombardé, mais il fallait les y emmener, Yone le lui avait demandé, après tout. S'approchant de tout près, il permit aux bourrins du groupe de plonger en avant. Il observait le ciel sous cette tempête, ce n'était pas terminé, et même qu'ils n'en étaient qu'à la moitié. Surtout que plus tôt, il avait entendu que l'éternal ne tiendrai plus longtemps. Il était prêt à faire demi tour pour les récupérer. Car à nouveau, ce coeur serra fortement. Ils n'étaient pas de leurs équipage, et pourtant il agissait comme si. C'était instinctif, il ne se contrôlait pas plus qu'il ne le voudrait, lui qui adorait porter des masques selon l'interlocuteur. Pas avec eux. Mais la réponse de Nazah déterminée le concentra à nouveau sur sa mission.
Et alors, il plongea avec les autres sur le navire du trium.
Et c'est là qu'il voyait au loin l'éternal charger pour percuter le trium. S'accrochant pour l'impact, il faisait face au mât protégé de magie.
"Alors, c'est ça notre cible ?" demandant confirmation à l'entourage.
La voix hurlait dans sa tête, c'était une migraine. C'était vraiment conscient, ce machin ? En tout cas, c'était désagréable. "C'est la source de tous", disait Yone. Alors soit. Il se donnerait.
Appelant la réminiscence en lui, il se déchaina sur la barrière du mât et cherchait à accompagner l'attaque de tout les autres. Mais il ne l'effleura pas, tombant au sol alors, admettant sa faiblesse. Nazah fissura alors la barrière elle aussi de toute sa détermination. Il ne devait pas abandonner et laisser "les meilleurs faire". Il était hors de question cette fois ci, et il pensa à sa force. C'est alors qu'il cria.
"AIREN !
TUMI ! PREPAREZ VOUS ON ENVOIE TOUT ! LIOKKI ! MULTIPLIE MON SERPENT ! FAIT UNE HYDRE ! AIREN FAIT LE BRULER ! TUMI FRAPPE DE TOUTE TES FORCES !"
Il n'avait jamais imaginé cette attaque avant, ni même pensée. Il n'avait jamais préparée cette attaque, mais l'éternal méritait bien que lui et ses hommes y aillent de toute leurs motivations. Sautant sur la hache de Tumi, il pouvait se concentrer sur sa frappe uniquement. Un serpent se formait autour de lui. Ce serpent, de façon extérieur, a l'air simple. Pour Coster, chaque écaille, était un homme ou un ami perdu ce jour là. Un homme qui l'a sauvé. Un capitaine qui lui a appris. Un autre avec qui il jouait. Et alors que son éther brulait dans ses yeux, il souriait. Car il n'était pas seul, et aucun d'eux ne le sauront, ils en finiront. Tous ensemble. Les autres membres multiplièrent son serpent, l'autre accentua le coup de la hache et mis le feu à l'hydre nouveau né, et frappant de toute sa force dans le mât, sentant ce dernier fissurer avec la hache de Tumi, mordant le mât de ses crocs de souvenirs. Cela ne l'avait pas achevé, mais bien entamé, les autres pourraient alors continuer. Au contact, il sentait cette maudite marque se répandre sur sa peau. La peur l'envahissait mais la détermination refusait de bouger.
Ils vaincront. Ils vaincront. Ils vaincront. Ils vaincront. Ils vaincront. Ils vaincront. Ils vaincront. Ils vaincront.
Et ainsi, il poussait son attaque sur le mât, sans s'arrêter, jusqu'à ce que la dernière attaque terminait ce dernier, une fois pour toute.
Et ils gagnèrent. Le mât s'effondra. Plein étaient blessé, exténué, mais il tomba. Ereinté, et épuisé, il sentit que les flots commençaient à gagner. Et alors il le criait "VITE, TOUS SUR L'INGOUVERNABLE.".
Oui, tous ensemble. Rentrons, tous en vie.
Ce n'est qu'une fois le calme installé, qu'il contempla son tricorne. Silencieux, d'un sourire. Des larmes montant légèrement repensant à sa promesse.
"Et là, tu penses que je réussis à la tenir Troesynt ? Tu n'es pas déçu, depuis la mer des étoiles ?"
"Oui". Répondait la miqo'te à ses côtés, cachant un oeil d'un bandeau. Qu'elle enlevait, regardant le ciel.
Il se leva, d'une main sur l'épaule.
"Toi aussi, tu as donnée tout ce que tu avais."
Et ainsi, l'hyurois profita de chacun, et conseillé par le shinobi, amena des boulets de canons pour honorer l'éternal.
"Vers l'infini et on verra, qu'ils disent."
Nazah
Il y a 2 semaines et 5 jours
Il était une fois... Une miqo'te

Musique d'ambiance :
Au coucher du soleil, une miqo'te se lança dans l'écriture d'un long et ennuyant message.
Oyé, toi qui lit ces lignes, sois le témoin de ma plus belle aventure.
Une aventure qui a commencé il y a bien longtemps.
Toute histoire commence par un choix que l’on croit insignifiant. La mienne a débuté il y a sept années, lorsque j’ai franchi une porte en pensant n’y rester que quelques lunes. Si j’ai rejoint cette compagnie, ce n’est ni par ambition ni par soif d’appartenance, mais parce qu’un ami m’y a poussée avec une patience que je ne lui connaissais pas. Pendant deux lunes, il a insisté, argumenté, plaisanté, refusé d’abandonner. J’ai fini par accepter davantage pour lui que pour moi, convaincue que je ne faisais qu’emprunter un détour avant de reprendre ma route solitaire.
Cette nuit-là, je n’ai presque pas dormi. J’ai longuement réfléchi à ce que cela impliquait. J’avais toujours avancé seule, par prudence autant que par orgueil. Dépendre des autres me mettait mal à l’aise, leur faire confiance encore davantage. Je m’étais construite autour de l’idée que je pouvais réussir sans aide, que je n’avais besoin de personne pour tenir debout. Rejoindre un groupe, c’était accepter de partager le poids des responsabilités, mais aussi celui des échecs.
Les premiers mois n’avaient rien d’extraordinaire. Il n’y avait pas encore la mer, ni quoi que ce soit d’aussi grand. Juste un lieu où l’on se retrouvait, des missions à préparer, des discussions qui débordaient parfois sur des sujets sans importance. Je faisais ce que l’on me demandait, ni plus ni moins. Je restais prudente. Je n’avais pas envie de m’attacher, alors je gardais une certaine distance, comme si je me préparais déjà à partir. Pourtant, sans vraiment le vouloir, j’ai commencé à m’habituer aux voix, aux manières de chacun, aux silences partagés après une mission difficile. Ce qui devait être temporaire a cessé de l’être sans que je m’en rende compte.
Après quelque temps dans la compagnie, j’ai demandé à diriger une section. Ce n’était pas une idée impulsive. J’y pensais depuis un moment. Je voulais voir si j’en étais capable. On ne m’a pas donné cette responsabilité tout de suite. J’ai dû attendre, faire mes preuves, montrer que je pouvais tenir sur la durée. Ces lunes-là m’ont appris la patience autant que la persévérance. Quand on m’a finalement confié cette section, j’en ai été fière, mais je crois que je n’avais pas mesuré ce que cela impliquerait réellement. Diriger, ce n’est pas seulement donner des ordres. C’est répondre quand quelque chose tourne mal. C’est accepter que les décisions ne plaisent pas à tout le monde. C’est aussi à ce moment-là que les tensions avec notre cheffe sont devenues plus visibles. Nous n’étions pas toujours d’accord. Parfois elle me trouvait trop hésitante, parfois je la trouvais trop dure. Nous avons élevé la voix plus d’une fois. Sur le moment, je pensais qu’elle cherchait à me contredire. Avec le temps, j’ai compris qu’elle cherchait surtout à me pousser plus loin.
Parmi toutes les missions de cette période, il y en a une qui m’est restée plus que les autres. Nous avions été envoyés dans les montagnes, dans une salle creusée à même la roche. Rien qui impressionne au premier regard, et pourtant l’air y était lourd, presque étouffant. Je me souviens encore de la fatigue qui pesait sur mes épaules en en sortant, de la poussière collée à la peau, du silence entre nous. Nous avions réussi, oui, mais ce n’est pas cela qui m’a marquée.
C’est ce qui est venu après.
Alors que nous quittions la salle, le chant a résonné. Aucun de nous ne l’a commencé. Il s’est élevé autour de nous, porté par les montagnes elles-mêmes. Les mots ont traversé l’air : « Un monde à conquérir, des hommes partis pour toujours. » Nous nous sommes arrêtés sans nous consulter. Ce chant ne venait de personne, et pourtant il semblait nous concerner tous. Je ne saurais pas dire pourquoi, mais à cet instant j’ai senti que quelque chose basculait. Comme si nous n’étions plus exactement les mêmes qu’en entrant. Depuis ce jour, je le fredonne encore. Il revient sans que je l’invite, surtout lorsque je suis seule. Il me rappelle d’où je viens… et ce que nous étions avant que tout ne change.
C’est aussi durant cette première période que j’ai perdu quelqu’un pour la première fois. Je n’étais pas là quand cela s’est produit. Je n’ai pas entendu ses derniers mots. Je ne sais pas s’il a eu peur, ni s’il a pensé à nous. Tout ce qu’il me reste, c’est l’image de son corps étendu dans le jardin d’une maison, allongé sur l’herbe comme s’il s’était simplement arrêté pour se reposer. Le contraste m’a brisée. Un jardin. Un endroit censé être paisible. Et au milieu, cette absence irrévocable. Je me souviens m’être approchée sans vraiment sentir mes pas, comme si le sol ne me portait plus. Je voulais croire qu’il allait se relever, que ce n’était qu’un mauvais instant figé. Mais il ne s’est rien passé. Le monde continuait autour de nous avec une indifférence insupportable.
Les nuits qui ont suivi ont été longues. Je revoyais cette scène encore et encore. Je me demandais si ma présence aurait changé quoi que ce soit, si j’aurais pu détourner le cours des choses. Cette question m’a tenue éveillée plus que la fatigue ne m’a jamais retenue. Je n’ai pas pleuré devant les autres. Je me suis convaincue que je devais rester solide, que céder aurait affaibli ceux qui me regardaient. En réalité, je crois que je ne savais simplement pas comment laisser sortir ce que je ressentais.
Mais cela, ce n'était que la première partie.
Le passage vers la mer n’a pas été une surprise pour moi. Je sentais que quelque chose arrivait à son terme, comme lorsqu’on tourne les dernières pages d’un livre en sachant qu’il faudra bientôt le refermer. J’aimais profondément ce que nous avions construit jusque-là, et une part de moi avait peur de perdre ce pour quoi nous avions tant lutté. Pourtant, l’idée de partir vers l’inconnu m’attirait tout autant. La mer m’avait toujours apaisée. Elle a ce rythme qui laisse le temps de réfléchir, cette manière de bercer sans endormir. Lorsque l’ancienne capitaine a décidé de nous laisser le navire pour poursuivre sa propre route, je l’ai trouvé impressionnant, presque intimidant, mais je n’ai pas hésité. J’avais déjà pris ma décision. Ce n’était pas un abandon de ce que nous avions été, mais une continuité différente, une autre façon d’avancer.
Au début, je ne comprenais pas vraiment ce que certains voulaient dire lorsqu’ils parlaient de l’âme du navire. Je pensais qu’il s’agissait d’une façon de parler, d’une manière poétique d’exprimer l’attachement que l’on finit par développer envers un lieu. Il m’a fallu du temps pour accepter que ce n’était pas seulement une image. Le navire était vivant à sa manière. Il réagissait. Pas avec des mots, pas avec des gestes évidents, mais par de petits signes que l’on apprend à reconnaître si l’on prend la peine d’y prêter attention. Une corde qui se défait sans raison apparente, un nœud qui tombe au moment précis où l’esprit s’égare, une tension qui se relâche comme pour rappeler que l’on n’est pas seul. Lorsque j’ai compris cela, quelque chose s’est apaisé en moi. Je me suis surprise à lui parler lorsque je restais seule sur le pont, à lui confier mes doutes, mes hésitations, le poids des décisions à venir. Il ne répondait jamais comme un être humain l’aurait fait, mais je savais qu’il m’écoutait.
Avec le temps, j’ai trouvé mon endroit à bord. Ce n’était pas le pont ni les hauteurs, mais la cambuse. C’était la pièce la plus vivante du navire, celle où les voix se mêlaient sans retenue et où l’on oubliait un moment le roulis et les responsabilités. Mon hamac y était accroché, au milieu des autres, et j’aimais cette proximité. Il y avait quelque chose de rassurant dans le bruit familier des conversations, dans les pas qui allaient et venaient, dans l’odeur des repas préparés avec une constance presque immuable. Même lorsque la fatigue pesait ou que les tensions montaient ailleurs, la cambuse restait un refuge. C’est là que je me suis rendu compte que je ne cherchais plus une sortie. Je ne comptais plus les jours avant de partir. J’étais simplement à ma place.
Les lunes ont passé. Les saisons aussi, sans que je les compte vraiment. La vie à bord a fini par trouver son rythme, et moi avec elle. Les visages ont changé parfois, les discussions aussi, mais le navire avançait, et nous avec lui. Je ne pensais plus à ce que je deviendrais un jour. J’étais là, simplement. Les années se sont écoulées de cette manière, sans éclat particulier, jusqu’à ce que ce soir-là arrive.
Un soir classique, sans préparation. Nous étions réunis comme souvent, assis autour d’un feu, à parler de tout et de rien. Je n’avais aucune raison de penser que la conversation me concernerait. Puis, peu à peu, les regards se sont tournés vers moi. On m’a proposé de prendre la barre. Je me souviens avoir eu l’impression que le bruit autour s’était un peu éloigné. Je n’avais pas imaginé que cela viendrait ainsi. J’ai hésité quelques instants. Pas par refus. Plutôt parce que je comprenais ce que cela impliquait. J’ai fini par accepter. Je n’ai pas fait de discours. J’ai simplement dit oui.
Les jours suivants n’ont pas été spectaculaires. Rien n’a changé du jour au lendemain. Pourtant, je sentais que je n’avais plus le droit de me tromper de la même manière qu’avant. Chaque décision comptait davantage. Je dormais moins au début, le temps de trouver mon rythme. Je ne me suis pas éloignée des autres, je ne suis pas devenue différente. Mais je portais quelque chose de plus lourd. Le navire, lui, semblait le savoir. Il répondait plus clairement à mes intentions, comme si notre lien s’était ajusté sans que nous ayons besoin de le formuler. Je continuais à lui parler comme avant, mais je savais que je n’étais plus simplement à bord. J’en avais la charge.
Puis, nous reprîmes la route.
Nous avons fait route vers cette île dont nous parlions depuis longtemps sans jamais l’avoir vue autrement que sur des cartes ou dans des récits. C’était la première fois que nous l’apercevions réellement. Le pont était plus animé que d’habitude. Certains n’appartenaient même pas à la compagnie, mais ils avaient tenu à être présents. Ils voulaient voir l’endroit où tout avait commencé, là où l’histoire du navire et des autres bâtiments construits à la même époque avait pris racine. Et nous savions tous ce que nous y ferions sur cette île. Alors, il me restait une dernière chose à faire avant.
C’est en pleine mer que j’ai retiré l’âme du navire pour la placer dans un cœur de bois. Le soleil était haut, le vent régulier, et rien ne laissait penser que ce geste marquerait une frontière invisible. Pourtant je savais que je ne pouvais pas attendre davantage. L’île approchait, et avec elle ce que nous devions accomplir.
Je me suis avancée sur le pont sans chercher à m’isoler. Certains savaient ce que j’allais faire, d’autres non. Un ami s’est tenu près de moi pour me guider dans les gestes. Le rituel n’avait rien d’impressionnant. Il demandait surtout de la précision et du calme. Lorsque j’ai commencé, le navire a réagi. Pas violemment. Pas comme s’il se débattait. Mais j’ai senti une tension différente dans le bois, une vibration plus profonde que le simple roulis. Comme si quelque chose se déplaçait.
Le moment a été plus simple que je ne l’aurais cru. L’âme a quitté sa place sans fracas. Je l’ai accueillie dans le cœur de bois préparé pour cela. L’objet paraissait presque ordinaire entre mes mains. Pourtant, au lieu de sentir une séparation, j’ai eu l’impression d’un lien plus direct, plus proche. Je ne l’ai pas fait par crainte. Nous allions éteindre la source de tout cela, et je savais que l’issue du combat à venir resterait incertaine. Le navire pouvait survivre… ou non. Son âme, elle, continuerait le voyage avec moi.
Nous avons mis le cap vers cette île pour une raison précise. C’était là que tout avait commencé. Le projet à l’origine de notre navire et des autres bâtiments construits à la même époque trouvait sa source sur cette terre isolée. Parmi ces créations se trouvait aussi celui qui était devenu notre adversaire le plus redoutable. Là où le nôtre avait été conçu pour explorer et découvrir, l’autre avait été façonné pour la guerre. Plus massif. Plus destructeur. Alimenté par la même origine, mais tourné vers une finalité différente.
Tant que le cœur de l’île battait encore, il continuait de nourrir ce qui avait été créé à partir de lui. Notre objectif était simple : l’éteindre. Non par colère, mais parce que c’était la seule manière d’affaiblir ce qui nous faisait face. Couper cette source revenait à retirer une part de sa puissance. C’était rendre possible ce qui ne l’était pas jusque-là.
que tout le reste. Lorsque nous sommes entrés, la lumière du cristal dominait l’espace. Il était immense. Pas seulement par sa taille, mais par la manière dont il occupait la pièce. Il pulsait lentement, comme une respiration profonde, régulière, presque vivante. On entendait cette pulsation. Pas un bruit fort, mais une présence constante, impossible à ignorer.
Presque tout le monde était là. Il n’y avait pas de place pour les absents dans un moment pareil. Nous savions que ce geste compterait. Je me suis avancée aux côtés de celle qui m’avait tant appris, et de la capitaine d’un autre bâtiment issu du même projet. Nous n’avons pas prononcé de grands discours. Il n’y avait rien à ajouter. Un dernier regard. Un hochement de tête partagé. Puis nos mains se sont posées en même temps.
Lorsque nous avons activé le mécanisme, la pulsation s’est accélérée un instant. La lumière a changé. Pas brutalement, mais assez pour que l’on sente que quelque chose se modifiait en profondeur. Le sol a vibré sous nos pieds. Il ne s’agissait pas d’un effondrement, ni d’une explosion. C’était une transition. Une énergie qui se retirait. Le cristal a cessé de battre.
Nous ne sommes pas restés longtemps après cela. Il n’y avait plus rien à faire dans cette structure vidée de sa lumière. En sortant, l’air semblait différent, comme si l’île elle-même retenait son souffle. Personne ne parlait beaucoup. Les pas résonnaient plus fort qu’à l’aller. Ce n’était pas une victoire que l’on célébrait. C’était une décision que l’on assumait.
Lorsque nous sommes remontés à bord, le silence a persisté un moment. Je sentais le cœur de bois contre moi, solide, rassurant. Le navire avançait comme toujours, fidèle à lui-même, mais je percevais un changement subtil. Pas une faiblesse. Plutôt une absence. Comme si un fil ancien avait été coupé quelque part, loin sous la mer.
En quittant l’île, j’ai regardé une dernière fois la silhouette de la structure disparaître à l’horizon. Je savais que nous venions d’achever ce qui avait commencé bien avant nous. Je ne pensais pas encore à ce qui nous attendait. Je me contentais de ressentir ce moment étrange où l’on comprend qu’on ne peut plus revenir en arrière.
Après l’île, rien ne s’est passé tout de suite. La mer était normale. Trop normale, peut-être. On a repris nos habitudes. On a parlé d’autre chose. On a essayé, en tout cas. Mais quelque chose s’était installé. Personne ne le disait franchement, pourtant on le sentait. On savait que ce que nous avions fait aurait des conséquences.
Je passais plus de temps sur le pont sans vraiment m’en rendre compte. Le cœur de bois était contre moi, et sa présence me rassurait plus que je ne voulais l’admettre. Le navire avançait comme toujours. Il répondait. Il tenait. Mais il y avait cette impression diffuse que nous allions bientôt croiser ce que nous cherchions à affaiblir.
Puis, quelqu’un a signalé une silhouette. Pas un cri, pas de panique. Juste une voix un peu plus tendue que d’habitude. Je me suis tournée vers l’horizon. La forme était encore lointaine, mais reconnaissable. Massive. Trop familière. Nous n’avons pas eu besoin d’en discuter longtemps.
Nous n’étions pas seuls lorsque nous l’avons retrouvé. Un navire allié nous accompagnait déjà, fidèle depuis le début de cette traversée. Nous savions que nous ne ferions pas face à cela isolés. Pourtant, au moment où les distances se sont réduites, d’autres voiles sont apparues. Plus nombreuses que prévu. Des équipages croisés au fil des années. Des alliés d’anciens voyages. Des dettes d’honneur, peut-être. Ils sont arrivés sans annonce, simplement là, comme si tout ce qui avait été semé durant ces années revenait d’un seul coup.
Le combat final allait commencer.
La première salve est arrivée presque aussitôt. Pas le temps de s’installer dans la tension. L’impact a secoué la coque, et avant même que nous ayons pleinement riposté, l’abordage a commencé. Ils ont frappé vite. Trop vite. Le pont s’est transformé en chaos contrôlé. Le bois, les cris, le métal, les pas. Nous avons tenu. Les renforts ont frappé à leur tour. Les tirs se sont enchaînés, des deux côtés, sans pause réelle.
Puis les impacts ont changé. Plus lourds. Plus précis. J’ai senti le coup avant d’entendre le signal. La salle des machines. Le choc a traversé tout le navire. Cette fois, ce n’était pas une blessure que l’on pouvait réparer en pleine mer. J’ai senti la structure céder en profondeur.
L’eau a commencé à entrer. Lentement au début. Puis plus franchement. A chaque salves de canon, cela devenait plus critique.
C’est à cet instant que j’ai su. Nous pouvions encore remporter le combat. Mais nous ne sauverions pas le navire.
J’ai annoncé ce que j’allais faire. Pas un long discours. Juste l’essentiel. Ceux qui m’entendaient ont compris. Ceux qui ne pouvaient pas m’entendre ont vu le changement d’angle, la trajectoire qui se dessinait. Il n’y a pas eu de protestation. Seulement une accélération des gestes. Un redoublement d’efforts.
J’ai orienté le navire droit vers lui. Ce n’était pas un acte de désespoir. C’était un choix clair. S’il devait sombrer, il ne le ferait pas en se laissant simplement engloutir. Il emporterait avec lui ce qui devait l’être. La distance s’est réduite rapidement. Le bois a grincé sous la contrainte. L’impact a été violent. Pas une explosion. Un choc massif, brut, qui a traversé la structure de part en part. J’ai senti la barre vibrer jusqu’à mes épaules.
Puis tout a basculé.
Le pont en face était presque détruit, mais il refusait encore de tomber. Tout semblait tenir autour d’un point précis, quelque chose d’ancré dans la structure. Tant que cela restait debout, le navire continuait à lutter contre la mer. On le sentait tous.
Je savais que le nôtre coulait derrière moi. Je l’avais accepté. À cet instant, il ne restait qu’une chose à faire : en finir. Il ne s’agissait plus de tactique. Plus de stratégie fine. Nous nous sommes rapprochés sans avoir besoin de nous consulter longtemps. Chacun a compris que c’était maintenant.
Les coups ont commencé à pleuvoir. Ce n’était pas élégant. Ce n’était pas coordonné à la perfection. C’était presque brutal dans sa simplicité. On frappait pour que cela cède. Le bois vibrait, la structure répondait par des craquements inquiétants. La mer secouait les deux coques entremêlées, rendant chaque mouvement plus instable. On tenait debout comme on pouvait.
Puis ça a lâché.
Le navire a commencé à sombrer pour de bon. Lentement d’abord, comme s’il refusait d’admettre ce qui arrivait, puis plus franchement. Il n’y a pas eu de cri. Pas de phrase marquante. Juste ce bruit d’eau qui prend le dessus, et cette certitude que c’était terminé.
J'ai regardé mon navire sombrer depuis le pont en face. J’étais trempée, couverte de poussière et de sel, mais je n’ai pas bougé. Le ciel s’éclaircissait doucement au-dessus de nous, comme si la tempête n’avait jamais existé. La mer, elle aussi, s’apaisait peu à peu. Il s’enfonçait lentement. La coque d’abord. Puis les voiles. La dernière chose que j’ai vue, c’est le pavillon.
Je ne me suis pas effondrée. Je suis restée droite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à voir.
Ensuite seulement, nous avons rejoint un navire allié. Là-bas, les voix étaient différentes. Les rires revenaient. Certains souriaient, d’autres se serraient dans les bras. C’était terminé. Les gens sont venus me voir, un à un. Je leur ai répondu. J’ai souri aussi. Au fond de moi, malgré la perte, il y avait du soulagement. Nous avions mis fin à quelque chose qui nous suivait depuis trop longtemps.
Ce n’était pas une joie éclatante. Plutôt une respiration que l’on retient depuis des années et que l’on relâche enfin.
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Si ces mots te parviennent, c’est que la mer a fait son œuvre et que cette bouteille a trouvé un rivage. Je ne sais pas qui tu es, ni ce que tu cherches. Peut-être que tu te tiens au bord d’un départ. Peut-être que tu hésites encore. Je n’ai pas de leçon à donner. Seulement ceci : certaines histoires méritent d’être vécues même si l’on sait qu’elles auront une fin. On y perd des choses. On y perd des gens. On y laisse des morceaux de soi. Mais on y gagne aussi des liens, des chants que l’on fredonne encore des années plus tard, et des moments qui restent debout quand tout le reste a coulé.
Si tu attends le moment parfait pour lever l’ancre, il ne viendra pas. Il faut parfois accepter d’avancer sans certitude. Alors, si une part de toi regarde l’horizon et se demande ce qu’il y a derrière, écoute-la. Un chapitre peut se refermer. Un autre peut commencer.
Nazah rassembla les parchemins, les roula avec soin et les glissa dans une bouteille de verre qu’elle avait apportée pour cela.
Elle prit le temps de la sceller correctement. Elle pressa le bouchon, ajouta de la cire, vérifia que rien ne céderait trop facilement.
La mer était calme ce jour-là. Le ciel dégagé, presque indifférent. Elle se leva, s’avança jusqu’à ce que l’eau vienne toucher ses bottes, et resta quelques secondes immobile. Puis elle lança la bouteille au-delà de la première vague.
Le verre flotta, emporté doucement par le courant. Nazah la regarda dériver, sans tenter de deviner où elle finirait.
Elle resta encore un instant face à l’horizon, puis fit demi-tour. Elle jeta un regard à son nouveau compagnon, accompagné d'un sourire.
"On rentre, Aether."
FIN
