Lerith
Il y a 1 heure et 45 minutes

Recevoir un nom à la naissance est le premier don que l'on reçoit, celui qui nous relie à nos ancêtres. Certaines croyances prophétisent une part de notre avenir selon le nom que l'on reçoit. En orient, certains choisissent un nouveau nom à l'âge adulte, une fois en âge de prendre en main leur propre destin ; c'est une tradition comme une autre. En ce qui me concerne, j'ai gardé le miens. Je n'ai compris que bien plus tard ce que ma mère avait prédit en me mettant au monde. Elle, croyait en le pouvoir d'un nom ; moi aussi depuis.
Kikyo, celle qui doit renaître, fut un vœu plus qu'un présage lorsqu'elle me serra contre elle pour la première fois. Si j'étais trop jeune pour m'en souvenir, c'est elle qui me l'a raconté, elle et les autres prisonniers du camp où j'ai passé mon enfance.
Kagome Tenshi était une raenne, miko dans un temple alloué aux ancêtres et aux kamis du sanctuaire voisin d'Inu-dori. La religion occupait son temps mais pour ce qui est de la morale, je doute qu'elle aurait persisté dans cette voie si Garlemald avait échoué à conquérir Doma. Sa rencontre avec mon père nous renvoie à ces heures sombres où l'occupation commençait, un village après l'autre. Ceux qui ont essayé de résister n'ont pas tenu longtemps mais cela n'a pas empêché les patriotes de se battre jusqu'au bout. Genzo Kakita s'est battu. Je ne sais de lui que ce qu'on m'en a dit, et la seule faute qu'il a sans doute commise au cours de sa vie puisque ma mère n'était pas son épouse. Il avait laissé sa femme et son fils en sécurité avant de rejoindre les autres samourais refusant la reddition. La dernière nuit de sa vie, il l'a passée avec ma mère. Il est mort le lendemain, peu avant le coucher du soleil, avec d'autres. Ceux qui survécurent furent arrêtés, et envoyés en prison. C'est en cellule que ma mère découvrit qu'elle était enceinte. Et c'est à l'ombre des barreaux que je vis le jour dans une nation occupée.
Privée de liberté, privée de la culture de mon pays, je ne fus pas privée de mère ni d'amour. En cela je m'estime mieux lotie que de nombreux enfants élevés dans des orphelinats sous le joug de Garlemald. Certes, nous étions en prison, mais l'enfant que j'étais ne savait pas ce que cela signifiait car c'était tout ce que je connaissais. Avec du recul, je prends conscience de tous les efforts qu'elle a fait pour moi, pour me préserver du malheur et des privations.
Elle travaillait du matin au soir à je ne sais quelles corvées, me confiant à d'autres prisonniers aux cuisines pendant son absence. Je pleurais à son départ comme tous les enfants, sans savoir qu'elle me laissait au chaud et au sec, à portée de nourriture et de la bienveillance de certains de nos geôliers. Je n'ai pas grandi dans la haine de l'occupant. Dans mes souvenirs, la plupart étaient gentils avec moi. Certains m'apportaient des jouets ou des livres. Ils faisaient preuve de compassion à notre égard. Je me souviens de mon premier onigiri au poisson frais. J'ai à peine senti le goût. C'est parce que les aliments qu'on nous donnait étaient souvent secs ou avariés, alors pour passer le goût infect les cuisiniers épiçaient les plats à outrance. Cela marchait plutôt bien mais mon palais n'ayant connu que cela, je ne suis plus capable de ressentir le gout d'un aliment qui ne soit pas épicé ou sucré. C'est un sujet de plaisanterie pour mes proches aujourd'hui, peu sont au courant de ce détail.
Pour tromper l'ennui, je jouais près des barrières du camp qui bordent la forêt d'Inu-dori. Mère me racontait des histoires à propos des créatures qui y vivent et je m'imaginais les rencontrer. C'est au pied de ce mur qu'est apparut pour la première fois ce désir de liberté et la conscience des chaînes que je portais, comme tous les autres prisonniers, comme mon peuple tout entier. J'avais sept ans lorsque je vis Akio pour la première fois, son pelage blanc entre les arbres. Il était comme un rêve éveillé, et j'ai commencé à croire que toutes ces histoires sont vraies.
A l'âge de neuf ans, je quittais enfin le camp avec ma mère qui avait été "libérée" pour bonne conduite et recrutée comme domestique dans la demeure d'un officier impérial dans le village voisin. Je n'en connais pas les détails mais notre vie s'est améliorée. Nous avions une vraie chambre avec les autres serviteurs, mangions à notre faim. Je suis allée à l'école, celle régie par l'occupant évidemment. On m'autorisa même à apprendre le maniement du sabre avec un bokken et j'en étais très heureuse. Je me sentais proche de mon père lorsque je m'entraînais. Je posais beaucoup de questions en douce, le soir, sur lui et sur la famille Kakita. Mère ne m'a jamais cachée la nature de leur liaison ni la condition qui attendait les enfants nés d'un adultère. Elle voulait honorer sa mémoire, mais aurait souhaité que je me fasse oublier. J'étais bien trop têtue. Je me suis mise en tête de devenir forte et d'aller les rencontrer un jour lorsque je serais grande. J'ai redoublé d'ardeur dans mon apprentissage, répétant les mouvements jusque tard le soir. Je n'ai pas remarqué que, derrière ses sourires doux et chaleureux, sa santé déclinait.
J'avais treize ans quand elle a succombé à une pneumonie. Officiellement, c'est la cause de son décès. Aujourd'hui je sais que la maladie ne fut que le résultat d'années de privations et d'épuisement. Elle savait si bien cacher son mal. Une part de moi regrette de n'avoir rien vu venir, de n'avoir rien fait ou au moins essayé de l'aider davantage. Ma mère était un modèle de résilience et d'abnégation.
Ni servante ni condamnée, ont me mit à la porte de la maison le jour suivant ses obsèques. Sans famille et sans soutient, je n'avais alors que deux choix : l'armée ou le caniveau. J'ai fait le choix de la survie en devenant soldat pour l'armée impériale.
A l'armée, j'ai connu le meilleur comme le pire de Garlemald. Cette expérience me rappelle encore bien souvent qu'un peuple n'est pas toujours le reflet de ses dirigeants et que les domiens, même asservis, n'étaient pas tous d'innocentes victimes ou résistants silencieux. La liste est longue de ce que j'ai pu voir de bon ou de mauvais au fil du temps et ce récit prendrait aisément un livre entier.
On a voulu me faire accuser d'empoisonnement le jour où un des officiers supérieurs a voulu m'ôter le pain de la bouche, au sens littéral. Trop épicé pour lui, mais ce sont d'autres soldats impériaux qui ont plaidé ma cause dont Lantis. Mon seul véritable ami. Médecin militaire tout juste diplômé à l'époque il a veillé sur moi comme sur d'autres. Il m'a tenu la main lorsque j'ai été blessée, a remarqué que j'avais une bonne oreille et m'a soutenue lorsque j'ai voulu me porter à la communication. Le soir où je fus violée par un autre officier du médical, il était dans le couloir à attendre que je sois "congédiée" pour me ramener au dortoir. Lantis était quelqu'un de bien. Il avait appris à aimer l'orient, Yanxia et la culture que son empereur voulait nous faire oublier. Il disait qu'à la fin de son service militaire il m'emmènerait à Garlemald si je le voulais. Je ne savais pas ce que je voulais mais cela me faisait du bien. De quinze à vingt ans il fut mon ancre, mon espoir d'un avenir meilleur dans une nation que je craignais de voir détruite ; celle de ma mère et de mon père, de mes ancêtres.
On me demande encore aujourd'hui, lorsque j'évoque ce passé, si Lantis et moi étions amoureux. Je peux maintenant dire que non mais à l'époque j'ignorais ce qu'est d'aimer un homme. J'aimais Lantis, différemment. Peut-être que si nous avions eu plus de temps ou si les choses avaient été différentes, j'aurais pu tomber amoureuse de lui. Mais Doma a été libérée dans un fracas retentissant.
Nous étions en poste au château de Doma avec plusieurs autres cohortes quand plusieurs explosions ont retentit et que les bâtiments ont commencé à s'effondrer. Une brèche s'est ouverte dans le mur, on pouvait voir l'autre rive et les silhouettes des résistants. Nous avions ordre d'évacuer avec les autres, et j'allais obéir, mais Lantis m'a pris par les épaules et m'a regardé dans les yeux.
"Pars, maintenant."
Il m'a poussé dans le trou, et j'ai couru puis nagé, complètement sonnée. Je ne réfléchissais plus. Ce jour-là mon ami m'a évité le rapatriement vers Garlemald avec les autres domiens enrôlés de force qui servirent d'otages par la suite dans des négociations de paix factices. Au lieu de cela, j'ai rejoint la résistance. Et quand on m'a demandé mon nom, j'ai répondu sans réfléchir : "Kikyo Kakita". On m'a amenée jusqu'à Tsuru, et la demeure du Clan de la Grue. Je ne pensais me faire accepter. Je me suis souvenue de ce que ma mère m'avait dit, de ce que les familles comme celle-ci faisaient des enfants illégitimes. Je savais que mon père avait une épouse, qu'il avait un fils.
Sanjuro Kakita. Mon demi frère.
Il était tout ce que je veux croire que notre père était. Un hyur, grand, aux yeux bleu turquoise. Impassible, discipliné, mais juste. Alors que le daimyo Kakita no Yaten questionnait le peu d'hommes vivants au sein du clan sur le sort qui m'attendait, il a parlé sans me quitter des yeux. Il a dit qu'il ne pouvait se souvenir du visage de Genzo Kakita avec précision mais qu'il le voyait dans mes yeux. Il a dit qu'il voyait sa sœur, et défendrait mon honneur et le sien contre toute personne qui refuserait de me nommer autrement que comme telle. Je suis véritablement devenue Kikyo Kakita ce jour-là, et j'ai voulu marcher sur les traces de mon père aux côtés de son fils légitime et la mère de ce dernier. Minako-dono aurait pu me détester mais elle ne fit montre d'aucun grief à mon égard faute de m'adresser la parole plus que le strict nécessaire. Je ne pense pas que ce fut par gêne ou méchanceté. C'est simplement ce que sont les femmes de la famille Kakita. Je n'allais pas tarder à le découvrir.
Ce n'était pas encore la renaissance promise, mais elle n'allait pas tarder à apparaître.
[quote]Lerith
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[img]https://i.ibb.co/yF8pGN9P/Chroniques-du-Diamant.png[/img]
Recevoir un nom à la naissance est le premier don que l'on reçoit, celui qui nous relie à nos ancêtres. Certaines croyances prophétisent une part de notre avenir selon le nom que l'on reçoit. En orient, certains choisissent un nouveau nom à l'âge adulte, une fois en âge de prendre en main leur propre destin ; c'est une tradition comme une autre. En ce qui me concerne, j'ai gardé le miens. Je n'ai compris que bien plus tard ce que ma mère avait prédit en me mettant au monde. Elle, croyait en le pouvoir d'un nom ; moi aussi depuis.
Kikyo, celle qui doit renaître, fut un vœu plus qu'un présage lorsqu'elle me serra contre elle pour la première fois. Si j'étais trop jeune pour m'en souvenir, c'est elle qui me l'a raconté, elle et les autres prisonniers du camp où j'ai passé mon enfance.
Kagome Tenshi était une raenne, miko dans un temple alloué aux ancêtres et aux kamis du sanctuaire voisin d'Inu-dori. La religion occupait son temps mais pour ce qui est de la morale, je doute qu'elle aurait persisté dans cette voie si Garlemald avait échoué à conquérir Doma. Sa rencontre avec mon père nous renvoie à ces heures sombres où l'occupation commençait, un village après l'autre. Ceux qui ont essayé de résister n'ont pas tenu longtemps mais cela n'a pas empêché les patriotes de se battre jusqu'au bout. Genzo Kakita s'est battu. Je ne sais de lui que ce qu'on m'en a dit, et la seule faute qu'il a sans doute commise au cours de sa vie puisque ma mère n'était pas son épouse. Il avait laissé sa femme et son fils en sécurité avant de rejoindre les autres samourais refusant la reddition. La dernière nuit de sa vie, il l'a passée avec ma mère. Il est mort le lendemain, peu avant le coucher du soleil, avec d'autres. Ceux qui survécurent furent arrêtés, et envoyés en prison. C'est en cellule que ma mère découvrit qu'elle était enceinte. Et c'est à l'ombre des barreaux que je vis le jour dans une nation occupée.
Privée de liberté, privée de la culture de mon pays, je ne fus pas privée de mère ni d'amour. En cela je m'estime mieux lotie que de nombreux enfants élevés dans des orphelinats sous le joug de Garlemald. Certes, nous étions en prison, mais l'enfant que j'étais ne savait pas ce que cela signifiait car c'était tout ce que je connaissais. Avec du recul, je prends conscience de tous les efforts qu'elle a fait pour moi, pour me préserver du malheur et des privations.
Elle travaillait du matin au soir à je ne sais quelles corvées, me confiant à d'autres prisonniers aux cuisines pendant son absence. Je pleurais à son départ comme tous les enfants, sans savoir qu'elle me laissait au chaud et au sec, à portée de nourriture et de la bienveillance de certains de nos geôliers. Je n'ai pas grandi dans la haine de l'occupant. Dans mes souvenirs, la plupart étaient gentils avec moi. Certains m'apportaient des jouets ou des livres. Ils faisaient preuve de compassion à notre égard. Je me souviens de mon premier onigiri au poisson frais. J'ai à peine senti le goût. C'est parce que les aliments qu'on nous donnait étaient souvent secs ou avariés, alors pour passer le goût infect les cuisiniers épiçaient les plats à outrance. Cela marchait plutôt bien mais mon palais n'ayant connu que cela, je ne suis plus capable de ressentir le gout d'un aliment qui ne soit pas épicé ou sucré. C'est un sujet de plaisanterie pour mes proches aujourd'hui, peu sont au courant de ce détail.
Pour tromper l'ennui, je jouais près des barrières du camp qui bordent la forêt d'Inu-dori. Mère me racontait des histoires à propos des créatures qui y vivent et je m'imaginais les rencontrer. C'est au pied de ce mur qu'est apparut pour la première fois ce désir de liberté et la conscience des chaînes que je portais, comme tous les autres prisonniers, comme mon peuple tout entier. J'avais sept ans lorsque je vis Akio pour la première fois, son pelage blanc entre les arbres. Il était comme un rêve éveillé, et j'ai commencé à croire que toutes ces histoires sont vraies.
A l'âge de neuf ans, je quittais enfin le camp avec ma mère qui avait été "libérée" pour bonne conduite et recrutée comme domestique dans la demeure d'un officier impérial dans le village voisin. Je n'en connais pas les détails mais notre vie s'est améliorée. Nous avions une vraie chambre avec les autres serviteurs, mangions à notre faim. Je suis allée à l'école, celle régie par l'occupant évidemment. On m'autorisa même à apprendre le maniement du sabre avec un bokken et j'en étais très heureuse. Je me sentais proche de mon père lorsque je m'entraînais. Je posais beaucoup de questions en douce, le soir, sur lui et sur la famille Kakita. Mère ne m'a jamais cachée la nature de leur liaison ni la condition qui attendait les enfants nés d'un adultère. Elle voulait honorer sa mémoire, mais aurait souhaité que je me fasse oublier. J'étais bien trop têtue. Je me suis mise en tête de devenir forte et d'aller les rencontrer un jour lorsque je serais grande. J'ai redoublé d'ardeur dans mon apprentissage, répétant les mouvements jusque tard le soir. Je n'ai pas remarqué que, derrière ses sourires doux et chaleureux, sa santé déclinait.
J'avais treize ans quand elle a succombé à une pneumonie. Officiellement, c'est la cause de son décès. Aujourd'hui je sais que la maladie ne fut que le résultat d'années de privations et d'épuisement. Elle savait si bien cacher son mal. Une part de moi regrette de n'avoir rien vu venir, de n'avoir rien fait ou au moins essayé de l'aider davantage. Ma mère était un modèle de résilience et d'abnégation.
Ni servante ni condamnée, ont me mit à la porte de la maison le jour suivant ses obsèques. Sans famille et sans soutient, je n'avais alors que deux choix : l'armée ou le caniveau. J'ai fait le choix de la survie en devenant soldat pour l'armée impériale.
[center][img]https://i.ibb.co/4wwGjT8s/barre-en-or.png[/img][/center]
A l'armée, j'ai connu le meilleur comme le pire de Garlemald. Cette expérience me rappelle encore bien souvent qu'un peuple n'est pas toujours le reflet de ses dirigeants et que les domiens, même asservis, n'étaient pas tous d'innocentes victimes ou résistants silencieux. La liste est longue de ce que j'ai pu voir de bon ou de mauvais au fil du temps et ce récit prendrait aisément un livre entier.
On a voulu me faire accuser d'empoisonnement le jour où un des officiers supérieurs a voulu m'ôter le pain de la bouche, au sens littéral. Trop épicé pour lui, mais ce sont d'autres soldats impériaux qui ont plaidé ma cause dont Lantis. Mon seul véritable ami. Médecin militaire tout juste diplômé à l'époque il a veillé sur moi comme sur d'autres. Il m'a tenu la main lorsque j'ai été blessée, a remarqué que j'avais une bonne oreille et m'a soutenue lorsque j'ai voulu me porter à la communication. Le soir où je fus violée par un autre officier du médical, il était dans le couloir à attendre que je sois "congédiée" pour me ramener au dortoir. Lantis était quelqu'un de bien. Il avait appris à aimer l'orient, Yanxia et la culture que son empereur voulait nous faire oublier. Il disait qu'à la fin de son service militaire il m'emmènerait à Garlemald si je le voulais. Je ne savais pas ce que je voulais mais cela me faisait du bien. De quinze à vingt ans il fut mon ancre, mon espoir d'un avenir meilleur dans une nation que je craignais de voir détruite ; celle de ma mère et de mon père, de mes ancêtres.
On me demande encore aujourd'hui, lorsque j'évoque ce passé, si Lantis et moi étions amoureux. Je peux maintenant dire que non mais à l'époque j'ignorais ce qu'est d'aimer un homme. J'aimais Lantis, différemment. Peut-être que si nous avions eu plus de temps ou si les choses avaient été différentes, j'aurais pu tomber amoureuse de lui. Mais Doma a été libérée dans un fracas retentissant.
Nous étions en poste au château de Doma avec plusieurs autres cohortes quand plusieurs explosions ont retentit et que les bâtiments ont commencé à s'effondrer. Une brèche s'est ouverte dans le mur, on pouvait voir l'autre rive et les silhouettes des résistants. Nous avions ordre d'évacuer avec les autres, et j'allais obéir, mais Lantis m'a pris par les épaules et m'a regardé dans les yeux.
[i]"Pars, maintenant."[/i]
Il m'a poussé dans le trou, et j'ai couru puis nagé, complètement sonnée. Je ne réfléchissais plus. Ce jour-là mon ami m'a évité le rapatriement vers Garlemald avec les autres domiens enrôlés de force qui servirent d'otages par la suite dans des négociations de paix factices. Au lieu de cela, j'ai rejoint la résistance. Et quand on m'a demandé mon nom, j'ai répondu sans réfléchir : "Kikyo Kakita". On m'a amenée jusqu'à Tsuru, et la demeure du Clan de la Grue. Je ne pensais me faire accepter. Je me suis souvenue de ce que ma mère m'avait dit, de ce que les familles comme celle-ci faisaient des enfants illégitimes. Je savais que mon père avait une épouse, qu'il avait un fils.
Sanjuro Kakita. Mon demi frère.
Il était tout ce que je veux croire que notre père était. Un hyur, grand, aux yeux bleu turquoise. Impassible, discipliné, mais juste. Alors que le daimyo Kakita no Yaten questionnait le peu d'hommes vivants au sein du clan sur le sort qui m'attendait, il a parlé sans me quitter des yeux. Il a dit qu'il ne pouvait se souvenir du visage de Genzo Kakita avec précision mais qu'il le voyait dans mes yeux. Il a dit qu'il voyait sa sœur, et défendrait mon honneur et le sien contre toute personne qui refuserait de me nommer autrement que comme telle. Je suis véritablement devenue Kikyo Kakita ce jour-là, et j'ai voulu marcher sur les traces de mon père aux côtés de son fils légitime et la mère de ce dernier. Minako-dono aurait pu me détester mais elle ne fit montre d'aucun grief à mon égard faute de m'adresser la parole plus que le strict nécessaire. Je ne pense pas que ce fut par gêne ou méchanceté. C'est simplement ce que sont les femmes de la famille Kakita. Je n'allais pas tarder à le découvrir.
[right][i][b]Ce n'était pas encore la renaissance promise, mais elle n'allait pas tarder à apparaître. [/b][/i][/right][/quote]