Chargement en cours, veuillez patienter

Les Mystères du Torrent

Accueil > Forum > Campagnes > Les Mystères du Torrent
Lerith Il y a 3 mois et 2 semaines

Nuit dans le Brouillard

On entendait les oiseaux, les insectes, le battement d'aile des chauve-souris tropicales et le bruissement des feuilles sur le pelage des prédateurs. Même noyée dans ce brouillard surnaturel la jungle grouillait de vie. Cela en rassurait certains mais le manque de visibilité au-delà de dix pas rendait l'ambiance lourde autour du campement. Pour ceux qui n'étaient guère habitués aux expéditions en pleine nature sauvage, le moindre son pouvait représenter un danger inconnu. Et même pour ceux qui en avaient l'habitude, ce manque de visibilité alimentait une tension dans l'air, ce sentiment d'être observé.

Dans le cénote, le courant de la rivière faisait grincer le bois de l'Eternal qui raclait parfois contre la paroi rocheuse. Le campement s'était monté plus haut, loin du tumulte constant de la cascade à côté du ponton, laissant le navire caché là. 
Nous trouvâmes le sommeil plus ou moins vite, rassurés par le halo du feu de camp et la respiration régulière de nos camarades dans leurs tentes à quelques yalms. L'humidité on s'y habitue, les moustiques un peu moins. Un tour de garde pour alimenter le feu préviendrait les prédateurs et comme toujours les plus expérimentés dormaient à portée de leurs armes.

A force de tourner et se retourner les paupières s'alourdirent, et quel sommeil étrange ce fut pour une poignée d'entre nous, agité par des images, des sons indistincts et angoissants. La brume, toujours la brume qui vous enveloppe, la sensation pesante de solitude, de cécité alors que mille yeux nous observent. Puis, vient ce frisson suivi de sueurs froides. Quelque chose ne va pas. Il y a quelqu'un près de nous. Notre esprit s'éveilla mais notre corps est resté paralysé par le sommeil. Nos yeux s'ouvrent sur une silhouette au-dessus de vous dans la tente.
Il est accroupi, penche la tête de droite à gauche en nous scrutant. Vêtu de cuir et de plumes, affublé d'un masque en bois au visage monstrueux, plus large que sa propre tête. De sa bouche ne sort aucun mot, rien qu'une série de claquement et de sifflements sourds. Dans la pénombre notre perception est altérée, notre corps paralysé, la réalité se tord comme si nous avions pris une substance hallucinogène ou alors ce n'est que le sommeil qui nous joue des tours. Le visage peint se rapproche du nôtre et l'obscurité nous envahit.

Au réveil, nous étions en sueur, allongés sur le dos. La lumière du jour est là, ce maudit brouillard aussi. Dans le campement à l'extérieur, rien n'a bougé. Ceux qui étaient de garde n'ont absolument rien remarqué d'anormal sauf ceux qui s'occupaient du dernier quart. Ceux-là sortirent de leur tente où ils se sont réveillés comme nous, allongés sur le dos, en sueur après un rêve angoissant.

Il est temps de poursuivre ce voyage jusqu'à la canopée qu'Adira jure avoir vu à travers la brume, touchée par une mystérieuse présence qui semble vouloir nous y attirer.
Lerith Il y a 3 mois et 2 semaines

La Canopée Silencieuse

Après une journée de marche difficile dans la brume, ralentie par le manque de visibilité et les boussoles détraquées qui faisaient perdre tout repères, la nuit tomba à nouveau sur la jungle d'Ulekele. Ils n'avaient parcouru qu'une dizaine de malms, car ils devaient avancer tout droit, dans la direction définie la veille depuis le village abandonné par Adi'ra.
Juste avant d'atteindre la rivière dont ils percevaient le courant depuis plus d'une heure à travers les bruits de la faune sauvage, Noah devint encore plus silencieux. Ses sens s'éveillèrent d'un coup lorsqu'il sentit la présence d'une dizaine de personnes autour d'eux, aussi silencieux que la brume elle-même, parfaitement coordonnés pour les encercler ou les escorter il n'aurait su le dire. Ils avançaient en formation élargie, à égale distance, s'arrêtaient et repartaient en même temps qu'eux. Une fois devant le ponton de bois grinçant, ils s'immobilisèrent, invisibles mais bien là. Liann les sentit elle aussi. Ivanhault tenta d'appeler, aucune réponse ne vint.
"Peut-être devriez-vous faire une démonstration de votre magie" suggéra Ulysse.
Meleth hocha la tête et s'avança seule sur le ponton, disparaissant momentanément de leur champ de vision. Moins d'une minute plus tard, la brume s'écarta comme par magie sur son passage comme pour dessiner la route. Ils la virent au bout de la jetée, et derrière elle sur l'autre rive, non pas d'une rivière mais d'un grand lac, une canopée éclairée par des lanternes encore très loin mais surplombée d'un arbre gigantesque, d'une hauteur vertigineuse rappelant un peu la Gardienne d'Eternité. Poussée par une intuition et un courant étrange dans l'eau, Meleth et Noah usèrent de leur magie pour faire venir à eux une barge en bois assez large pour transporter le groupe entier.
A peine furent-ils installés que les silhouettes de leurs "poursuivants" se dessinèrent dans la brume, approchant de leur embarcation. Ils ne prononcèrent pas un mot, même leur pas était silencieux, étouffé, à peine un bruissement dans l'air. L'inquiétude monta d'un cran chez Quila et Adi'ra qui ne savaient s'il fallait les considérer comme des ennemis ou des alliés. Ils levèrent leurs lances et, d'un mouvement parfaitement synchronisé, commencèrent à frapper du bas de l'arme contre les planches de bois à un rythme régulier, comme le son d'un tambour qui résonna en écho sur le lac. Le courant se leva, et la barge s'éloigna du ponton, suivant ce courant magique jusqu'à la canopée silencieuse.
La traversée dura une quinzaine de minute. Au fur et à mesure que leur destination se rapprochait, ils en distinguaient les formes, le nombre de maisons et de sentinelles. Mais ils n'entendirent pas un bruit si ce n'est les craquements du bois sous le poids de leur embarcation et le souffle du vent dans les branches.
Sur la dernière centaine de yalms, ils passèrent au milieu de piliers en bois émergeant du lac, tous décorés d'ossements humains et parfois des squelettes entiers issus de toutes les races connues au Tural. Chaque pilier était rehaussé d'un crâne, principalement hyur. Cela eut de quoi tendre un peu plus certains. D'autres aperçurent au milieu des sentinelles guettant leur accostage, des yok huy dont un ou deux anciens, aussi grands que le chaman de l'Echo de Worlar. Ce fut l'un d'eux qui les attendit à l'appontement, au pied du grand arbre, et qui d'un mouvement de tête leur intima de le suivre à l'intérieur du tronc.

Malgré l'éclairage chaleureux des braseros, des peintures et des toiles colorées rappelant Tuliyollal et la présence de civils qui les observaient depuis les hauteurs de cette partie du village construite à l'intérieur de l'arbre, le silence pesait tant qu'Ivanhault suggéra -et avait raison- qu'une magie étouffait les sons. Entre la brume, leurs rêves de la nuit dernière qui n'en étaient peut-être pas finalement, et tout ce qu'ils voyaient à présent supposait que les pouvoirs de Quetzalcóatl tendaient vers le camouflage et la protection. Ils se sentaient dans cette brume comme ils se sentaient dans la rivière de Thlaloc : entièrement à la merci d'une main invisible.
Le yok huy masqué les conduisit à une porte immense, après avoir contourné un totem identique à celui du village abandonné à la différence que celui-ci ne se dressait pas sur quatre niveaux, mais douze. Il était donc bien plus grand.
On leur ouvrit la porte, et ils entrèrent dans un tunnel large qui descendait légèrement. Meleth et Noah n'hésitèrent qu'une seconde, le groupe les suivit. En bas, ils trouvèrent une salle souterraine éclairée par des centaines de bougies. Du sol on plafond, on avait peint les murs. Un gigantesque serpent à plumes qui semblait s'enrouler autour d'eux baignant dans une succession de fresques représentant des paysages, des scènes probablement narratives, et les astres au plafond, soleil et lune au milieu de nombreuses constellations pour la plupart connues. Au centre de la salle, une grande cuve en pierre circulaire et remplie d'eau était entourée de sept petits présentoirs sculptés. Mais le plus imposant était derrière, contre le mur et surélevé par une estrade naturelle : un trône taillé dans les racines de l'arbre dans un style semblable à celui de l'aurarque, sur lequel était assis leur hôte dont l'apparence leur coupa le souffle.


"Je suis Quetzalcóatl, gardien du village caché de Tula.
Rares sont les visiteurs que nous avons laissé venir jusqu'à nous.
Mais vous n'êtes ni des voleurs, ni des envahisseurs n'est ce pas ?
Qui êtes-vous ?"




Après un bref entretient, durant lequel Quetzalcóatl leur accorda l'hospitalité du peuple Ulekele, on fit sortir les invités. Sauf Meleth et Noah qui restèrent dans la salle du trône. La grande porte se referma sur le groupe et le bruit ambiant fut presque assourdissant. La magie qui étouffait les sons avait été levée, Tula résonnait d'une ambiance tellement plus vivante à présent. Le grand yok huy se présenta comme Zorehmeh, membre de la garde du serpentaire. Il les guida jusqu'à leurs quartiers et veilla sur leur confort. A cette heure il n'y avait pas d'intérêt à chercher le marché ou le contact social mais dès demain ils seraient libres de circuler dans la canopée comme bon leur semble.
La seule consigne qui leur fut donnée : ne pas quitter les environs de Tula, car bien que leur maître contrôle la brume il ne peut en protéger chacun individuellement s'ils se montrent imprudents. Zorehmeh évoqua brièvement la menace latente qui s'y cache et les fameux "enfants de la brume" seuls à pouvoir s'y fondre sans risque car ils possèdent chacun une fraction du pouvoir de Quetzalcóatl. Il serait toujours temps d'apprendre demain. Et demain arriva bien vite après une nuit confortable, au sec, à l'intérieur du grand arbre.

Au matin, le soleil perça doucement à travers la brume. Toujours opaque autour de la canopée, on voyait un peu plus le bleu du ciel à travers le voile blanc d'ici. Tula était un ilot de lumière au milieu d'une région inquiétante même en journée.

Le marché au troc

La notion de monnaie semblait inconnue du peuple Ulekele. Comme tout village, le marché s'ouvrait tôt le matin et s'étendait sur les premiers niveaux de l'arbre, intérieur comme extérieur. Le nombre hallucinant d'échoppe n'en faisait pas pour autant un marché varié. En réalité, chaque famille ou presque s'adonnait au commerce local pour se fournir au quotidien grâce au troc, on retrouvait à peu près les mêmes choses partout, les gens s'échangeaient des objets entre voisins, on sociabilise plus qu'on marchande. Personne ne semblait à première vue manquer de rien mais sans surprise le sujet principal des conversations était la venue de ces étrangers "enfants du torrent" dont le maître avait annoncé la venue il y a longtemps. "Le temps est peut-être enfin venu" disait-on, "le brouillard pourrait se lever de notre vivant !"

Les Enfants des Brumes

Les seuls habitants de Tula à demeurer silencieux -au moins devant eux- étaient ces fameux enfants des brumes dont on leur avait parlé, et qu'ils avaient rencontré la veille sur le ponton. On pouvait les voir patrouiller par groupe de deux ou surveiller les alentours. Ils semblaient toujours occupés, toujours en chemin d'un point à un autre ou immobile et silencieux scrutant la jungle. Même les autres habitants leurs passaient devant comme s'ils ne les voyaient pas, personne n'allait leur parler ou leur faire signe.
Il arrivait qu'un petit groupe sorte de Tula avec des chasseurs, des cueilleurs ou juste entre eux. Quelques heures plus tard ils reviennent avec leurs prises. Ceux qui, comme Zorehmeh, portent un collier en forme de serpent ne quittent jamais leur poste autour du totem.
Quila Haamir Il y a 3 mois et 2 semaines
Semi-rapport de la journée au village :

J’ai fait les étals des marchés, les objets que j’ai pu trouver et commercer via le troc sont typiquement turaliens. Que ce soit les outils ou les bijoux, c’est très coloré, je suis conquise.

Au niveau de la nourriture, j’en ai profité pour aussi aller… examiner. Je mens, je me suis évidemment empressée de goûter des plats et je vous en ai rapporté sur la table.
J’ai cependant noté de petites choses : ils se nourrissent de poissons et de fruits, les "enfant des brumes" sortent pour aller chasser avec d’autres chasseurs, certains sont même chasseurs eux-mêmes. Ils ont aussi quelques carrés de culture.

Toutefois, j’aimerais porter votre attention sur quelque chose de moins commun : ils ont du blé et de la farine en très grande quantité et, croyez-moi, pour en avoir fait pousser pendant 20 ans, sans soleil ou avec le peu qu’ils en ont, tout ça acompagné de l'humidité, c’est quasi impossible. J’en déduis donc qu’ils commercent plus que ce qu’ils veulent bien nous dire.

Par la suite, j’ai discuté avec les habitants, vous me connaissez, j’aime parler !
Ils n’ont jamais rien vécu en rapport avec l’apocalypse, ou du moins ils ne l’ont pas remarqué.
Le quetzacoalt est vu comme un demi-dieu, un maître, qui les protège du "devoreur". Cependant, il est très absent, ce qui ne change rien à leur amour pour lui.
Ils ne sont en aucun cas malheureux ou n’en donnent pas l’air.
D’après eux, nous allons changer quelque chose chez eux. Ils ont l’air un peu tristes quand ils en parlent.

Ma dernière entrée de ce rapport concerne la légende de la brume dont nous avons entendu parler :
Ils en savent assez peu sur cette légende, mais leur "maitre", le quetzacoalt, est revenu d’une longue absence "physique" il y a deux ans et a annoncé la venue d’émissaires d’une tribu "soeurs" venant de l’autre bout du monde et qui "vincrai" le "devoreur". La brume pourrait alors enfin se lever.

Je suis heureuse de toutes ces découvertes !


Quila Haamir.
Ivanhault Il y a 3 mois et 2 semaines

Extrait des carnets de voyage Turaliens tenus par Ivanhault


[...] Les villageois fréquentent le marché autant pour troquer le surplus que pour s'échanger les nouvelles. Nous sommes naturellement la nouvelle du moment. Tandis que j'examinai les produits locaux utilisés en cuisine et en concoctions - sans surprise, nombre de plantes d'eau mais également quelques minerais - je bénéficiai d'une tolérance bienveillante. On m'indiqua bientôt le nom d'un vieux guérisseur qui utilise dans ses remèdes ce qu'il nomme la toloatzin. Si mes yeux ne m'abusent point, nous la connaissons sous le nom de Datura metel. Je ne l'avais jusque là rencontrée que dans des livres. Conformément aux principes de la théorie des signatures - à laquelle je ne souscris point mais qui se révèle occasionnellement juste - elle convient en très petites doses pour soigner les affections pulmonaires, depuis la bronchite à l'asthme. Plus étonnant, les feuilles semblent pouvoir être fumées. En sus de ses applications médicales, elle possède des propriétés hallucinogènes mises en application dans le traitement des affections mentales. Il est possible que notre délire commun de la première nuit soit lié à cette particularité.

La toloatzin, dans le cas d'une manipulation imprudente des doses, s'avère un poison mortel ; aussi rares sont les particuliers autorisés à en posséder chez eux. Le vieux maître guérisseur, semble être celui qui gère ces permissions.
[...]
Lerith Il y a 3 mois et 2 semaines

Entretien avec un "demi-dieu"

Ce n'est qu'aux premières lueurs de l'aube, plusieurs heures après leur arrivée à Tula, que Meleth et Noah quittèrent la salle du trône par la grande porte, mais pas seuls. Les quelques habitants encore debout et les gardes firent silence et s'inclinèrent sur le passage de Quetzalcóatl qui mena le duo jusque dans les hauteurs de l'arbre. Ney fut le seul témoin "étranger" de ce passage mais put constater que ses deux camarades ne semblaient ni blessés, ni même contrariés. Noah était silencieux comme à son habitude mais Meleth semblait fascinée par ce qu'elle voyait et la conversation qu'ils tenaient avec le maître des lieux.
Aucun des trois ne réapparut de la journée mais quand le soleil déclina au-dessus des arbres -toujours à travers le voile de brume- Meleth et Noah descendirent enfin, ayant visiblement pu dormir eux aussi mais pas seulement à voir leur accoutrement local semblable au tissus que portait le demi dieu lui-même lors de leur rencontre.
Lerith Il y a 3 mois et 1 semaine

Celui qui se cache dans la Brume

Après le Cœur du Torrent, le temple d'Ori et le Miroir de Glace, Quetzalcóatl nous a montré l'Œil des Brumes au sommet de Tula. C'est par là que nous avons ouvert la quatrième porte vers Ouran. Il ne souhaite pas perdre de temps et nous a confié la raison de son empressement. Le gardien du peuple Ulekele est vieux, très vieux. Trop vieux d'après ses propres paroles, et indigne de vivre plus longtemps que nécessaire. Je ne me permettrais aucun jugement dans mon rapport quelle que soit mon opinion ; je suis à peine surprise qu'il fut aussi prompt à tout nous révéler. Je crois que d'une certaine façon il attend depuis bien trop longtemps de recevoir son châtiment.
Celle qui a hésité à en parler, c'est moi, mais Noah a su me convaincre que nos camarades ne devraient pas être tenus à l'écart de la vérité même si elle est déplaisante et que cela ne leur apportera rien. 

Bien que son apparence m'ait effrayée au début, Quetzalcóatl n'est pas mauvais il est même profondément bon si on le compare à ceux que nous avons rencontré avant lui. Le squelette, l'imaginaire autour du crâne dans la culture locale, n'est pas symbole de deuil mais de renouveau. D'ailleurs, le "jour des morts" est une fête joyeuse à Tula. Ils festoient en l'honneur de ceux qui ne sont plus, dansent, rient, et célèbrent la mort comme une amie proche. Cette introduction n'est pas sans raison. Je passerais sur les rites funéraires locaux qui consistent à découper le corps, incinérer le cœur lors d'une cérémonie et ensuite jeter les os, lavés, dans la rivière pour Quetzalcóatl.
Il n'a jamais été vraiment humain, contrairement à ce que dit la légende, mais il vit parmi eux depuis toujours en se servant de leurs os pour se reconstituer à l'infini. Comme les autres gardiens, il a enseigné à ses "enfants" Ulekele un fragment de son pouvoir. Ainsi sont nés les Fils de la Brume. 

Autre correction à la légende : l'empire Yok Huy n'a pas été la raison de leur isolement, bien qu'à l'époque la menace était réelle. Ce qui a poussé Quetzalcóatl à faire ce qu'il a fait c'est le Dévoreur. Il a fait ce qu'il a cru devoir faire. Je ne dis pas cela pour l'excuser mais une part de moi comprend ce qu'il a pu ressentir et au fait qu'il juge ce sacrifice nécessaire. 
Le Dévoreur est apparu ici au Tural, peut-être pour la toute première fois je ne sais pas mais c'était bien avant d'être invoqué à Golmorre. Ma théorie est qu'il a été attiré par le pouvoir qui a dû se manifester en grande quantité à l'époque où les Yok Huy et les Ulekele se sont affrontés. Quetzalcóatl l'a vu dans les étoiles et il a senti qu'il ne pourrait rien faire pour l'arrêter, de la même manière que Thlaloc n'a rien fait pour mes sœurs et que la Dame de Givre n'a rien fait pour les Jokün. Mais Quetzalcóatl est le plus humain d'entre tous, il ne pouvait pas rester sans rien faire alors il a sacrifié son propre corps et ceux de tous ses enfants pour noyer cette partie de la jungle dans un brouillard éternel que même le Dévoreur ne pourrait pas traverser. Ivanhault n'a pas idée à quel point il disait la vérité quand il parlait de la brume comme d'une créature vivante. C'est le cas, et c'est même pire encore. La brume doit être nourrie. Tous ceux qui s'y perdent depuis tout ce temps servent à l'alimenter. Quand ils meurent, elle absorbe leurs ossements. Et quand il n'y a pas assez de cadavres, les habitants de Tula ont recours au sacrifice humain. Voilà pourquoi les Fils de la Brume ne sauvent personne, ils laissent la jungle et la brume tuer les voyageurs égarés. Sauf parfois, quand Quetzalcóatl ramène un survivant au village. J'ai posé la question. Il m'a répondu. Il dit que parfois c'est trop difficile, même pour lui. Il vit avec cette culpabilité. Il attend de nous que nous détruisions le Dévoreur afin qu'il puisse enfin lever la brume qui protège son peuple, et mourir définitivement avec elle. 

Le peuple Ulekele n'ignore rien même s'ils n'en parlent pas. Noah a demandé pourquoi les Fils de la Brume gardent le silence. Je crois qu'il avait une idée de la réponse mais qu'il voulait en avoir le cœur net. Les Fils de la Brume maîtrisent d'excellentes techniques de camouflage. Ils parviennent à étouffer le son de leurs voix, de leurs pas, et même de leurs armes. Mais s'ils ont fait vœu de silence c'est par respect pour tous ceux qui sont allés se perdre dans la brume, volontairement ou pas, étrangers ou non. 
Nous avons beaucoup à apprendre d'eux. Pendant les prochaines semaines, nous allons nous entraîner avec eux. Quetzalcóatl nous a donné un talisman qui nous permettra de retrouver Tula dans la brume lorsque nous survolerons la jungle. 

Meleth

Utilisation des données

Nos partenaires et nous-mêmes utilisons différentes technologies, telles que les cookies, pour personnaliser les contenus et les publicités, proposer des fonctionnalités sur les réseaux sociaux et analyser le trafic. Utilisez les boutons pour donner votre accord ou refuser.