Lerith
Il y a 2 mois et 1 semaine
Péril sur Volgoma
Cher père,
Revoir le lac Volgoma aurait dû éveiller ma joie après deux années passées loin de Davokar. Hélas, je savais bien avant de revoir ses rives argentées baignées de soleil qu'un funeste péril s'était abattu sur notre foyer. Déjà au matin de notre dernier jour à Karvosti, la rumeur montait que la Mara était en chemin. J'ai mit du temps à me souvenir de ce nom que vous avez pourtant maintes fois prononcée lorsque, enfant, vous me racontiez ces histoires sur les puissantes entités qui peuplent la forêt. Notre départ en fut précipité. Croiser cette sorcière et sa cour des ombres n'a jamais été perçu comme un bon présage et nous nous sommes mis en route promptement. Cela n'a pas empêché le destin de nous y attendre. Car elle s'y trouvait, père. Elle était là. Et après avoir lu dans nos âmes d'un seul regard et en quelques mots, elle s'en est allée dans la brume vers l'ouest. Vers le lac Volgoma. Car là-bas, disait-elle, se jouait déjà le prochain acte d'un grand malheur.
Alors je savais. Et j'ai eu si peur, sans savoir ce que je devais craindre. Mordragulfansa est encore loin au nord est, et les trolls que nous avons rencontrés au sud se rendaient vers le lac pour rassembler nos forces contre les incursions ambriennes. Alors de quoi devais-je avoir si peur au point que la Mara elle-même se montrait ?
Les heures me sont apparues bien longues jusqu'au lac. Et pourtant je ne l'ai pas atteint sur mes deux jambes. En chemin, un scrofar nous a presque foncé dessus mais quand nous nous sommes écartés il ne nous a pas attaqué. Un animal aussi territorial soudain en fuite ? L'angoisse est vite montée. Ce n'est pas lui qui m'a blessée mais une libellule géante un peu plus loin. J'ai bien failli y rester mais les autres m'ont protégé avec bravoure. Il est plus que temps, je crois, que je mette en pratique le sort que je travaille depuis longtemps.
Nous avons campé à couvert près de la berge, mais déjà les colonnes de fumée s'élevant au-dessus des arbres partout autour du lac jusqu'à l'horizon laissaient présager de ce qui se passait. Et je ne comprenais toujours pas comment, ni pourquoi. Un seul de ces villages autonomes se trouvait entre nous et le bosquet elfe de la rive ouest. En le traversant nous n'avons vu que cendres et cadavres, mais aucun ennemi vivant ou mort. Il n'y avait que des ambriens et d'autres créatures, de ceux qui vivent en paix loin de la reine. Lothar a ramassé un masque rouge de Saar-Kahn. Mais qu'est ce que les Saar-Kahn viennent faire si loin au sud de leur territoire ? Leur violence ne me surprend pas, mais ils n'ont pas de raison de descendre si proche de Volgoma à moins qu'il se soit passé quelque chose.
Vu la situation, j'ai pris le risque d'amener tout le monde au bosquet. Le lac n'est plus du tout sûr, et je n'ai pas oublié vos ordres. Je dois assurer sa sécurité quoi qu'il m'en coûte. L'accueil fut glacial mais on m'a reconnu. J'esperais vous retrouver, que vous sauriez quoi faire, mais l'on m'a dit que vous étiez partit depuis déjà deux semaines. C'est dame Leiana et ma chère Tara'kel qui m'ont informée de la situation. Gralusur et son groupe eux non plus n'ont pas été vus depuis que les attaques ont commencé. Et les attaques se multiplient. Trois fronts, comment est-ce possible. Ambria au sud, les Saar-Kahn, et à l'est la forêt qui se réveille et se défend, s'en prenant aussi bien aux intrus qu'à nous sans distinction. Comment le pacte pourra t-il tenir face à tous ces assauts ?
Et dans tout ce tumulte, Pépin devient de plus en plus agaçant. Oh, je sais qu'il veut bien faire, il a l'âme d'un héros en devenir. L'espoir d'Ambria n'est ce pas ? Mais il ne comprend pas, il ne réfléchit pas. Il agit comme s'il avait le pouvoir d'influer sur le cours des évènements et même sur le conflit entre le Pacte et Ambria. Il pose des questions sur notre organisation, il s'improvise médiateur et diplomate en demandant à nos anciens s'ils seraient prêts à faire la paix. Mais bon sang si c'était aussi simple, il y a longtemps que le seigneur Elori aurait obtenu quelque chose depuis Yndaros ! Tout ce qu'il va gagner c'est de se faire écorcher vif à force de forcer le contact et de jouer les moralisateurs devant les elfes d'été déjà prompts à le transformer en hérisson sans user du moindre sortilège. Je fais tout ce que je peux pour le garder en vie mais je peine déjà à me protéger moi-même...
Tara'kel se montre amicale au moins, mais on ne pourra pas rester ici. Dame Leiana et les autres disent que le bosquet n'est plus un endroit sûr. A notre arrivée, j'ai vu des corps alignés le long du sentier. Je n'en avais jamais vu çà l'intérieur même du village. Et quand j'ai demandé pour les Mushröhms... on m'a montré les corps. Je ne l'ai pas dit à Stenlay, pas encore. Je ne pourrais pas lui cacher éternellement que ses parents, s'ils ont pu fuir, n'ont pas atteint le bosquet en vie. Il faudra que je le fasse, avant de partir. Mais pour l'heure, nous avons besoin de repos.
Je les ai amené à la maison en votre absence, puissiez-vous me pardonner cet écart. C'est un peu petit pour cinq mais c'est l'affaire de quelques jours tout au plus. Le temps d'avancer sur notre mission. Je n'ai pas dormi dans mon lit depuis si longtemps. Comme vous pouvez me manquer, père.
Votre Iris
Cher père,
Je ne pensais pas vous écrire si vite après ma dernière lettre. Mais J'ai croisé Eral tout à l'heure, il se rendra bientôt vers le nord avec les autres et je veux croire qu'il vous trouvera avant moi. Il vous confieras toutes les lettres que je n'ai pu vous faire parvenir ces dernières semaines, et celle-ci. Dame Leiana dit qu'une réunion des anciens va se tenir, elle est restée vague mais cela se comprend. Pépin pose beaucoup de questions sur le Pacte et sa hiérarchie. Je n'ai rien dit à propos du grand prince Eneàno, je préfère le laisser dans l'ignorance tant qu'il demeure une légende pour les ambriens, tout comme les villes elfiques du nord que je n'ai jamais vu de mes yeux mais que j'espère de tout cœur en sécurité, et vous aussi. Je me suis doutée que si réunion des anciens il y a, c'est que le grand commandant du pacte va tenir conseil et vous a rappelé avec les autres elfes d'automne.
Vous m'avez jadis trouvé bien impatiente lorsque je réclamais des histoires sur ce monde qui m'est encore interdit. Aujourd'hui, je prie pour que l'on ne m'y envoie jamais vous y retrouver car j'ai peur de ce que j'y verrais.
Lors de notre excursion de deux jours sur le lac, dans le refuge des hommes-crapaud j'ai reçu la vision d'un avenir où je vous voyais gisant entre les arbres, nos frères comme des silhouettes dans la brume. Si c'est là un futur possible pour moi, tant que je demeure loin de vous je ne pourrais vous voir mourir. Cette pensée me torture, car hier encore j'avais hâte de vous revoir. J'implore les esprits de porter ces lettres vers vous avec les informations qu'elles contiennent, ou que dame Leiana, Eral ou quiconque ayant connaissance des indices que nous avons semés se frayera un chemin jusqu'à vous. Le conseil saura quoi faire n'est ce pas ? Le Pacte a tenu bien plus longtemps que le royaume d'Ambria et celui d'Albérétor avant lui, il ne peut disparaitre face à tel péril.
Je poursuivrais ma mission tant qu'il sera nécessaire, puisque vous n'êtes pas en mesure de nous retrouver. Nous quitteront bientôt le bosquet pour la pyramide de Serand où se serait rendu l'homme crapaud susceptible de détenir l'une des pierres que nous cherchons à récupérer. Ce n'est pas si loin, mais si la forêt se réveille je redoute ce que nous allons y retrouver. Il faut terminer cette mission et ramener le groupe en Ambria, en sécurité. Si l'on m'avait dit qu'un jour je trouverais ce royaume plus sûr que mon foyer, je ne l'aurais pas cru. Quitter Volgoma si tôt, après une si longue absence, me brise le cœur. Mais vous m'avez confié une tâche dont je compte m'acquitter avec soin jusqu'à ce que tout péril soit écarté. Le reste n'a pas d'importance.
Pour vous, pour le Pacte. Jamais vraiment des vôtres mais pour toujours à vos côtés.
Votre Iris
[quote]Lerith
[h2]Péril sur Volgoma [/h2]
Cher père,
Revoir le lac Volgoma aurait dû éveiller ma joie après deux années passées loin de Davokar. Hélas, je savais bien avant de revoir ses rives argentées baignées de soleil qu'un funeste péril s'était abattu sur notre foyer. Déjà au matin de notre dernier jour à Karvosti, la rumeur montait que la Mara était en chemin. J'ai mit du temps à me souvenir de ce nom que vous avez pourtant maintes fois prononcée lorsque, enfant, vous me racontiez ces histoires sur les puissantes entités qui peuplent la forêt. Notre départ en fut précipité. Croiser cette sorcière et sa cour des ombres n'a jamais été perçu comme un bon présage et nous nous sommes mis en route promptement. Cela n'a pas empêché le destin de nous y attendre. Car elle s'y trouvait, père. Elle était là. Et après avoir lu dans nos âmes d'un seul regard et en quelques mots, elle s'en est allée dans la brume vers l'ouest. Vers le lac Volgoma. Car là-bas, disait-elle, se jouait déjà le prochain acte d'un grand malheur.
Alors je savais. Et j'ai eu si peur, sans savoir ce que je devais craindre. Mordragulfansa est encore loin au nord est, et les trolls que nous avons rencontrés au sud se rendaient vers le lac pour rassembler nos forces contre les incursions ambriennes. Alors de quoi devais-je avoir si peur au point que la Mara elle-même se montrait ?
Les heures me sont apparues bien longues jusqu'au lac. Et pourtant je ne l'ai pas atteint sur mes deux jambes. En chemin, un scrofar nous a presque foncé dessus mais quand nous nous sommes écartés il ne nous a pas attaqué. Un animal aussi territorial soudain en fuite ? L'angoisse est vite montée. Ce n'est pas lui qui m'a blessée mais une libellule géante un peu plus loin. J'ai bien failli y rester mais les autres m'ont protégé avec bravoure. Il est plus que temps, je crois, que je mette en pratique le sort que je travaille depuis longtemps.
Nous avons campé à couvert près de la berge, mais déjà les colonnes de fumée s'élevant au-dessus des arbres partout autour du lac jusqu'à l'horizon laissaient présager de ce qui se passait. Et je ne comprenais toujours pas comment, ni pourquoi. Un seul de ces villages autonomes se trouvait entre nous et le bosquet elfe de la rive ouest. En le traversant nous n'avons vu que cendres et cadavres, mais aucun ennemi vivant ou mort. Il n'y avait que des ambriens et d'autres créatures, de ceux qui vivent en paix loin de la reine. Lothar a ramassé un masque rouge de Saar-Kahn. Mais qu'est ce que les Saar-Kahn viennent faire si loin au sud de leur territoire ? Leur violence ne me surprend pas, mais ils n'ont pas de raison de descendre si proche de Volgoma à moins qu'il se soit passé quelque chose.
Vu la situation, j'ai pris le risque d'amener tout le monde au bosquet. Le lac n'est plus du tout sûr, et je n'ai pas oublié vos ordres. Je dois assurer sa sécurité quoi qu'il m'en coûte. L'accueil fut glacial mais on m'a reconnu. J'esperais vous retrouver, que vous sauriez quoi faire, mais l'on m'a dit que vous étiez partit depuis déjà deux semaines. C'est dame Leiana et ma chère Tara'kel qui m'ont informée de la situation. Gralusur et son groupe eux non plus n'ont pas été vus depuis que les attaques ont commencé. Et les attaques se multiplient. Trois fronts, comment est-ce possible. Ambria au sud, les Saar-Kahn, et à l'est la forêt qui se réveille et se défend, s'en prenant aussi bien aux intrus qu'à nous sans distinction. Comment le pacte pourra t-il tenir face à tous ces assauts ?
Et dans tout ce tumulte, Pépin devient de plus en plus agaçant. Oh, je sais qu'il veut bien faire, il a l'âme d'un héros en devenir. L'espoir d'Ambria n'est ce pas ? Mais il ne comprend pas, il ne réfléchit pas. Il agit comme s'il avait le pouvoir d'influer sur le cours des évènements et même sur le conflit entre le Pacte et Ambria. Il pose des questions sur notre organisation, il s'improvise médiateur et diplomate en demandant à nos anciens s'ils seraient prêts à faire la paix. Mais bon sang si c'était aussi simple, il y a longtemps que le seigneur Elori aurait obtenu quelque chose depuis Yndaros ! Tout ce qu'il va gagner c'est de se faire écorcher vif à force de forcer le contact et de jouer les moralisateurs devant les elfes d'été déjà prompts à le transformer en hérisson sans user du moindre sortilège. Je fais tout ce que je peux pour le garder en vie mais je peine déjà à me protéger moi-même...
Tara'kel se montre amicale au moins, mais on ne pourra pas rester ici. Dame Leiana et les autres disent que le bosquet n'est plus un endroit sûr. A notre arrivée, j'ai vu des corps alignés le long du sentier. Je n'en avais jamais vu çà l'intérieur même du village. Et quand j'ai demandé pour les Mushröhms... on m'a montré les corps. Je ne l'ai pas dit à Stenlay, pas encore. Je ne pourrais pas lui cacher éternellement que ses parents, s'ils ont pu fuir, n'ont pas atteint le bosquet en vie. Il faudra que je le fasse, avant de partir. Mais pour l'heure, nous avons besoin de repos.
Je les ai amené à la maison en votre absence, puissiez-vous me pardonner cet écart. C'est un peu petit pour cinq mais c'est l'affaire de quelques jours tout au plus. Le temps d'avancer sur notre mission. Je n'ai pas dormi dans mon lit depuis si longtemps. Comme vous pouvez me manquer, père.
[right][i][b]Votre Iris[/b][/i][/right]
[center][img]https://i.postimg.cc/bY6x3Sjk/separateur.png[/img][/center]
Cher père,
Je ne pensais pas vous écrire si vite après ma dernière lettre. Mais J'ai croisé Eral tout à l'heure, il se rendra bientôt vers le nord avec les autres et je veux croire qu'il vous trouvera avant moi. Il vous confieras toutes les lettres que je n'ai pu vous faire parvenir ces dernières semaines, et celle-ci. Dame Leiana dit qu'une réunion des anciens va se tenir, elle est restée vague mais cela se comprend. Pépin pose beaucoup de questions sur le Pacte et sa hiérarchie. Je n'ai rien dit à propos du grand prince Eneàno, je préfère le laisser dans l'ignorance tant qu'il demeure une légende pour les ambriens, tout comme les villes elfiques du nord que je n'ai jamais vu de mes yeux mais que j'espère de tout cœur en sécurité, et vous aussi. Je me suis doutée que si réunion des anciens il y a, c'est que le grand commandant du pacte va tenir conseil et vous a rappelé avec les autres elfes d'automne.
Vous m'avez jadis trouvé bien impatiente lorsque je réclamais des histoires sur ce monde qui m'est encore interdit. Aujourd'hui, je prie pour que l'on ne m'y envoie jamais vous y retrouver car j'ai peur de ce que j'y verrais.
Lors de notre excursion de deux jours sur le lac, dans le refuge des hommes-crapaud j'ai reçu la vision d'un avenir où je vous voyais gisant entre les arbres, nos frères comme des silhouettes dans la brume. Si c'est là un futur possible pour moi, tant que je demeure loin de vous je ne pourrais vous voir mourir. Cette pensée me torture, car hier encore j'avais hâte de vous revoir. J'implore les esprits de porter ces lettres vers vous avec les informations qu'elles contiennent, ou que dame Leiana, Eral ou quiconque ayant connaissance des indices que nous avons semés se frayera un chemin jusqu'à vous. Le conseil saura quoi faire n'est ce pas ? Le Pacte a tenu bien plus longtemps que le royaume d'Ambria et celui d'Albérétor avant lui, il ne peut disparaitre face à tel péril.
Je poursuivrais ma mission tant qu'il sera nécessaire, puisque vous n'êtes pas en mesure de nous retrouver. Nous quitteront bientôt le bosquet pour la pyramide de Serand où se serait rendu l'homme crapaud susceptible de détenir l'une des pierres que nous cherchons à récupérer. Ce n'est pas si loin, mais si la forêt se réveille je redoute ce que nous allons y retrouver. Il faut terminer cette mission et ramener le groupe en Ambria, en sécurité. Si l'on m'avait dit qu'un jour je trouverais ce royaume plus sûr que mon foyer, je ne l'aurais pas cru. Quitter Volgoma si tôt, après une si longue absence, me brise le cœur. Mais vous m'avez confié une tâche dont je compte m'acquitter avec soin jusqu'à ce que tout péril soit écarté. Le reste n'a pas d'importance.
Pour vous, pour le Pacte. Jamais vraiment des vôtres mais pour toujours à vos côtés.
[right][b]Votre Iris[/b][/right][/quote]
Lerith
Il y a 2 mois et 3 jours
Positivement inconscients !
Assise devant la tente, pendant son tour de garde, Iris gardait un œil plus distrait sur les alentours sachant que le golem de pierre à ses côtés surveillait les environs sans craindre le sommeil ou la moindre distraction. "Croissant" de son petit nom, fort serviable pour un être fait de pierres. A bien des égards il leur serait utile, ne serait-ce que pour porter Gretta qui l'avait conçu pour cela en plus de sa force au combat. Ce soir, il était utile : Iris pouvait écrire en paix.
"25 du mois d'Ynedar, jour de la Forêt selon le calendrier Ambrien,
Je n'ai plus de lettres à écrire depuis que j'ai quitté le bosquet dans la plus grande incertitude, mes mots ne seront plus désormais destinés qu'à moi-même jusqu'à ce que le brouillard qui obscurcit ma vision se dissipe. Je pensais avoir achevé ma mission. Je l'ai protégé jusque là et je les ai conduit au bosquet, sans qu'un ne se doute de quoi que ce soit comme demandé. Je pensais que cela cesserait, mais je me retrouve à devoir quitter mon foyer à nouveau. Pendant ce temps, les Frères Jurés vont se battre, défendre nos terres sacrées et tous les peuples anciens et moi ? Moi je dois poursuivre ma mission tant que nécessaire. Je ne peux permettre qu'il lui arrive malheur, c'est ce que père souhaite. Il a confiance en moi, je ne peux pas le décevoir.
Ainsi soit-il, nous poursuivons cette quête à la poursuite des pierres élémentaires perdues en direction de la Pyramide de Serand. Sommes-nous inconscients ? Probablement. Ce site est le théâtre le plus actif de la soi-disant exploration ambrienne : quelques érudits et beaucoup de pillards qui profanent ces salles sacrées dans le seul but de s'enrichir. Là-bas, toutes les factions sont à couteaux tirés. Bien sur, les ambriens surveillent leurs campements et le Pacte surveille les ambriens. Il suffirait d'une étincelle pour allumer le brasier alors si en plus Davokar se réveille à cause des évènements récents nous allons tous au devant de graves dangers. Nous sommes totalement et positivement inconscients."
Iris soupire et rejette la tête en arrière, fermant les yeux quelques instants. Ses oreilles écoutent, son esprit ressent. Le chant du monde, tel que le lui a enseigné Gralusur, est si lointain. C'est comme si le monde tournait au ralenti.
"Avant de quitter le bosquet, Gretta a parlé à Stenlay. C'est encore un enfant mais nous ne pouvons le laisser dans l'ignorance. Il a demandé à voir les corps, pour être sûr. Ce ne fut pas une épreuve facile mais au moins nous savons maintenant que ces malheureux mushröms ne venaient pas de son village. Il m'a demandé plus tard s'il est possible que sa famille se soit réfugiée dans le monde souterrain. S'il a connaissance de ce monde, ses parents aussi, alors peut-être. Ce qui est sûr, c'est que je connais quelqu'un qui en a arpenté les sentiers cachés. Maître Gralusur, j'espère de tout cœur que vous vous êtes vous aussi réfugié là-bas. Parce qu'ici, la nature semble perdre la raison.
Eral m'avait averti que les vouivres sortent une à une de leur profond sommeil. Nous en avons rencontré une dans un marécage aujourd'hui, repue et non hostile heureusement. Je n'en avais jamais contemplé qu'en livres, elles sont d'une si grande intelligence que nous avons conversé, et même combattu sans désir de tuer. Elle voulait tester notre capacité à survivre plus au nord. Pépin a été incroyable. Soit il est extrêmement chanceux, soit je dois bien admettre qu'il a toutes les qualités d'un futur templier. L'espoir d'Ambria, hein... Bah ! Il va être invivable après ses prouesses je le sens !"
Elle émit un petit rire en écrivant ces mots. Son regard glissa sur la tente des garçons ont elle entendait leurs respirations fatiguées. La journée a été longue pour tout le monde. Des heures et des heures de marche, avant et après cette extraordinaire rencontre. Mais il y en avait eu une autre ce jour-là, bien plus inquiétante...
"J'aimerais que ce soit notre seul péril, mais il semble que d'autres entités aient posé leur regard sur nous. Cette ombre qui se meut à travers les arbres, qui ne ressemble à rien que je connais mais qui parle et ricanne comme un être humain doté d'intelligence, elle me terrifie. Sans nom et sans visage, il est apparu peu de temps après que nous ayons repris la route. Nous nous sentions observés, oppressés... et nous l'avons vu se dessiner dans le bois comme si les branches pliaient à sa volonté pour lui donner corps. Il a dit qu'il nous épiait depuis le temple souterrain où Mordargulfansa était enfermé. Il veut nous observer, il veut le pouvoir, il veut... je ne sais pas ce qu'il attend de nous mais il est assez puissant et sûr de lui pour s'être révélé à nos yeux avant de disparaitre dans une explosion d'énergie qui a résonné dans la forêt.
Cette chose... elle me terrifie. On m'a appris à toujours savoir ce que les autres veulent de moi, d'en jouer pour obtenir à mon tour ce que je désire. Là, je ne sais rien et je ne peux rien."
Iris prit une profonde inspiration, sa main trembla un instant. Elle se reprit et se rappela la sagesse pragmatique des elfes : si celui qui tire les ficelles est hors de portée, fais en sorte qu'il te fasse venir à lui. Il a dit ce qu'il désire, alors un jour, il voudra qu'on le lui apporte. Il suffit simplement d'être patient.
Le calme revint. A nouveau, la mine de plomb glisse sur le papier.
"Demain, nous devrions arriver à la Pyramide de Serand en fin de journée si nous marchons d'un bon pas. Nous n'avons pas la moindre piste pour retrouver l'homme crapaud ou le bâton perdu, alors je suppose que nous allons installer notre campement près du site et aviser une fois sur place. Il y a au moins un avantage à faire cela : nous profiterons de la relative sécurité des lieux. Quand je dis relative, c'est que je me doute que ces explorateurs passent plus de temps à se surveiller les uns les autres qu'à surveiller la forêt. Je ne m'étonne plus que les elfes de printemps s'amusent avec eux dès qu'ils le peuvent. Je le verrais de mes yeux.
Je vais finir mon tour de garde et réveiller Pépin pour la relève. J'ai besoin de sommeil moi aussi, et je sens que demain on va l'entendre parler toute la journée de ses exploits. Il m'a même demandé d'en écrire une chanson, non mais je rêve ! Je lui ai dit que j'y réfléchirais. Tâchons de ne pas être mesquine, il s'est bien battu. J'écrirais quelques lignes à ce sujet dans la composition que je prépare.
Ô esprits, ma bonté me perdra je le sens !"
Iris referma doucement son carnet. Le hululement du hibou brun et vert qui les suit lui arracha son premier bâillement. La nuit avance vite, aussi vite que leurs problèmes.
[quote]Lerith
[h2]Positivement inconscients ! [/h2]
Assise devant la tente, pendant son tour de garde, Iris gardait un œil plus distrait sur les alentours sachant que le golem de pierre à ses côtés surveillait les environs sans craindre le sommeil ou la moindre distraction. "Croissant" de son petit nom, fort serviable pour un être fait de pierres. A bien des égards il leur serait utile, ne serait-ce que pour porter Gretta qui l'avait conçu pour cela en plus de sa force au combat. Ce soir, il était utile : Iris pouvait écrire en paix.
[quote]"25 du mois d'Ynedar, jour de la Forêt selon le calendrier Ambrien,
Je n'ai plus de lettres à écrire depuis que j'ai quitté le bosquet dans la plus grande incertitude, mes mots ne seront plus désormais destinés qu'à moi-même jusqu'à ce que le brouillard qui obscurcit ma vision se dissipe. Je pensais avoir achevé ma mission. Je l'ai protégé jusque là et je les ai conduit au bosquet, sans qu'un ne se doute de quoi que ce soit comme demandé. Je pensais que cela cesserait, mais je me retrouve à devoir quitter mon foyer à nouveau. Pendant ce temps, les Frères Jurés vont se battre, défendre nos terres sacrées et tous les peuples anciens et moi ? Moi je dois poursuivre ma mission tant que nécessaire. Je ne peux permettre qu'il lui arrive malheur, c'est ce que père souhaite. Il a confiance en moi, je ne peux pas le décevoir.
Ainsi soit-il, nous poursuivons cette quête à la poursuite des pierres élémentaires perdues en direction de la Pyramide de Serand. Sommes-nous inconscients ? Probablement. Ce site est le théâtre le plus actif de la soi-disant exploration ambrienne : quelques érudits et beaucoup de pillards qui profanent ces salles sacrées dans le seul but de s'enrichir. Là-bas, toutes les factions sont à couteaux tirés. Bien sur, les ambriens surveillent leurs campements et le Pacte surveille les ambriens. Il suffirait d'une étincelle pour allumer le brasier alors si en plus Davokar se réveille à cause des évènements récents nous allons tous au devant de graves dangers. Nous sommes totalement et positivement inconscients."[/quote]
Iris soupire et rejette la tête en arrière, fermant les yeux quelques instants. Ses oreilles écoutent, son esprit ressent. Le chant du monde, tel que le lui a enseigné Gralusur, est si lointain. C'est comme si le monde tournait au ralenti.
[quote]"Avant de quitter le bosquet, Gretta a parlé à Stenlay. C'est encore un enfant mais nous ne pouvons le laisser dans l'ignorance. Il a demandé à voir les corps, pour être sûr. Ce ne fut pas une épreuve facile mais au moins nous savons maintenant que ces malheureux mushröms ne venaient pas de son village. Il m'a demandé plus tard s'il est possible que sa famille se soit réfugiée dans le monde souterrain. S'il a connaissance de ce monde, ses parents aussi, alors peut-être. Ce qui est sûr, c'est que je connais quelqu'un qui en a arpenté les sentiers cachés. Maître Gralusur, j'espère de tout cœur que vous vous êtes vous aussi réfugié là-bas. Parce qu'ici, la nature semble perdre la raison.
Eral m'avait averti que les vouivres sortent une à une de leur profond sommeil. Nous en avons rencontré une dans un marécage aujourd'hui, repue et non hostile heureusement. Je n'en avais jamais contemplé qu'en livres, elles sont d'une si grande intelligence que nous avons conversé, et même combattu sans désir de tuer. Elle voulait tester notre capacité à survivre plus au nord. Pépin a été incroyable. Soit il est extrêmement chanceux, soit je dois bien admettre qu'il a toutes les qualités d'un futur templier. L'espoir d'Ambria, hein... Bah ! Il va être invivable après ses prouesses je le sens !" [/quote]
Elle émit un petit rire en écrivant ces mots. Son regard glissa sur la tente des garçons ont elle entendait leurs respirations fatiguées. La journée a été longue pour tout le monde. Des heures et des heures de marche, avant et après cette extraordinaire rencontre. Mais il y en avait eu une autre ce jour-là, bien plus inquiétante...
[quote]"J'aimerais que ce soit notre seul péril, mais il semble que d'autres entités aient posé leur regard sur nous. Cette ombre qui se meut à travers les arbres, qui ne ressemble à rien que je connais mais qui parle et ricanne comme un être humain doté d'intelligence, elle me terrifie. Sans nom et sans visage, il est apparu peu de temps après que nous ayons repris la route. Nous nous sentions observés, oppressés... et nous l'avons vu se dessiner dans le bois comme si les branches pliaient à sa volonté pour lui donner corps. Il a dit qu'il nous épiait depuis le temple souterrain où Mordargulfansa était enfermé. Il veut nous observer, il veut le pouvoir, il veut... je ne sais pas ce qu'il attend de nous mais il est assez puissant et sûr de lui pour s'être révélé à nos yeux avant de disparaitre dans une explosion d'énergie qui a résonné dans la forêt.
Cette chose... elle me terrifie. On m'a appris à toujours savoir ce que les autres veulent de moi, d'en jouer pour obtenir à mon tour ce que je désire. Là, je ne sais rien et je ne peux rien."[/quote]
Iris prit une profonde inspiration, sa main trembla un instant. Elle se reprit et se rappela la sagesse pragmatique des elfes : si celui qui tire les ficelles est hors de portée, fais en sorte qu'il te fasse venir à lui. Il a dit ce qu'il désire, alors un jour, il voudra qu'on le lui apporte. Il suffit simplement d'être patient.
Le calme revint. A nouveau, la mine de plomb glisse sur le papier.
[quote]"Demain, nous devrions arriver à la Pyramide de Serand en fin de journée si nous marchons d'un bon pas. Nous n'avons pas la moindre piste pour retrouver l'homme crapaud ou le bâton perdu, alors je suppose que nous allons installer notre campement près du site et aviser une fois sur place. Il y a au moins un avantage à faire cela : nous profiterons de la relative sécurité des lieux. Quand je dis relative, c'est que je me doute que ces explorateurs passent plus de temps à se surveiller les uns les autres qu'à surveiller la forêt. Je ne m'étonne plus que les elfes de printemps s'amusent avec eux dès qu'ils le peuvent. Je le verrais de mes yeux.
Je vais finir mon tour de garde et réveiller Pépin pour la relève. J'ai besoin de sommeil moi aussi, et je sens que demain on va l'entendre parler toute la journée de ses exploits. Il m'a même demandé d'en écrire une chanson, non mais je rêve ! Je lui ai dit que j'y réfléchirais. Tâchons de ne pas être mesquine, il s'est bien battu. J'écrirais quelques lignes à ce sujet dans la composition que je prépare.
Ô esprits, ma bonté me perdra je le sens !" [/quote]
Iris referma doucement son carnet. Le hululement du hibou brun et vert qui les suit lui arracha son premier bâillement. La nuit avance vite, aussi vite que leurs problèmes.[/quote]
Lerith
Il y a 2 mois et 3 jours
La Pyramide de Serand
Il faisait encore nuit noire au-dessus de la Pyramide, la lune déclinait progressivement et l'aube ne pointerait pas derrière les arbres avant au moins deux heures. Iris prenait toujours le troisième quart, juste avant celui de Pépin toujours le premier debout. Et comme toujours elle profitait de ce temps pour écrire à la lueur des braises mourantes.
Nous sommes arrivés en fin de journée d'hier, aux abords de la pyramide. Ainsi que je le supposais, plusieurs campements occupent le terrain surveillé par un nombre insuffisant d'éclaireurs de la reine. Si un monstre attaquait, tous ces gens seraient probablement condamnés. Je suppose que les miens surveillent, je ne les ai pas cherché. Ils me trouveront facilement vu le boucan que font certains...
Tâchons de faire le point. Nous avons compté quatre campements en plus du nôtre :
Tout d'abord, un campement d'érudits de l'Ordo Magica. Assez grand et bien équipé. Eux ne semblent s'intéresser qu'à la connaissance et non à la richesse. J'aurais tendance à leur faire davantage confiance mais avec une certaine mesure. La quête de savoir est noble, mais ils n'en sont pas moins des intrus ici.
Leur mener semble être un certain Professeur Alaric. Pépin est allé lui parler à propos des hommes-crapaud puisque c'est ce que nous cherchons. D'après lui, le professeur n'a pas rechigné à le renseigner bien au contraire. Demain matin, il aura peut être quelques informations à nous donner si l'on croit que l'Ordo Magica en saurait plus que les elfes à propos des peuples anciens. Haha, amusant. Je salue l'effort. D'autant que je doute que notre individu se soit révélé à des ambriens sous sa véritable forme, pour peu qu'il se soit montré.
En second, nous avons un groupe d'excavateurs, chasseurs de trésors de condition modeste. Eux, ils sont là pour l'argent. Ils creusent à l'extérieur de la pyramide persuadés d'y trouver des objets précieux enfouis. Donc, ils ont conscience des risques et de la concurrence, ils veulent en tirer un maximum de gain sans avoir à trop se battre, y compris contre leurs rivaux. Ils se sentent clairement en compétition avec les autres. Pépin a fini la soirée avec eux d'ailleurs, complètement torché. Les hommes, je vous jure... Il dit qu'il a passé un accord avec eux, qu'ils lui diront tout ce qui se passe dans le camp à condition qu'on empêche les autres de venir fouiner dans leur coin. Merveilleux... Bon, qu'il se débrouille avec ses soûlards. J'ai d'autres félispectres à fouetter.
Tiens d'ailleurs, en parlant de sale bête...
Iris renifla d'un air méprisant en levant les yeux vers l'un des campements voisins. Pas le plus grand, mais la plus grande tente s'y trouve.
Notre troisième voisin est un noble ambrien et sa suite, si j'ose dire. Karlio de Vearra, un cousin de la fameuse Alisabetha de Vearra la commandante des templiers. Il s'agit du premier individu que Pépin a voulu approcher, débitant aussitôt nos recherches d'homme crapaud devant ce bellâtre enfariné qui ne croirait pas que la lune est ronde même lorsqu'elle est pleine. J'ai volé à son secours bien sûr avant qu'il passe pour un benêt devant une personne ayant lien avec la cheffe des templiers qu'il rêve de rejoindre. Ah, ma bonté me perdra vraiment !
Alors, oui je savais ce que je faisais évidemment et dans quoi je m'embarquais dès l'instant où je lui ai saisi le bras d'un air doux et innocent, avec cette voix de péronnelle si bien travaillée durant mon séjour à Yndaros. Dès qu'il m'a vue battre des cils, ce sale vicelard en a presque oublié Pépin et j'ai détourné son attention pour que notre bon capitaine poursuive son enquête auprès des autres campements sans être scruté par un rupin qui se sentirait offensé. Et les esprits savent ô combien il est facile pour eux de se sentir offensés. Résultat du plan ? J'ai accepté de dîner avec lui, je me suis même habillée pour lui, j'ai chanté pour lui, Gretta a même essayé de faire du pain mais je crois que ce n'était pas sa journée... Foutreciel que ces heures ont semblé longues j'ai manqué toute la soirée à jouer à un dîner aux chandelles et prétendre être impressionnée par chacun de ses mots. Sérieusement, ce type se promène dans Davokar avec plus de bagues dans son coffre qu'il n'a de doigts aux deux mains ! Enfin.
J'aurais bien mangé au moins parce que monsieur s'est fait suivre un cuisinier. Des informations que j'ai pu glaner, il n'y a pas grand chose à en retirer si ce n'est qu'il ne s'entend pas vraiment avec sa cousine templière et donc la carrière de notre espoir d'Ambria est sauvé. Merci moi. Et Lothar est resté avec moi, enfin dehors car MONSEIGNEUR de Vearra ne voulait pas de lui dans sa tente bien sûr. Il ne voulait que moi, avec un verre d'alcool et sans doute assez de poudre dedans pour me droguer. Qui sait ce qu'il aurait fait de moi si j'avais bu, et si je n'avais pas eu monde "garde du corps barbare" juste dehors.
Cependant, et bien que cela me répugne, lui jeter mon verre à la figure et partir de m'apporterait rien. J'ai donc feint de boire, et feint d'avoir un vertige comme si son plan avait réussi. Ainsi, il me croit encore innocente et naïve. Je me suis esquivée au prétexte de me rappeler les recommandations de "grand-mère". Il croit donc avoir manqué son coup de peu sans nourrir de grief envers moi ; père serait fier de moi je pense. Sait-on jamais que ce nigaud lubrique soit utile un jour.
Elle eut un rire, son regard se tournant vers la tente entrouverte d'où dépassait son sac et un bout de tissus de sa robe bleue. Une arme redoutable n'est ce pas, que le charme d'une jeune femme ? Fleur d'Iris, au parfum délicat. Sur ce terrain, elle savait frôler l'excellence.
Bon, cependant il y a notre quatrième voisin. Le plus intriguant. Je n'en ai appris sur lui qu'à ma sortie du camp de Vearra, Lothar m'a mit au parfum des évènements de la soirée. Cette andouille, triple andouille, de Pépin avait rendu visite à l'occupant de l'unique tente plantée près des arbres. Un homme seul, venu ici on ne sait comment et semblant suivre ses propres intérêts ? Oui bien sur c'est louche, mais de là à aller lui demander de but-en-blanc s'il est un homme crapaud et lui demander de faire "kroa" juste pour voir ? Combien de pinte il a bu sérieusement ? On aura de la chance s'il accepte de parler maintenant. Ce sont les gardes, même, qui ont dû éloigner Pépin de ce jeune homme. Henry, m'a t-on dit qu'il se nomme.
Iris leva sa mine de plomb du papier, rien qu'une seconde, pour se remémorer cette dernière rencontre du soir précédent.
J'ai envoyé Lothar chercher Pépin chez les pillards ivrognes, il était retourné les voir et a fini la soirée complètement bourré. J'ai hésité à m'approcher de la tente solitaire, sachant que Lothar déjà s'y était rendu avant lui même de façon plus aimable. Trois fois, c'était peut être un peu trop. Mais il fallait tenter, au moins. J'y suis allée comme ça, en robe. Je devais avoir l'air bien ridicule vêtue comme une princesse en plein milieu des bois. Qu'importe, je voulais simplement m'excuser.
Je l'ai trouvé charmant, en réalité, c'est inattendu. A en croire Pépin c'était un rustre méfiant et dissimulateur qui aurait des informations sur Edogai qu'il a nié connaître. Il était très calme. Nous n'avons que peu parlé je ne coulais pas le brusquer. Il a dit qu'il appréciait cette rencontre, plus agréable que les précédentes, y compris pour les yeux. C'était gentil, je me suis sentie jolie de bien meilleure façon qu'à la table de l'autre empaffé... Je l'ai invité à se joindre à nous pour le petit déjeuner mais j'ignore s'il
Du mouvement sur sa droite, assez loin, la fit lever les yeux de son carnet. Elle se mit debout et aperçut du mouvement près des arbres. Après avoir jeté un œil à Croissant qui montait la garde près d'elle, elle se risqua à quitter le camp pour marcher en direction du bruit. Après une centaine de mètres, elle trouva le campement ou plutôt le vide là où se trouvait les affaires d'Henry quelques heures plus tôt. Il venait de partir, l'instant.
Un doute la traversa. Devait-elle l'appeler ? Faire du bruit pourrait alerter les gardes déjà que l’esclandre de la veille avec Pépin avait éveillé leur méfiance. Elle ne voulait pas lui attirer plus d'ennuis même si cela lui coûtait des réponses.
Alors, après un bref moment d'hésitation, elle fit quelques pas dans le sous-bois et appela d'une voix presque basse :
"Henry, attendez !"
Des craquements non loin se stoppèrent net, et une silhouette apparut dans la pénombre. Il n'était vraiment pas loin.
"Vous m'avez entendu" lâcha t-il comme un constat.
"J'aurais dû partir avant"
Elle secoua la tête, sans chercher à le rejoindre.
"Je ne compte pas donner l'alerte, nous vous avons attiré déjà suffisamment de problèmes. Faut-il vraiment que vous partiez ainsi ?
- Ma présence soulevait déjà pas mal de soupçons, le coup d'éclat de votre ami me force à accélérer mon départ."
Elle lui sourit, l'air sincèrement navrée.
"Je comprends. Soyez prudent tout de même, la forêt est plus dangereuse de nuit."
Ce à quoi il répondit, confiant :
"Ne vous en faites pas pour moi, je suis venu jusqu'ici. Je saurais m'en sortir."
En entendant ces mots, Iris sentit une dernière questions lui brûler les lèvres. Elle osa alors le retenir quelques secondes de plus.
"Êtes-vous... vraiment ambrien ?"
Elle le vit se tourner lentement vers elle une dernière fois, et un sourire se dessiner sur ses lèvres. Il ne répondit rien, mais leurs regards s'accrochèrent quelques instants avant qu'il ne se détourne et s'efface pour de bon dans l'obscurité. Iris cligna des yeux, troublée. Qui était ce jeune homme ? Plusieurs possibilités trottaient dans son esprit alors qu'elle s'en retournait au camp reprendre sa place, et son carnet. Croissant ne bougea pas d'un pouce.
Elle posa sa mine de plomb sur le papier, immobile quelques secondes, puis reprit son écriture.
En fait, je pense que nous ne le reverrons pas de si tôt. Ce mystère reste entier, mais est-ce forcément une mauvaise chose ? Pendant un instant j'ai eu le sentiment que nous nous étions compris mutuellement, et que nous ne voyions un ennemi ni en l'un ni en l'autre. Quels que soient ses secrets, ils lui appartiennent autant que son beau sourire.
Cette fois, Iris referma le carnet d'un coup sec à peine après avoir relu sa propre phrase. Elle se frotta les joues nerveusement, prise d'un tic nerveux.
Aaaaaaaah...! Mais à quoi je pense ?!
Après s'être calmée, son regard glissa sur les tentes de ses camarades, dont elle devait assurer la protection de l'un d'eux quoi qu'il en coûte et jusqu'à nouvel ordre. Puis, son regard se tourna vers le sud, où cette présence si chère à son cœur mais toujours inconnue avait peut être des ennuis. Et son père, Ilo'arakys courrait peut être un grave danger. Pas le temps pour les mystérieux inconnus de passage.
Tara'kel commence à dépeindre sur moi...
[quote]Lerith
[h2]La Pyramide de Serand [/h2]
Il faisait encore nuit noire au-dessus de la Pyramide, la lune déclinait progressivement et l'aube ne pointerait pas derrière les arbres avant au moins deux heures. Iris prenait toujours le troisième quart, juste avant celui de Pépin toujours le premier debout. Et comme toujours elle profitait de ce temps pour écrire à la lueur des braises mourantes.
[quote]Nous sommes arrivés en fin de journée d'hier, aux abords de la pyramide. Ainsi que je le supposais, plusieurs campements occupent le terrain surveillé par un nombre insuffisant d'éclaireurs de la reine. Si un monstre attaquait, tous ces gens seraient probablement condamnés. Je suppose que les miens surveillent, je ne les ai pas cherché. Ils me trouveront facilement vu le boucan que font certains...
Tâchons de faire le point. Nous avons compté quatre campements en plus du nôtre :
Tout d'abord, un campement d'érudits de l'Ordo Magica. Assez grand et bien équipé. Eux ne semblent s'intéresser qu'à la connaissance et non à la richesse. J'aurais tendance à leur faire davantage confiance mais avec une certaine mesure. La quête de savoir est noble, mais ils n'en sont pas moins des intrus ici.
Leur mener semble être un certain Professeur Alaric. Pépin est allé lui parler à propos des hommes-crapaud puisque c'est ce que nous cherchons. D'après lui, le professeur n'a pas rechigné à le renseigner bien au contraire. Demain matin, il aura peut être quelques informations à nous donner si l'on croit que l'Ordo Magica en saurait plus que les elfes à propos des peuples anciens. Haha, amusant. Je salue l'effort. D'autant que je doute que notre individu se soit révélé à des ambriens sous sa véritable forme, pour peu qu'il se soit montré.
En second, nous avons un groupe d'excavateurs, chasseurs de trésors de condition modeste. Eux, ils sont là pour l'argent. Ils creusent à l'extérieur de la pyramide persuadés d'y trouver des objets précieux enfouis. Donc, ils ont conscience des risques et de la concurrence, ils veulent en tirer un maximum de gain sans avoir à trop se battre, y compris contre leurs rivaux. Ils se sentent clairement en compétition avec les autres. Pépin a fini la soirée avec eux d'ailleurs, complètement torché. Les hommes, je vous jure... Il dit qu'il a passé un accord avec eux, qu'ils lui diront tout ce qui se passe dans le camp à condition qu'on empêche les autres de venir fouiner dans leur coin. Merveilleux... Bon, qu'il se débrouille avec ses soûlards. J'ai d'autres félispectres à fouetter.
Tiens d'ailleurs, en parlant de sale bête... [/quote]
Iris renifla d'un air méprisant en levant les yeux vers l'un des campements voisins. Pas le plus grand, mais la plus grande tente s'y trouve.
[quote]Notre troisième voisin est un noble ambrien et sa suite, si j'ose dire. Karlio de Vearra, un cousin de la fameuse Alisabetha de Vearra la commandante des templiers. Il s'agit du premier individu que Pépin a voulu approcher, débitant aussitôt nos recherches d'homme crapaud devant ce bellâtre enfariné qui ne croirait pas que la lune est ronde même lorsqu'elle est pleine. J'ai volé à son secours bien sûr avant qu'il passe pour un benêt devant une personne ayant lien avec la cheffe des templiers qu'il rêve de rejoindre. Ah, ma bonté me perdra vraiment !
Alors, oui je savais ce que je faisais évidemment et dans quoi je m'embarquais dès l'instant où je lui ai saisi le bras d'un air doux et innocent, avec cette voix de péronnelle si bien travaillée durant mon séjour à Yndaros. Dès qu'il m'a vue battre des cils, ce sale vicelard en a presque oublié Pépin et j'ai détourné son attention pour que notre bon capitaine poursuive son enquête auprès des autres campements sans être scruté par un rupin qui se sentirait offensé. Et les esprits savent ô combien il est facile pour eux de se sentir offensés. Résultat du plan ? J'ai accepté de dîner avec lui, je me suis même habillée pour lui, j'ai chanté pour lui, Gretta a même essayé de faire du pain mais je crois que ce n'était pas sa journée... Foutreciel que ces heures ont semblé longues j'ai manqué toute la soirée à jouer à un dîner aux chandelles et prétendre être impressionnée par chacun de ses mots. Sérieusement, ce type se promène dans Davokar avec plus de bagues dans son coffre qu'il n'a de doigts aux deux mains ! Enfin.
J'aurais bien mangé au moins parce que monsieur s'est fait suivre un cuisinier. Des informations que j'ai pu glaner, il n'y a pas grand chose à en retirer si ce n'est qu'il ne s'entend pas vraiment avec sa cousine templière et donc la carrière de notre espoir d'Ambria est sauvé. Merci moi. Et Lothar est resté avec moi, enfin dehors car MONSEIGNEUR de Vearra ne voulait pas de lui dans sa tente bien sûr. Il ne voulait que moi, avec un verre d'alcool et sans doute assez de poudre dedans pour me droguer. Qui sait ce qu'il aurait fait de moi si j'avais bu, et si je n'avais pas eu monde "garde du corps barbare" juste dehors.
Cependant, et bien que cela me répugne, lui jeter mon verre à la figure et partir de m'apporterait rien. J'ai donc feint de boire, et feint d'avoir un vertige comme si son plan avait réussi. Ainsi, il me croit encore innocente et naïve. Je me suis esquivée au prétexte de me rappeler les recommandations de "grand-mère". Il croit donc avoir manqué son coup de peu sans nourrir de grief envers moi ; père serait fier de moi je pense. Sait-on jamais que ce nigaud lubrique soit utile un jour. [/quote]
Elle eut un rire, son regard se tournant vers la tente entrouverte d'où dépassait son sac et un bout de tissus de sa robe bleue. Une arme redoutable n'est ce pas, que le charme d'une jeune femme ? Fleur d'Iris, au parfum délicat. Sur ce terrain, elle savait frôler l'excellence.
[quote]Bon, cependant il y a notre quatrième voisin. Le plus intriguant. Je n'en ai appris sur lui qu'à ma sortie du camp de Vearra, Lothar m'a mit au parfum des évènements de la soirée. Cette andouille, triple andouille, de Pépin avait rendu visite à l'occupant de l'unique tente plantée près des arbres. Un homme seul, venu ici on ne sait comment et semblant suivre ses propres intérêts ? Oui bien sur c'est louche, mais de là à aller lui demander de but-en-blanc s'il est un homme crapaud et lui demander de faire "kroa" juste pour voir ? Combien de pinte il a bu sérieusement ? On aura de la chance s'il accepte de parler maintenant. Ce sont les gardes, même, qui ont dû éloigner Pépin de ce jeune homme. Henry, m'a t-on dit qu'il se nomme.[/quote]
Iris leva sa mine de plomb du papier, rien qu'une seconde, pour se remémorer cette dernière rencontre du soir précédent.
[quote]J'ai envoyé Lothar chercher Pépin chez les pillards ivrognes, il était retourné les voir et a fini la soirée complètement bourré. J'ai hésité à m'approcher de la tente solitaire, sachant que Lothar déjà s'y était rendu avant lui même de façon plus aimable. Trois fois, c'était peut être un peu trop. Mais il fallait tenter, au moins. J'y suis allée comme ça, en robe. Je devais avoir l'air bien ridicule vêtue comme une princesse en plein milieu des bois. Qu'importe, je voulais simplement m'excuser.
Je l'ai trouvé charmant, en réalité, c'est inattendu. A en croire Pépin c'était un rustre méfiant et dissimulateur qui aurait des informations sur Edogai qu'il a nié connaître. Il était très calme. Nous n'avons que peu parlé je ne coulais pas le brusquer. Il a dit qu'il appréciait cette rencontre, plus agréable que les précédentes, y compris pour les yeux. C'était gentil, je me suis sentie jolie de bien meilleure façon qu'à la table de l'autre empaffé... Je l'ai invité à se joindre à nous pour le petit déjeuner mais j'ignore s'il [/quote]
Du mouvement sur sa droite, assez loin, la fit lever les yeux de son carnet. Elle se mit debout et aperçut du mouvement près des arbres. Après avoir jeté un œil à Croissant qui montait la garde près d'elle, elle se risqua à quitter le camp pour marcher en direction du bruit. Après une centaine de mètres, elle trouva le campement ou plutôt le vide là où se trouvait les affaires d'Henry quelques heures plus tôt. Il venait de partir, l'instant.
Un doute la traversa. Devait-elle l'appeler ? Faire du bruit pourrait alerter les gardes déjà que l’esclandre de la veille avec Pépin avait éveillé leur méfiance. Elle ne voulait pas lui attirer plus d'ennuis même si cela lui coûtait des réponses.
Alors, après un bref moment d'hésitation, elle fit quelques pas dans le sous-bois et appela d'une voix presque basse :
[i]"Henry, attendez !"[/i]
Des craquements non loin se stoppèrent net, et une silhouette apparut dans la pénombre. Il n'était vraiment pas loin.
[i]"Vous m'avez entendu" [/i]lâcha t-il comme un constat. [i]"J'aurais dû partir avant"[/i]
Elle secoua la tête, sans chercher à le rejoindre.
[i]"Je ne compte pas donner l'alerte, nous vous avons attiré déjà suffisamment de problèmes. Faut-il vraiment que vous partiez ainsi ?
- Ma présence soulevait déjà pas mal de soupçons, le coup d'éclat de votre ami me force à accélérer mon départ."[/i]
Elle lui sourit, l'air sincèrement navrée.
[i]"Je comprends. Soyez prudent tout de même, la forêt est plus dangereuse de nuit."[/i]
Ce à quoi il répondit, confiant :
[i]"Ne vous en faites pas pour moi, je suis venu jusqu'ici. Je saurais m'en sortir."[/i]
En entendant ces mots, Iris sentit une dernière questions lui brûler les lèvres. Elle osa alors le retenir quelques secondes de plus.
[i]"Êtes-vous... vraiment ambrien ?"[/i]
Elle le vit se tourner lentement vers elle une dernière fois, et un sourire se dessiner sur ses lèvres. Il ne répondit rien, mais leurs regards s'accrochèrent quelques instants avant qu'il ne se détourne et s'efface pour de bon dans l'obscurité. Iris cligna des yeux, troublée. Qui était ce jeune homme ? Plusieurs possibilités trottaient dans son esprit alors qu'elle s'en retournait au camp reprendre sa place, et son carnet. Croissant ne bougea pas d'un pouce.
Elle posa sa mine de plomb sur le papier, immobile quelques secondes, puis reprit son écriture.
[quote]En fait, je pense que nous ne le reverrons pas de si tôt. Ce mystère reste entier, mais est-ce forcément une mauvaise chose ? Pendant un instant j'ai eu le sentiment que nous nous étions compris mutuellement, et que nous ne voyions un ennemi ni en l'un ni en l'autre. Quels que soient ses secrets, ils lui appartiennent autant que son beau sourire.[/quote]
Cette fois, Iris referma le carnet d'un coup sec à peine après avoir relu sa propre phrase. Elle se frotta les joues nerveusement, prise d'un tic nerveux.
[i]Aaaaaaaah...! Mais à quoi je pense ?![/i]
Après s'être calmée, son regard glissa sur les tentes de ses camarades, dont elle devait assurer la protection de l'un d'eux quoi qu'il en coûte et jusqu'à nouvel ordre. Puis, son regard se tourna vers le sud, où cette présence si chère à son cœur mais toujours inconnue avait peut être des ennuis. Et son père, Ilo'arakys courrait peut être un grave danger. Pas le temps pour les mystérieux inconnus de passage.
[right][i][b]Tara'kel commence à dépeindre sur moi... [/b][/i][/right][/quote]
Lerith
Il y a 1 mois et 3 semaines
Roi Crapaud et Crapaud Roi
Après avoir porté de quoi manger aux derniers encore debout -Pépin et Henry- toujours en train d'enterrer les corps non loin des arbres, Iris se glissa dans sa tente et ouvrit son carnet. Elle se disait, à cet instant, qu'au moins les évènements récents les avaient quelque peu rapprochés. Elle se mit à écrire, l'oreille tendue vers les conversations au dehors.
Quelle journée éprouvante. Et bien que la façon dont elle se termine soit la plus terrible elle est ironiquement celle qui me surprend le moins. Je le savais, je le leur avais dit quand nous avons quitté le bosquet. Je les avais prévenu qu'ici nos deux camps sont à couteaux tirés aux alentours de la pyramide. Ce n'était qu'une question de temps. Nous arions eu de la chance d'y échapper durant nos recherches.
Cette journée a pourtant commencé sur une note positive. Après que Pépin nous ai présenté au professeur Alaric, nous avons entamé nos recherches des hommes crapaud. D'abord plus au sud vers la cascade et ensuite vers le nord où la végétation est tellement dense qu'on y circule mal. La frontière entre le Davokar clair et le Davokar sombre n'est pas si loin et nous avons redoublé de prudence.
L'entrée du repaire se trouvait en sous-sol, dissimulé par un tapis de verdure semblable à une prairie au beau milieu de la forêt ; en réalité le toit d'un dédale de branches et de vignes jusqu'à la porte de pierre jusque sous la forêt. Ce n'est pas encore le royaume souterrain mais je crois que ce royaume-ci s'en trouve peut-être sur les premières marches. Car c'est bien un royaume et non un ermite solitaire que nous avons trouvé. Celui que ses fidèles nomment le grand Schroak est un collectionneur de trésors peu enclin à en céder la moindre pièce. Nous avons tenté de négocier, en vain. J'espérais, par le dialogue, pouvoir le convaincre qu'il pourrait désirer quelque chose plus ardemment que la pierre élémentaire en sa possession. Je n'ai rien trouvé, Pépin si. Sa confiance en moi m'étonne. Je n'aurais jamais pensé qu'une simple chanson suffirait. Il en a réclamé une deuxième, une troisième... Jusqu'à me considérer à mon tour comme un trésor à s'approprier. Je ne sais pas si je dois me sentir flattée ou dégoutée mais cela aura servi à débloquer la situation. Il nous a proposé une sorte de pari, des épreuves qui détermineraient qui garde le tout -moi compris- et qui se retrouve bredouille.
J'ai accepté de me mettre en jeu. C'était stupide, c'était malaisant, mais c'était nécessaire. Je passe sur les différentes épreuves allant de la force à la précision en passant par la magie, l'adresse et l'intelligence. Il s'en est fallu de peu que je me retrouve à mon tour exposée parmi les trésors du roi des crapauds. Mais nous avons gagné. Gagné le droit de nous faire piéger par un mauvais perdant.
Elle eut un profond soupir et son regard glissa vers le sac de Magdalena posé dans un coin de la tente, près de la couchette de Gretta.
Il nous a enfermé dans sa salle du trésor, avec tous ses biens, la pierre élémentaire, et un crapaud-roi de Davokar. Ces créatures gigantesques et dangereuses qui vous gobent un homme tout entier. Il a gobé Lothard d'ailleurs, pendant deux minutes nous avons eu une belle frayeur. Nous nous en sommes sortit.
Une fois la bête achevée, nous avons embarqué tout ce que nous pouvions du trésor sans le moindre scrupule, dont quatre armes d'apparat, ainsi que la pierre élémentaire avant de prendre la fuite par les tunnels. Nos poursuivants ne se sont pas acharnés compte tenu du résultat de l'affrontement avec leur bête de guerre. Ils nous ont laissé filer assez facilement mais je doute que l'on nous accueille à bras ouverts la prochaine fois.
Nous nous pensions tirés d'affaire et rentrions vers le camp au coucher du soleil relativement satisfaits. Même Pépin souriait, je crois qu'il a apprécié ma nouvelle chanson au-delà de son succès chez le grand Schroak. C'était mérité, mais nous n'avons guère eu le temps de nous en réjouir. Des flammes s'élevaient au sud de la Pyramide.
Iris poussa un long soupir avant qu'un frisson ne remonte le long de son échine à ce souvenir encore frais, quelques heures à peine. Elle se tassa un peu plus contre son sac en guise d'oreiller, son oreille captant des bribes de discussions dehors au sujet de l'attaque. Elle expira lentement avant de reprendre son récit.
Nous avons vu les campements en flammes, deux des trois gardes gisant au sol et le troisième gravement blessé aux côtés de Henry, revenu je ne sais comment, au pied de la pyramide. Les autres s'étaient tous cachés soit à l'intérieur, soit dans les buissons près de l'édifice. Face à eux, je discernais deux groupes d'elfes d'été armés d'arcs et de lances, leurs silhouettes élancées sortant lentement du feuillage. Deux visibles, et sans doute une autre -voir davantage- à couvert.
C'est la guerre, c'est ainsi. Les ambriens pillent un site sacré pour en exploiter la richesse et l'histoire à des fins de gloire et de fortune, sauf pour le professeur et ses hommes peut être. Les soldats morts ici savaient ce qu'ils risquaient, je ne devrais pas les plaindre. Et pourtant en voyant ce garçon aux portes de la mort j'ai... Et Pépin, cet idiot qui se rue sur le premier lancier elfe à sa portée sans réfléchir, prêt à entraîner cette bande d'ivrognes avec lui vers une mort certaine. Et Henry était revenu, je ne sais comment ni pourquoi mais il défendait qui il pouvait avec courage. Et il y avait Lothar, et Gretta. Ils voulaient le sauver, ce jeune garde. Je ne pouvais pas me contenter de regarder quand bien même suis-je profondément en accord avec cette attaque. J'ai dû prendre une décision très vite, avant que ce ne soit irréversible. J'ai pris un risque, un très, très gros risque en criant aux elfes de ne pas les tuer. Je l'ai crié en elfique. Plusieurs m'ont entendu et l'attaque s'est arrêtée de justesse.
Je suis allée leur parler, laissant croire que je négociait pour notre survie. J'ai dit aux ambriens que puisque je connais l'elfique j'ai tenté ma chance et que de toute façon c'était cela ou mourir. Je pense qu'ils m'ont cru, enfin j'espère. Je suis surtout contente d'avoir pu convaincre les elfes d'été de ne pas poursuivre la tuerie. Ils étaient là pour ça, ils n'auraient pas fait de prisonniers chez les hommes armés et auraient laissé les survivants à la merci de la forêt, forcés de quitter les lieux sur le champ avec peu d'espoir de survie jusqu'à Karvosti. Je les ai convaincu de nous laisser jusqu'à l'aube pour lever le camp. Que les civils puissent rassembler leurs affaires, enterrer les morts et préparer des vivres pour le voyage de retour.
Leur colère est grande, et leurs ordres clairs : plus d'ambriens ici. Je ne l'ai pas encore dit aux autres cela risque de fortement contrarier Pépin de savoir qu'à partir de maintenant tout étranger qui s'aventurera jusqu'ici sera abattu sans sommation. La guerre va s'intensifier. Sa reine n'en restera pas là, elle enverra plus de soldats. Le Pacte enverra plus d'archers. Il n'y a rien que nous puissions faire pour l'instant.
Iris ferma les yeux tristement pendant quelques secondes. Le jeune garde s'en sortira. Karlio de Véarra aussi, bien que ce dernier n'aurait pas été une grosse perte. Lui et son escorte, ainsi que cette bande d'ivrognes avides de trésors enfouis, eurent tôt fait de quitter les lieux en ne laissant sur place que les chercheurs de l'Ordo Magica. Non pas qu'ils soient moins pressés de partir, mais ils ne partiraient pas sans leurs travaux et leur matériel.
Henry est resté, lui aussi. Puisqu'il n'y a plus de garde armé, il prend sur lui d'escorder le professeur et ses associés jusqu'à Karvosti. Nous allons faire route avec eux, nous n'avons plus rien à faire ici et même si nous le pouvons -puisque les elfes me connaissent- rester susciterait bien trop de méfiance à mon égard. Je dois faire comme si j'étais l'une des leurs, moi aussi contrainte de m'en aller sous peine de mise à mort.
Ce qui m'interpelle, chez Henry une fois de plus, c'est son explication quant à son retour. Cela aussi je vais éviter d'en parler à Pépin. Ils ont l'air de s'entendre à présent je ne veux pas distiller à nouveau ses soupçons. Mais il m'a dit être revenu vers la Pyramide après avoir repéré plusieurs groupes d'elfes dans les bois se dirigeant le campement. Alors de deux choses l'une : soit il est vraiment très doué pour avoir non seulement repéré des elfes d'été en déplacement mais aussi échappé à leur vigilance, soit il ne nous dit pas tout. Je ne pense pas qu'il soit des nôtres ou alors peut être juste un sympathisant. Je ne sais qu'en penser, et je suis fatiguée. Et aussi... J'ai rencontré d'autres elfes ce soir, il y a moins d'une heure.
Elle s'enfonce un peu plus dans sa couverture et son regard se tourne instinctivement vers le nord.
En cherchant Stenlay, longtemps après la bataille, Lothar et moi l'avons retrouvé ligoté et entouré par trois elfes plus anciens. Je crois que c'étaient des elfes d'automne mais je ne suis pas sure, peut être simplement des elfes d'été en fin de cycle. Ils étaient si calmes, silencieux et observateurs. Ils ne faisaient pas partie du groupe venu attaquer le campement, ils sont là pour autre chose. Leurs habits étaient sombres, leurs yeux aussi. Viennent-ils du nord ? Je ne saurais le dire, du peu que nous avons parlé.
Ils savent pour Mordragulfansa, je leur ai tout dit sans hésiter. Ils sont inquiets. Ils me demandent d'aller à l'Est rencontrer Xanatha afin qu'elle m'en dise davantage. Pourquoi moi ? Il vaut mieux que je ne me pose pas trop de questions. Pardonnez-moi chers amis, je crains de ne pouvoir m'attarder en Ambria lorsque je vous aurais raccompagné en sécurité.
Mais pour ce soir, je dois dormir. Je n'en peux plus...
Iris referma son carnet et se glissa sous la couverture, le corps endolori et l'esprit tourmenté. Tant de mystère, et tant de périls. Elle n'y avait jamais été étrangère mais cette fois l'inconnu s'ajoutait à cette ombre. L'incertitude de la prochaine étape, le doute sur sa personne qu'elle devrait étouffer dans l’œuf en persuadant le professeur Alaric qu'elle avait juste eu de la chance face aux elfes, ce qu'elle devait protéger à tout prix sans savoir où ils seraient en sécurité, tout semblait lui échapper.
Ilo'arakys était loin, et au sud le silence dans son esprit. Elle ne sentait plus cette présence si rassurante dans ses rêves. Elle se sentait... seule. Bien trop seule.
[quote]Lerith
[h2] Roi Crapaud et Crapaud Roi [/h2]
Après avoir porté de quoi manger aux derniers encore debout -Pépin et Henry- toujours en train d'enterrer les corps non loin des arbres, Iris se glissa dans sa tente et ouvrit son carnet. Elle se disait, à cet instant, qu'au moins les évènements récents les avaient quelque peu rapprochés. Elle se mit à écrire, l'oreille tendue vers les conversations au dehors.
[quote]Quelle journée éprouvante. Et bien que la façon dont elle se termine soit la plus terrible elle est ironiquement celle qui me surprend le moins. Je le savais, je le leur avais dit quand nous avons quitté le bosquet. Je les avais prévenu qu'ici nos deux camps sont à couteaux tirés aux alentours de la pyramide. Ce n'était qu'une question de temps. Nous arions eu de la chance d'y échapper durant nos recherches.
Cette journée a pourtant commencé sur une note positive. Après que Pépin nous ai présenté au professeur Alaric, nous avons entamé nos recherches des hommes crapaud. D'abord plus au sud vers la cascade et ensuite vers le nord où la végétation est tellement dense qu'on y circule mal. La frontière entre le Davokar clair et le Davokar sombre n'est pas si loin et nous avons redoublé de prudence.
L'entrée du repaire se trouvait en sous-sol, dissimulé par un tapis de verdure semblable à une prairie au beau milieu de la forêt ; en réalité le toit d'un dédale de branches et de vignes jusqu'à la porte de pierre jusque sous la forêt. Ce n'est pas encore le royaume souterrain mais je crois que ce royaume-ci s'en trouve peut-être sur les premières marches. Car c'est bien un royaume et non un ermite solitaire que nous avons trouvé. Celui que ses fidèles nomment le grand Schroak est un collectionneur de trésors peu enclin à en céder la moindre pièce. Nous avons tenté de négocier, en vain. J'espérais, par le dialogue, pouvoir le convaincre qu'il pourrait désirer quelque chose plus ardemment que la pierre élémentaire en sa possession. Je n'ai rien trouvé, Pépin si. Sa confiance en moi m'étonne. Je n'aurais jamais pensé qu'une simple chanson suffirait. Il en a réclamé une deuxième, une troisième... Jusqu'à me considérer à mon tour comme un trésor à s'approprier. Je ne sais pas si je dois me sentir flattée ou dégoutée mais cela aura servi à débloquer la situation. Il nous a proposé une sorte de pari, des épreuves qui détermineraient qui garde le tout -moi compris- et qui se retrouve bredouille.
J'ai accepté de me mettre en jeu. C'était stupide, c'était malaisant, mais c'était nécessaire. Je passe sur les différentes épreuves allant de la force à la précision en passant par la magie, l'adresse et l'intelligence. Il s'en est fallu de peu que je me retrouve à mon tour exposée parmi les trésors du roi des crapauds. Mais nous avons gagné. Gagné le droit de nous faire piéger par un mauvais perdant. [/quote]
Elle eut un profond soupir et son regard glissa vers le sac de Magdalena posé dans un coin de la tente, près de la couchette de Gretta.
[quote]Il nous a enfermé dans sa salle du trésor, avec tous ses biens, la pierre élémentaire, et un crapaud-roi de Davokar. Ces créatures gigantesques et dangereuses qui vous gobent un homme tout entier. Il a gobé Lothard d'ailleurs, pendant deux minutes nous avons eu une belle frayeur. Nous nous en sommes sortit.
Une fois la bête achevée, nous avons embarqué tout ce que nous pouvions du trésor sans le moindre scrupule, dont quatre armes d'apparat, ainsi que la pierre élémentaire avant de prendre la fuite par les tunnels. Nos poursuivants ne se sont pas acharnés compte tenu du résultat de l'affrontement avec leur bête de guerre. Ils nous ont laissé filer assez facilement mais je doute que l'on nous accueille à bras ouverts la prochaine fois.
Nous nous pensions tirés d'affaire et rentrions vers le camp au coucher du soleil relativement satisfaits. Même Pépin souriait, je crois qu'il a apprécié ma nouvelle chanson au-delà de son succès chez le grand Schroak. C'était mérité, mais nous n'avons guère eu le temps de nous en réjouir. Des flammes s'élevaient au sud de la Pyramide.[/quote]
Iris poussa un long soupir avant qu'un frisson ne remonte le long de son échine à ce souvenir encore frais, quelques heures à peine. Elle se tassa un peu plus contre son sac en guise d'oreiller, son oreille captant des bribes de discussions dehors au sujet de l'attaque. Elle expira lentement avant de reprendre son récit.
[quote]Nous avons vu les campements en flammes, deux des trois gardes gisant au sol et le troisième gravement blessé aux côtés de Henry, revenu je ne sais comment, au pied de la pyramide. Les autres s'étaient tous cachés soit à l'intérieur, soit dans les buissons près de l'édifice. Face à eux, je discernais deux groupes d'elfes d'été armés d'arcs et de lances, leurs silhouettes élancées sortant lentement du feuillage. Deux visibles, et sans doute une autre -voir davantage- à couvert.
C'est la guerre, c'est ainsi. Les ambriens pillent un site sacré pour en exploiter la richesse et l'histoire à des fins de gloire et de fortune, sauf pour le professeur et ses hommes peut être. Les soldats morts ici savaient ce qu'ils risquaient, je ne devrais pas les plaindre. Et pourtant en voyant ce garçon aux portes de la mort j'ai... Et Pépin, cet idiot qui se rue sur le premier lancier elfe à sa portée sans réfléchir, prêt à entraîner cette bande d'ivrognes avec lui vers une mort certaine. Et Henry était revenu, je ne sais comment ni pourquoi mais il défendait qui il pouvait avec courage. Et il y avait Lothar, et Gretta. Ils voulaient le sauver, ce jeune garde. Je ne pouvais pas me contenter de regarder quand bien même suis-je profondément en accord avec cette attaque. J'ai dû prendre une décision très vite, avant que ce ne soit irréversible. J'ai pris un risque, un très, très gros risque en criant aux elfes de ne pas les tuer. Je l'ai crié en elfique. Plusieurs m'ont entendu et l'attaque s'est arrêtée de justesse.
Je suis allée leur parler, laissant croire que je négociait pour notre survie. J'ai dit aux ambriens que puisque je connais l'elfique j'ai tenté ma chance et que de toute façon c'était cela ou mourir. Je pense qu'ils m'ont cru, enfin j'espère. Je suis surtout contente d'avoir pu convaincre les elfes d'été de ne pas poursuivre la tuerie. Ils étaient là pour ça, ils n'auraient pas fait de prisonniers chez les hommes armés et auraient laissé les survivants à la merci de la forêt, forcés de quitter les lieux sur le champ avec peu d'espoir de survie jusqu'à Karvosti. Je les ai convaincu de nous laisser jusqu'à l'aube pour lever le camp. Que les civils puissent rassembler leurs affaires, enterrer les morts et préparer des vivres pour le voyage de retour.
Leur colère est grande, et leurs ordres clairs : plus d'ambriens ici. Je ne l'ai pas encore dit aux autres cela risque de fortement contrarier Pépin de savoir qu'à partir de maintenant tout étranger qui s'aventurera jusqu'ici sera abattu sans sommation. La guerre va s'intensifier. Sa reine n'en restera pas là, elle enverra plus de soldats. Le Pacte enverra plus d'archers. Il n'y a rien que nous puissions faire pour l'instant. [/quote]
Iris ferma les yeux tristement pendant quelques secondes. Le jeune garde s'en sortira. Karlio de Véarra aussi, bien que ce dernier n'aurait pas été une grosse perte. Lui et son escorte, ainsi que cette bande d'ivrognes avides de trésors enfouis, eurent tôt fait de quitter les lieux en ne laissant sur place que les chercheurs de l'Ordo Magica. Non pas qu'ils soient moins pressés de partir, mais ils ne partiraient pas sans leurs travaux et leur matériel.
[quote]Henry est resté, lui aussi. Puisqu'il n'y a plus de garde armé, il prend sur lui d'escorder le professeur et ses associés jusqu'à Karvosti. Nous allons faire route avec eux, nous n'avons plus rien à faire ici et même si nous le pouvons -puisque les elfes me connaissent- rester susciterait bien trop de méfiance à mon égard. Je dois faire comme si j'étais l'une des leurs, moi aussi contrainte de m'en aller sous peine de mise à mort.
Ce qui m'interpelle, chez Henry une fois de plus, c'est son explication quant à son retour. Cela aussi je vais éviter d'en parler à Pépin. Ils ont l'air de s'entendre à présent je ne veux pas distiller à nouveau ses soupçons. Mais il m'a dit être revenu vers la Pyramide après avoir repéré plusieurs groupes d'elfes dans les bois se dirigeant le campement. Alors de deux choses l'une : soit il est vraiment très doué pour avoir non seulement repéré des elfes d'été en déplacement mais aussi échappé à leur vigilance, soit il ne nous dit pas tout. Je ne pense pas qu'il soit des nôtres ou alors peut être juste un sympathisant. Je ne sais qu'en penser, et je suis fatiguée. Et aussi... J'ai rencontré d'autres elfes ce soir, il y a moins d'une heure. [/quote]
Elle s'enfonce un peu plus dans sa couverture et son regard se tourne instinctivement vers le nord.
[quote]En cherchant Stenlay, longtemps après la bataille, Lothar et moi l'avons retrouvé ligoté et entouré par trois elfes plus anciens. Je crois que c'étaient des elfes d'automne mais je ne suis pas sure, peut être simplement des elfes d'été en fin de cycle. Ils étaient si calmes, silencieux et observateurs. Ils ne faisaient pas partie du groupe venu attaquer le campement, ils sont là pour autre chose. Leurs habits étaient sombres, leurs yeux aussi. Viennent-ils du nord ? Je ne saurais le dire, du peu que nous avons parlé.
Ils savent pour Mordragulfansa, je leur ai tout dit sans hésiter. Ils sont inquiets. Ils me demandent d'aller à l'Est rencontrer Xanatha afin qu'elle m'en dise davantage. Pourquoi moi ? Il vaut mieux que je ne me pose pas trop de questions. Pardonnez-moi chers amis, je crains de ne pouvoir m'attarder en Ambria lorsque je vous aurais raccompagné en sécurité.
Mais pour ce soir, je dois dormir. Je n'en peux plus... [/quote]
Iris referma son carnet et se glissa sous la couverture, le corps endolori et l'esprit tourmenté. Tant de mystère, et tant de périls. Elle n'y avait jamais été étrangère mais cette fois l'inconnu s'ajoutait à cette ombre. L'incertitude de la prochaine étape, le doute sur sa personne qu'elle devrait étouffer dans l’œuf en persuadant le professeur Alaric qu'elle avait juste eu de la chance face aux elfes, ce qu'elle devait protéger à tout prix sans savoir où ils seraient en sécurité, tout semblait lui échapper.
Ilo'arakys était loin, et au sud le silence dans son esprit. Elle ne sentait plus cette présence si rassurante dans ses rêves. Elle se sentait... seule. Bien trop seule.[/quote]
Lerith
Il y a 1 mois et 2 semaines
Fils de personne
Plusieurs feux de camps crépitaient à l'ombre des grands arbres, entourés par les chariots de l'Ordo Magica à l'ombre de la route. Après une autre longue journée de marche, les chercheurs fatigués s'endormaient les uns sur les autres, le gout sucré du raison de Davokar encore sur la langue. Après avoir quitté le professeur Alaric, et couvert Henry et Stenlay d'une couverture après qu'ils se soient endormis l'un contre l'autre, Iris se hissa sur une large branche.
- On dirait bien que notre sentinelle acharnée a aussi fini par s'endormir, déclara le professeur en se relevant. Bonne nuit mademoiselle Iris.
- Bonne nuit professeur.
Elle avait préféré passer la soirée avec lui plutôt qu'avec le reste du groupe. La dernière plaisanterie de Pépin avec le raisin ("Je te lâche la grappe !") l'avait fait sourire, avant qu'il se rétracte aussitôt en rappelant qu'il n'abandonnait pas. Là, elle avait soupiré.
Il me désespère... enfin, je prends sur moi. Ce voyage avec les chercheurs s'avère plaisant et nous pouvons nous détendre. Nous avons convenu tous les quatre (et Stenlay) de les raccompagner à Karvosti. Nous renonçons pour l'heure à chercher la dernière pierre, faute d'indices, et le bâton perdu qui pourrait se trouver n'importe où dans la forêt entre le nord et l'ouest. Pour ce dernier, nous pourrons donner au mandataire le nom et l'emplacement de la personne qui détient la pierre d'ombre et nous lui en ramenons deux autres sur les quatre dont la plus importante. C'est mieux que rien.
Gretta a donné à Stenlay une apparence humaine afin qu'il n'ai pas besoin de se cacher. Nous le faisons passer pour un enfant égaré survivant d'un village attaqué sur la route. Vu son âge il ne risque pas d'être accusé de trahison par les plus fidèles de la reine ou je ne sais quoi.
Le convoi est lent, c'est normal, ces gens ne sont pas des baroudeurs mais des érudits. Henry était prêt à leur servir d'escorte seul si nous n'étions pas venus. Cela m'a intrigué, il y a deux jours il était bien prompt à filer en douce à cause de l'attention posée sur lui et voilà qu'il prend l'initiative de les accompagner. Son souhait de passer inaperçu disparait donc au profit de la protection des civils ambriens. Est-ce lui aussi un soldat, ou un ancien soldat ? Peut-être simplement quelqu'un d'altruiste mais dans ces bois, c'est difficile à croire. Davokar attire principalement les chasseurs de trésors -ou d'hérétiques- par des défenseurs du peuple.
Pépin est une exception, il n'aurait pas quitté son poste à la campagne sans sa rencontre avec Lothar.
J'ai tâché d'en savoir plus, mais je crains d'avoir mit les deux pieds dans le plat. Ou alors, il joue très bien la comédie. En discutant (et ce malgré les interruptions incessante du capitaine Pépin à qui cela déplait visiblement que je parle à d'autres hommes...) j'ai pu lui poser quelques questions sur ses origines. Je sais maintenant qu'il vient de l'ouest d'Ambria et qu'il n'a pas de père. Ou plutôt, que son père les a abandonné lui et sa mère sans qu'il s'en souvienne. En parler l'a affecté, trop soudainement pour que ce soit feint. Que son histoire soit vraie ou non je pense sincèrement qu'il a un souci avec la figure paternelle.
Elle leva les yeux un instant, pour les poser sur le jeune homme endormi contre un arbre, son épée au côté, Stenlay couché contre son épaule. Cette vision lui arracha un sourire.
Il marche, il mange, il surveille, il s'entraîne. Si on exclue les moments où Pépin rôde autour de lui comme un épervier en chasse à l'affût du moindre indice (ou du moindre échange cordial que je pourrais avoir avec lui), il n'a pas l'air de penser à quoi que ce soit d'autre que la mission pour laquelle il n'est même pas payé. Cela me ramène à ses bien étranges motivations. Mais après tout, est-ce que cela me regarde ? Non, pas vraiment. Je me suis déjà montrée bien trop curieuse, je vais éviter de creuser davantage. En revanche j'aimerais faire quelque chose pour lui. Ne serait-ce que pour m'excuser d'avoir éveillé en lui de tristes souvenirs.
Après un bref moment de réflexion, Iris se mit à fredonner un petit air balbutiant. Les mots ensuite, marmonnés sur ses lèvres, s'alignèrent sur sa pensée et formèrent des rimes. Une ballade, aussi simple que naturelle, commença à se former.
Et son carnet posé sur ses genoux, mine de plomb à la main, la ménestrel ayant étudié pour cela se mit à écrire. Il était rare que ses textes se construisent aussi vite, sans rature comme si son esprit façonnait un chant qui n'avait plus qu'à se révéler ensuite ligne par ligne. Cela arrivait uniquement lorsqu'une situation la touchait personnellement, qu'elle se sentait impliquée. Et pour cause, c'était elle qui avait involontairement ravivé la blessure de leur compagnon de route temporaire. Alors, avant que leurs routes se séparent, elle voulait terminer ceci et le lui offrir comme il se doit.
Tu étais seul, tu étais droit,
Debout entre les grands pins.
Silencieux et prudent comme un chat,
Et de tous le plus malin.
Ce devait être un au revoir,
Mais tu as rebroussé chemin.
Si tu t'endors avec nous ce soir,
C'était peut-être le destin.
Oh, oh, Oh, oh...
Fils de personne ou fils de roi,
Qui peut savoir d'où tu viens,
Ce que tu cherches où tu iras ?
Seigneur de tous les chemins.
Est-ce ton courage qui détermine
Quelle route tu prendras demain
Ou bien est-ce le chant de l'estime
Que tu inspire à ton prochain ?
Oh, oh, Oh, oh...
Fils de personne, ami des bois
Que j'ai un soir rencontré,
Que ton nom porté par ma voix
Verra un jour célébré.
Ni par les seigneurs, ni les rois,
Dis-moi où en est l'intérêt ?
Mais l'enfant qui dort contre toi,
Se moque bien de ta lignée.
Oh, oh...
Où que tu ailles, où que tu sois,
Puisses-tu ne jamais l'oublier.
[quote]Lerith
[h2] Fils de personne [/h2]
Plusieurs feux de camps crépitaient à l'ombre des grands arbres, entourés par les chariots de l'Ordo Magica à l'ombre de la route. Après une autre longue journée de marche, les chercheurs fatigués s'endormaient les uns sur les autres, le gout sucré du raison de Davokar encore sur la langue. Après avoir quitté le professeur Alaric, et couvert Henry et Stenlay d'une couverture après qu'ils se soient endormis l'un contre l'autre, Iris se hissa sur une large branche.
- On dirait bien que notre sentinelle acharnée a aussi fini par s'endormir, déclara le professeur en se relevant. Bonne nuit mademoiselle Iris.
- Bonne nuit professeur.
Elle avait préféré passer la soirée avec lui plutôt qu'avec le reste du groupe. La dernière plaisanterie de Pépin avec le raisin ("Je te lâche la grappe !") l'avait fait sourire, avant qu'il se rétracte aussitôt en rappelant qu'il n'abandonnait pas. Là, elle avait soupiré.
[quote]Il me désespère... enfin, je prends sur moi. Ce voyage avec les chercheurs s'avère plaisant et nous pouvons nous détendre. Nous avons convenu tous les quatre (et Stenlay) de les raccompagner à Karvosti. Nous renonçons pour l'heure à chercher la dernière pierre, faute d'indices, et le bâton perdu qui pourrait se trouver n'importe où dans la forêt entre le nord et l'ouest. Pour ce dernier, nous pourrons donner au mandataire le nom et l'emplacement de la personne qui détient la pierre d'ombre et nous lui en ramenons deux autres sur les quatre dont la plus importante. C'est mieux que rien.
Gretta a donné à Stenlay une apparence humaine afin qu'il n'ai pas besoin de se cacher. Nous le faisons passer pour un enfant égaré survivant d'un village attaqué sur la route. Vu son âge il ne risque pas d'être accusé de trahison par les plus fidèles de la reine ou je ne sais quoi.
Le convoi est lent, c'est normal, ces gens ne sont pas des baroudeurs mais des érudits. Henry était prêt à leur servir d'escorte seul si nous n'étions pas venus. Cela m'a intrigué, il y a deux jours il était bien prompt à filer en douce à cause de l'attention posée sur lui et voilà qu'il prend l'initiative de les accompagner. Son souhait de passer inaperçu disparait donc au profit de la protection des civils ambriens. Est-ce lui aussi un soldat, ou un ancien soldat ? Peut-être simplement quelqu'un d'altruiste mais dans ces bois, c'est difficile à croire. Davokar attire principalement les chasseurs de trésors -ou d'hérétiques- par des défenseurs du peuple.
Pépin est une exception, il n'aurait pas quitté son poste à la campagne sans sa rencontre avec Lothar.
J'ai tâché d'en savoir plus, mais je crains d'avoir mit les deux pieds dans le plat. Ou alors, il joue très bien la comédie. En discutant (et ce malgré les interruptions incessante du capitaine Pépin à qui cela déplait visiblement que je parle à d'autres hommes...) j'ai pu lui poser quelques questions sur ses origines. Je sais maintenant qu'il vient de l'ouest d'Ambria et qu'il n'a pas de père. Ou plutôt, que son père les a abandonné lui et sa mère sans qu'il s'en souvienne. En parler l'a affecté, trop soudainement pour que ce soit feint. Que son histoire soit vraie ou non je pense sincèrement qu'il a un souci avec la figure paternelle. [/quote]
Elle leva les yeux un instant, pour les poser sur le jeune homme endormi contre un arbre, son épée au côté, Stenlay couché contre son épaule. Cette vision lui arracha un sourire.
[quote]Il marche, il mange, il surveille, il s'entraîne. Si on exclue les moments où Pépin rôde autour de lui comme un épervier en chasse à l'affût du moindre indice (ou du moindre échange cordial que je pourrais avoir avec lui), il n'a pas l'air de penser à quoi que ce soit d'autre que la mission pour laquelle il n'est même pas payé. Cela me ramène à ses bien étranges motivations. Mais après tout, est-ce que cela me regarde ? Non, pas vraiment. Je me suis déjà montrée bien trop curieuse, je vais éviter de creuser davantage. En revanche j'aimerais faire quelque chose pour lui. Ne serait-ce que pour m'excuser d'avoir éveillé en lui de tristes souvenirs.[/quote]
Après un bref moment de réflexion, Iris se mit à fredonner un petit air balbutiant. Les mots ensuite, marmonnés sur ses lèvres, s'alignèrent sur sa pensée et formèrent des rimes. Une ballade, aussi simple que naturelle, commença à se former.
Et son carnet posé sur ses genoux, mine de plomb à la main, la ménestrel ayant étudié pour cela se mit à écrire. Il était rare que ses textes se construisent aussi vite, sans rature comme si son esprit façonnait un chant qui n'avait plus qu'à se révéler ensuite ligne par ligne. Cela arrivait uniquement lorsqu'une situation la touchait personnellement, qu'elle se sentait impliquée. Et pour cause, c'était elle qui avait involontairement ravivé la blessure de leur compagnon de route temporaire. Alors, avant que leurs routes se séparent, elle voulait terminer ceci et le lui offrir comme il se doit.
[quote]Tu étais seul, tu étais droit,
Debout entre les grands pins.
Silencieux et prudent comme un chat,
Et de tous le plus malin.
Ce devait être un au revoir,
Mais tu as rebroussé chemin.
Si tu t'endors avec nous ce soir,
C'était peut-être le destin.
Oh, oh, Oh, oh...
Fils de personne ou fils de roi,
Qui peut savoir d'où tu viens,
Ce que tu cherches où tu iras ?
Seigneur de tous les chemins.
Est-ce ton courage qui détermine
Quelle route tu prendras demain
Ou bien est-ce le chant de l'estime
Que tu inspire à ton prochain ?
Oh, oh, Oh, oh...
Fils de personne, ami des bois
Que j'ai un soir rencontré,
Que ton nom porté par ma voix
Verra un jour célébré.
Ni par les seigneurs, ni les rois,
Dis-moi où en est l'intérêt ?
Mais l'enfant qui dort contre toi,
Se moque bien de ta lignée.
Oh, oh...
Où que tu ailles, où que tu sois,
Puisses-tu ne jamais l'oublier.[/quote][/quote]
Lerith
Il y a 1 mois et 5 jours
Retour à la Civilisation
Le voyage de retour depuis la pyramide de Serand jusqu'à Karvosti fut plus calme sur la route principale. En chemin le deuxième jour, ils croisièrent un groupe de barbares, toute une escorte d'une vingtaine de guerriers autour d'un colosse portant leur chef et une sorcière. Une importante réunion devait avoir lieu à Karvosti sans doute à propos des récents évènements et de nouvelles menaces venant du nord. C'était une raison de plus de retourner là-bas et tenter d'en apprendre davantage.
29ème jour du mois d'Ynédar, Karvosti
Nous sommes arrivés en milieu de journée dans une Karvosti plus animée qu'à notre dernière venue. Le promontoire, d'ordinaire bien vide en dehors du marché et du campement des pèlerins, est envahi par les campements des clans venus à l'appel des sorcières pour tenir conseil. Pour ceux qui ne logent pas dans la forteresse du Haut-Chef, c'est l'entassement autour d'un enclos aménagé pour les colosses mais l'ambiance n'est pas déplaisante. Enfin pour l'instant. Demain, d'autres clans vont arriver dont les Karohar qui n'aiment pas vraiment les ambriens. Ni le Pacte, d'ailleurs. Le clan Vajvod, celui de Lothar, n'est pas encore là non plus.
Nous avons fait part de ce que nous avons appris à la sorcière Yeleda, dans l'espoir que cela leur soit utile pour la réunion et ensuite. Elle nous a parlé de ce dont ils vont discuter. Les sorcières veulent réunir des troupes pour se rendre à divers endroits de la forêt combattre des abominations. Les chefs de clans risquent de se montrer réticents mais elles sont sûres de ce qu'elles font.
Elle nous a également donné une information importante qu'il nous faut pour l'heure garder secrète : dans une tentative d'apaisement et de renforcement des liens entre les clans "barbares" et Ambria, le fils du Haut-Chef va épouser la princesse Esmeralda, la demi-sœur de la reine Korinthia. Ce mariage ne va pas faire que des heureux. Il va y avoir du remous très bientôt aussi bien à Karvosti qu'à Yndaros. C'est un acte politique et diplomatique très fort, je ne peux le nier. C'est un lourd sacrifice auquel consentent les deux futurs mariés, au nom de la paix. J'espère qu'il ne sera pas vain et qu'ils parviendront à s'entendre au moins un peu dans ce mariage arrangé.
Elle nous a fait plusieurs recommandations et a insisté pour que je prévienne mon père. Je lui ai dit que j'avais usé de tous les moyens possibles pour lui faire parvenir ces informations. Leiana, Eral, les elfes vêtus de noir près de la pyramide, tout. Mais s'il se trouve auprès du grand prince dans l'une des cités elfes du nord, aucun humain ne peut y entrer. Je ne peux que prier, comme tous ces pèlerins près du temple de Prios dans les hauteurs. Les prêtres et les fidèles aussi ont peur de ce qui se passe. Les plus âgés, comme Gretta, doivent redouter une amplification de la menace et sentir l'odeur âcre de la mort dans leur dos. Pauvres gens, ils ont déjà tant perdu.
Pépin est agaçant, tellement agaçant. Il ne me croit pas, il me traite de menteuse quand je fais preuve de compassion et de confiance. Il croit que je le prends pour un sot qui ne sait pas se tenir. Rah, c'est quand il réagit ainsi qu'il est idiot. idiot, idiot; idiot ! Je l'ai laissé à ses insinuations et sa nouvelle lubie pour les colosses et je suis partie faire un tour. J'ai passé la soirée avec quelqu'un qui ne remet pas ma parole en doute et que j'arrive à comprendre, lui, au moins : Henry.
Je l'ai trouvé en retrait non loin du bord du promontoire. Il évite la foule, le bruit, les regards. Il n'est pas très à l'aise. On dirait moi pendant mes premières semaines à Yndaros. Nous avons parlé un peu et le mystère s'épaissit autour de lui. Il pose des questions et se comporte comme s'il n'avait jamais vu Ambria alors qu'il a été capable de me dire avec précision la région d'où il vient et reconnait des noms comme celui d'Edogai le Brave. On dirait qu'il sait mais sans l'avoir jamais vu, c'est curieux. Je n'ai pas posé de question dès lors qu'il a clairement exprimé son désir de garder ses secrets. Je me suis contenter de regarder l'horizon et les étoiles avec lui. Nous avons parlé de tout et de rien en écoutant dans notre dos les enfants de Karvosti -et Pépin- s'amuser à faire un tour sur le dos d'un colosse. Quel gamin je vous jure... Bon, je peux bien lui pardonner pour cette fois j'ai passé une bonne soirée. Il m'a dit qu'il a aimé la chanson que j'ai écrite, que j'ai chanté sur le trajet. J'en suis heureuse, il m'a inspiré.
Henry doit aller en Ambria. Parce qu'il le doit et aussi parce qu'on lui a demandé. Il n'en dira pas plus mais peut-être que nous pouvons l'aider. Je demanderais à Gretta demain, si possible sans que Pépin-le-jaloux ne soit là pour ruminer.
30ème jour d'Ynedar, Karvosti
Quelle nuit monstrueuse. Nous avons tous fait d'atroces cauchemars. Quand je dis tous, je parle de toute la population de Karvosti. Je me suis éveillée en sursaut, Gretta, Lothar et Pépin aussi. Nous avons entendu les cris dans les tentes autour de nous. Personne ne sait ce qui a provoqué cela. Au matin les sorcières ont prétendu que c'était une abomination et qu'elle a été tuée mais j'ai un sérieux doute. Cela ressemble à une tentative d'apaisement pour ne pas envenimer les choses avant la réunion. En discutant sur nos cauchemars respectifs, l'élément qui semble commun à tous -sauf moi ?- est la peur. Gretta dit ne pas se souvenir avec précision de ce qu'elle a vu mais elle se souvient de la terreur, Lothar et Pépin ont vu leur plus grande peur se réaliser, tout le monde a eu peur semble t-il. Sauf moi.
C'était étrange, inquiétant, mais pas de la terreur. J'ai vu une très grande maison, une belle maison au milieu d'un champ de blé. Je me trouvais dehors, à distance suffisante pour voir la demeure dans son ensemble mais suffisamment proche pour entendre le cri de douleur et de peur mêlés venant d'une femme à l'intérieur. Aussitôt j'ai ressenti sa présence à "lui", et de la compassion. Là j'ai commencé à ressentir de l'angoisse. Je me suis demandée s'il avait causé cela, si sa compassion était destinée à quelqu'un à qui il a fait du mal. Je me suis réveillée avec cette pensée. Et je l'ai senti à nouveau, je l'ai senti me répondre "non". Pas une voix mais une certitude : non. Mais il était inquiet lui aussi, inquiet pour moi. Avec du recul je me demande si sa compassion n'était pas destinée à un tiers à moi, parce qu'il a senti ce que je voyais. Mais cela ne répond pas à ma question : qu'ai-je vu au juste si ce n'est pas ma pire crainte comme les autres ?
Au réveil, Pépin et les autres sont allés au temple voir les ambriens prier avec d'autant plus de crainte. Moi je suis allée voir Henry. Il est toujours tout seul, alors si il a fait des cauchemars. Je l'ai trouvé assis la tête dans les mains à l'entrée de sa tente. Je me suis précipitée vers lui pour essayer de l'aider. Je n'ai pas demandé ce qu'il a vu, il n'en a pas parlé. Il était très affecté, j'ai voulu lui donner à boire et c'est là qu'il ... Ah, par les esprits ! Pourquoi faut-il que les garçons se déshabillent comme ça ?! Il a ôté sa chemise pour se rafraichir, sous mes yeux ! Est-ce que j'ôte mes vêtements devant eux, moi ?! Non, bien sur ! Je suis une jeune fille bien élevée !
Je n'ai pas regardé, je jure que je n'ai pas regardé. Et puis je n'ai pas envie de regarder d'ailleurs, qui aurait envie de regarder ? Je n'ai pas regardé. Pas du tout. Pas une seconde. Non, non, non. Aussi... plaisant soit-il, on ne regarde pas. On. Ne. Regarde. Pas.
Les derniers clans sont arrivés aujourd'hui et la réunion a commencé en fin de journée. Lothar a retrouvé son ami Taran du clan Vajvod ainsi que leur chef Konarad. Je suis heureuse de constater que même s'il a été banni à cause de son problème de rage, ils ne l'ont pas renié totalement et sont prêts à l'accueillir de nouveau sitôt qu'il aura trouvé une solution. Taran est fort sympathique malgré qu'il soit porté sur la bière noire... et propose aux jeunes enfants d'y goûter. Le pauvre Stenlay a fait la sieste une bonne partie de l'après-midi.
Le mage au bâton qui possédait la pierre d'ombre a accepté de nous la remettre contre deux thalers (pour service rendu) en échange de notre assurance qu'elle ne serait pas utilisée à mauvaises fins. Nous en avons profité pour retrouvé Maurice l'employé de notre mandataire, qui était au bord de la folie dans le camp des pèlerins la première fois que nous l'avons rencontré. Il a pu nous donner des indications sur les gemmes et le partenariat entre le mandataire et une organisation sensée mettre ces objets magiques sous clé, probablement l'Ordo Magica. Par acquis de conscience je suis allée interroger le professeur Alaric toujours dans le campement du marché. Sans entrer dans les détails j'ai obtenu la confirmation que l'Ordo Magica archive, inventorie et contrôle au mieux la circulation des artefacts. Cela et la parole de Pépin, très convaincant, ont suffi à convaincre notre négociant qui a finalement accepté l'échange. Il y a aussi gagné un voyage vers l'Est avec le clan Vajvod, sur demande de Lothar auprès des siens.
Tiens, d'ailleurs Lothar est fiancé. Il s'était bien gardé de nous parler de son Elméa le vil. C'est Taran qui l'a évoqué en lui remettant un collier qu'elle a fabriqué pour lui. D'après lui, elle était tellement furieuse le jour où il a été banni qu'ils ont dû s'y mettre à plusieurs pour l'empêcher de partir à sa recherche et de, je cite, "maraver la tronche du chef". J'aimerais beaucoup la rencontrer un jour.
Plus tard ce soir, Taran et Lothar sont allés profiter de leur dernière soirée ensemble pendant que la réunion se poursuit. J'ai sauté sur l'occasion en leur suggérant d'emmener Pépin et j'ai pu emmener Gretta voir Henry pour lui proposer de faire le voyage "rapide" avec nous demain matin. Son sceau des Sept Lieues ne peut transporter que cinq personnes à la fois elle compris. Comptant Croissant, Manon (le corbeau), Stenlay et Maurice -on allait pas le laisser ici- en plus de nous quatre nous arrivons à neuf. Soit pile cinq personnes pour deux trajets. Cela va lui coûter beaucoup d'énergie et de corruption pour faire trois voyages et une heure pour chaque rituel. Mais une matinée pour aller de Karvosti à la clairière de Magdalena située à cinq kilomètres de Fort Chardon, c'est tout de même plus court et moins risqué que dix jours sur la route. Je savais qu'il accepterait, et que Gretta aussi.
Mais pourquoi, POURQUOI faut-il qu'il soit toujours torse nu ? A notre arrivée il était en train de s'entraîner, encore. Il s'entraîne tout le temps, toute la journée, à toute heure même quand on marchait dans la forêt il ne s'arrêtait que pour manger et dormir. Il est vraiment passionné par sa maîtrise de l'épée c'est plaisant à regarder. Sauf qu'il ne FAUT PAS regarder, surtout là. Bon sang deux fois en une journée c'est trop pour moi. Oh et bien sur quand nous sommes retournée à nos tentes qui est arrivé ? Lothar et Pépin, torse nu aussi et complètement éméchés. Trop d'hommes dénudés dans cette ville ! C'est trop pour moi, ça suffit, je reste sous ma tente jusqu'à demain qu'ils aient tous cuvés et/ou remit leurs chemises correctement.
Il faut vraiment que j'arrête de rougir. Et que j'arrête de penser aussi. Iris, concentre-toi. Tu as une mission, et tu es membre du Pacte. Demain tu retournes en Ambria. Je dois être prudente, sage et consciencieuse. Aucune pensée parasite. Je dois l'emmener en sécurité, veiller sur sa sécurité, rien d'autre. Pas le temps pour penser à un garçon.
... Je vais dormir. Faire le vide, et dormir.
Mais avant de s'endormir elle se frotta les joues plusieurs fois en râlant quelque chose en elfique.
[quote]Lerith
[h2] Retour à la Civilisation [/h2]
Le voyage de retour depuis la pyramide de Serand jusqu'à Karvosti fut plus calme sur la route principale. En chemin le deuxième jour, ils croisièrent un groupe de barbares, toute une escorte d'une vingtaine de guerriers autour d'un colosse portant leur chef et une sorcière. Une importante réunion devait avoir lieu à Karvosti sans doute à propos des récents évènements et de nouvelles menaces venant du nord. C'était une raison de plus de retourner là-bas et tenter d'en apprendre davantage.
[quote][b]29ème jour du mois d'Ynédar, Karvosti[/b]
Nous sommes arrivés en milieu de journée dans une Karvosti plus animée qu'à notre dernière venue. Le promontoire, d'ordinaire bien vide en dehors du marché et du campement des pèlerins, est envahi par les campements des clans venus à l'appel des sorcières pour tenir conseil. Pour ceux qui ne logent pas dans la forteresse du Haut-Chef, c'est l'entassement autour d'un enclos aménagé pour les colosses mais l'ambiance n'est pas déplaisante. Enfin pour l'instant. Demain, d'autres clans vont arriver dont les Karohar qui n'aiment pas vraiment les ambriens. Ni le Pacte, d'ailleurs. Le clan Vajvod, celui de Lothar, n'est pas encore là non plus.
Nous avons fait part de ce que nous avons appris à la sorcière Yeleda, dans l'espoir que cela leur soit utile pour la réunion et ensuite. Elle nous a parlé de ce dont ils vont discuter. Les sorcières veulent réunir des troupes pour se rendre à divers endroits de la forêt combattre des abominations. Les chefs de clans risquent de se montrer réticents mais elles sont sûres de ce qu'elles font.
Elle nous a également donné une information importante qu'il nous faut pour l'heure garder secrète : dans une tentative d'apaisement et de renforcement des liens entre les clans "barbares" et Ambria, le fils du Haut-Chef va épouser la princesse Esmeralda, la demi-sœur de la reine Korinthia. Ce mariage ne va pas faire que des heureux. Il va y avoir du remous très bientôt aussi bien à Karvosti qu'à Yndaros. C'est un acte politique et diplomatique très fort, je ne peux le nier. C'est un lourd sacrifice auquel consentent les deux futurs mariés, au nom de la paix. J'espère qu'il ne sera pas vain et qu'ils parviendront à s'entendre au moins un peu dans ce mariage arrangé.
Elle nous a fait plusieurs recommandations et a insisté pour que je prévienne mon père. Je lui ai dit que j'avais usé de tous les moyens possibles pour lui faire parvenir ces informations. Leiana, Eral, les elfes vêtus de noir près de la pyramide, tout. Mais s'il se trouve auprès du grand prince dans l'une des cités elfes du nord, aucun humain ne peut y entrer. Je ne peux que prier, comme tous ces pèlerins près du temple de Prios dans les hauteurs. Les prêtres et les fidèles aussi ont peur de ce qui se passe. Les plus âgés, comme Gretta, doivent redouter une amplification de la menace et sentir l'odeur âcre de la mort dans leur dos. Pauvres gens, ils ont déjà tant perdu.
Pépin est agaçant, tellement agaçant. Il ne me croit pas, il me traite de menteuse quand je fais preuve de compassion et de confiance. Il croit que je le prends pour un sot qui ne sait pas se tenir. Rah, c'est quand il réagit ainsi qu'il est idiot. idiot, idiot; idiot ! Je l'ai laissé à ses insinuations et sa nouvelle lubie pour les colosses et je suis partie faire un tour. J'ai passé la soirée avec quelqu'un qui ne remet pas ma parole en doute et que j'arrive à comprendre, lui, au moins : Henry.
Je l'ai trouvé en retrait non loin du bord du promontoire. Il évite la foule, le bruit, les regards. Il n'est pas très à l'aise. On dirait moi pendant mes premières semaines à Yndaros. Nous avons parlé un peu et le mystère s'épaissit autour de lui. Il pose des questions et se comporte comme s'il n'avait jamais vu Ambria alors qu'il a été capable de me dire avec précision la région d'où il vient et reconnait des noms comme celui d'Edogai le Brave. On dirait qu'il sait mais sans l'avoir jamais vu, c'est curieux. Je n'ai pas posé de question dès lors qu'il a clairement exprimé son désir de garder ses secrets. Je me suis contenter de regarder l'horizon et les étoiles avec lui. Nous avons parlé de tout et de rien en écoutant dans notre dos les enfants de Karvosti -et Pépin- s'amuser à faire un tour sur le dos d'un colosse. Quel gamin je vous jure... Bon, je peux bien lui pardonner pour cette fois j'ai passé une bonne soirée. Il m'a dit qu'il a aimé la chanson que j'ai écrite, que j'ai chanté sur le trajet. J'en suis heureuse, il m'a inspiré.
Henry doit aller en Ambria. Parce qu'il le doit et aussi parce qu'on lui a demandé. Il n'en dira pas plus mais peut-être que nous pouvons l'aider. Je demanderais à Gretta demain, si possible sans que Pépin-le-jaloux ne soit là pour ruminer.[/quote]
[quote][b]30ème jour d'Ynedar, Karvosti[/b]
Quelle nuit monstrueuse. Nous avons tous fait d'atroces cauchemars. Quand je dis tous, je parle de toute la population de Karvosti. Je me suis éveillée en sursaut, Gretta, Lothar et Pépin aussi. Nous avons entendu les cris dans les tentes autour de nous. Personne ne sait ce qui a provoqué cela. Au matin les sorcières ont prétendu que c'était une abomination et qu'elle a été tuée mais j'ai un sérieux doute. Cela ressemble à une tentative d'apaisement pour ne pas envenimer les choses avant la réunion. En discutant sur nos cauchemars respectifs, l'élément qui semble commun à tous -sauf moi ?- est la peur. Gretta dit ne pas se souvenir avec précision de ce qu'elle a vu mais elle se souvient de la terreur, Lothar et Pépin ont vu leur plus grande peur se réaliser, tout le monde a eu peur semble t-il. Sauf moi.
C'était étrange, inquiétant, mais pas de la terreur. J'ai vu une très grande maison, une belle maison au milieu d'un champ de blé. Je me trouvais dehors, à distance suffisante pour voir la demeure dans son ensemble mais suffisamment proche pour entendre le cri de douleur et de peur mêlés venant d'une femme à l'intérieur. Aussitôt j'ai ressenti sa présence à "lui", et de la compassion. Là j'ai commencé à ressentir de l'angoisse. Je me suis demandée s'il avait causé cela, si sa compassion était destinée à quelqu'un à qui il a fait du mal. Je me suis réveillée avec cette pensée. Et je l'ai senti à nouveau, je l'ai senti me répondre "non". Pas une voix mais une certitude : non. Mais il était inquiet lui aussi, inquiet pour moi. Avec du recul je me demande si sa compassion n'était pas destinée à un tiers à moi, parce qu'il a senti ce que je voyais. Mais cela ne répond pas à ma question : qu'ai-je vu au juste si ce n'est pas ma pire crainte comme les autres ?
Au réveil, Pépin et les autres sont allés au temple voir les ambriens prier avec d'autant plus de crainte. Moi je suis allée voir Henry. Il est toujours tout seul, alors si il a fait des cauchemars. Je l'ai trouvé assis la tête dans les mains à l'entrée de sa tente. Je me suis précipitée vers lui pour essayer de l'aider. Je n'ai pas demandé ce qu'il a vu, il n'en a pas parlé. Il était très affecté, j'ai voulu lui donner à boire et c'est là qu'il ... Ah, par les esprits ! Pourquoi faut-il que les garçons se déshabillent comme ça ?! Il a ôté sa chemise pour se rafraichir, sous mes yeux ! Est-ce que j'ôte mes vêtements devant eux, moi ?! Non, bien sur ! Je suis une jeune fille bien élevée !
Je n'ai pas regardé, je jure que je n'ai pas regardé. Et puis je n'ai pas envie de regarder d'ailleurs, qui aurait envie de regarder ? Je n'ai pas regardé. Pas du tout. Pas une seconde. Non, non, non. Aussi... plaisant soit-il, on ne regarde pas. On. Ne. Regarde. Pas.
Les derniers clans sont arrivés aujourd'hui et la réunion a commencé en fin de journée. Lothar a retrouvé son ami Taran du clan Vajvod ainsi que leur chef Konarad. Je suis heureuse de constater que même s'il a été banni à cause de son problème de rage, ils ne l'ont pas renié totalement et sont prêts à l'accueillir de nouveau sitôt qu'il aura trouvé une solution. Taran est fort sympathique malgré qu'il soit porté sur la bière noire... et propose aux jeunes enfants d'y goûter. Le pauvre Stenlay a fait la sieste une bonne partie de l'après-midi.
Le mage au bâton qui possédait la pierre d'ombre a accepté de nous la remettre contre deux thalers (pour service rendu) en échange de notre assurance qu'elle ne serait pas utilisée à mauvaises fins. Nous en avons profité pour retrouvé Maurice l'employé de notre mandataire, qui était au bord de la folie dans le camp des pèlerins la première fois que nous l'avons rencontré. Il a pu nous donner des indications sur les gemmes et le partenariat entre le mandataire et une organisation sensée mettre ces objets magiques sous clé, probablement l'Ordo Magica. Par acquis de conscience je suis allée interroger le professeur Alaric toujours dans le campement du marché. Sans entrer dans les détails j'ai obtenu la confirmation que l'Ordo Magica archive, inventorie et contrôle au mieux la circulation des artefacts. Cela et la parole de Pépin, très convaincant, ont suffi à convaincre notre négociant qui a finalement accepté l'échange. Il y a aussi gagné un voyage vers l'Est avec le clan Vajvod, sur demande de Lothar auprès des siens.
Tiens, d'ailleurs Lothar est fiancé. Il s'était bien gardé de nous parler de son Elméa le vil. C'est Taran qui l'a évoqué en lui remettant un collier qu'elle a fabriqué pour lui. D'après lui, elle était tellement furieuse le jour où il a été banni qu'ils ont dû s'y mettre à plusieurs pour l'empêcher de partir à sa recherche et de, je cite, "maraver la tronche du chef". J'aimerais beaucoup la rencontrer un jour.
Plus tard ce soir, Taran et Lothar sont allés profiter de leur dernière soirée ensemble pendant que la réunion se poursuit. J'ai sauté sur l'occasion en leur suggérant d'emmener Pépin et j'ai pu emmener Gretta voir Henry pour lui proposer de faire le voyage "rapide" avec nous demain matin. Son sceau des Sept Lieues ne peut transporter que cinq personnes à la fois elle compris. Comptant Croissant, Manon (le corbeau), Stenlay et Maurice -on allait pas le laisser ici- en plus de nous quatre nous arrivons à neuf. Soit pile cinq personnes pour deux trajets. Cela va lui coûter beaucoup d'énergie et de corruption pour faire trois voyages et une heure pour chaque rituel. Mais une matinée pour aller de Karvosti à la clairière de Magdalena située à cinq kilomètres de Fort Chardon, c'est tout de même plus court et moins risqué que dix jours sur la route. Je savais qu'il accepterait, et que Gretta aussi.
Mais pourquoi, POURQUOI faut-il qu'il soit toujours torse nu ? A notre arrivée il était en train de s'entraîner, encore. Il s'entraîne tout le temps, toute la journée, à toute heure même quand on marchait dans la forêt il ne s'arrêtait que pour manger et dormir. Il est vraiment passionné par sa maîtrise de l'épée c'est plaisant à regarder. Sauf qu'il ne FAUT PAS regarder, surtout là. Bon sang deux fois en une journée c'est trop pour moi. Oh et bien sur quand nous sommes retournée à nos tentes qui est arrivé ? Lothar et Pépin, torse nu aussi et complètement éméchés. Trop d'hommes dénudés dans cette ville ! C'est trop pour moi, ça suffit, je reste sous ma tente jusqu'à demain qu'ils aient tous cuvés et/ou remit leurs chemises correctement.
Il faut vraiment que j'arrête de rougir. Et que j'arrête de penser aussi. Iris, concentre-toi. Tu as une mission, et tu es membre du Pacte. Demain tu retournes en Ambria. Je dois être prudente, sage et consciencieuse. Aucune pensée parasite. Je dois l'emmener en sécurité, veiller sur sa sécurité, rien d'autre. Pas le temps pour penser à un garçon.
... Je vais dormir. Faire le vide, et dormir. [/quote]
Mais avant de s'endormir elle se frotta les joues plusieurs fois en râlant quelque chose en elfique.[/quote]
Lerith
Il y a 17 heures et 22 minutes
Le Merle Bleu
Enfin de retour à leur point de chute, Fort Chardon, l'auberge "La Sorcière et le Familier" et son style si atypique. Le feu dans l'âtre, le "barbare" souriant derrière son comptoir et sa vieille mère grincheuse en cuisine qui les accueillit... mieux qu'ils ne l'auraient cru après leur dernier échange juste avant de quitter la ville en pleine nuit. Ils partagèrent un repas simple mais tellement réconfortant, assis sur ces fourrures en peau de bête. Ensemble, tous les cinq.
Plus tôt dans la journée, ils avaient quitté Karvosti avec Maurice et Henry pour un voyage rapide grâce au sceau des sept lieues de Gretta. Deux voyages furent nécessaire, elle ne peut téléporter tout le monde en même temps, mais que sont quatre heures d'attente dans une journée si l'on s'épargne une bonne semaine de voyage ? Sitôt arrivés en ville, Henry avait pris congé sur un simple aurevoir. Le reverraient-ils un jour ? Iris l'ignorait. Mais au moins, Pépin n'était plus jaloux. Maurice les suivit jusqu'au Trésor, là où Gadramei de Derego attendait de leurs nouvelles dans son bureau depuis plusieurs semaines. Trois pierres sur quatre dont la plus importante, c'est toujours mieux que rien. En récompense il leur offrit le choix entre l'or et la gestion d'un domaine sur ses terres contre une rente correcte. Ils devaient se concerter pour répondre le lendemain.
Mais avant de regagner l'auberge, Pépin avait tenu à faire quelque chose d'important. Et ce soir-là, de retour dans sa chambre lorsqu'elle ouvrit son carnet et coucha sur papier le récit de cette journée, la main d'Iris trembla un peu.
Idiot. Idiot, idiot, idiot, idiot. Il a tout avoué au commandant Malianno sur les trois Manteaux Noir retrouvés morts après notre fuite. Apparemment -et sans surprise- la découverte des cadavres a causé du grabuge et Tendresse, notre amie ogresse, a été soupçonnée puis enfermée en même temps qu'un prêtre. Elle s'est évadée mystérieusement avant que le maire Noirenuit reprenne la main et somme l'Inquisition de quitter la ville. Le commandant a gardé le secret de cette évasion, il en connait l'auteur.
Edogai le Brave. Il est maintenant en cavale avec les deux prisonniers, on ne sait où, depuis plus de quinze jours.
Et Pépin a voulu assumer ses actes, sans nous impliquer.
Je sais pourquoi il l'a fait, et j'aurais surement fait la même chose à sa place mais il n'avait pas à endosser toute la responsabilité. C'est de ma faute si nous avons dû fuir, c'est moi qu'ils ne devaient pas fouiller au risque de trouver mon anneau et mes lettres. Si quelqu'un les a tous mit en danger cette nuit-là, c'est moi. Idiot de Pépin si tu te faisais arrêter hein ? Tu pourrais perdre ton grade, ta liberté, ta vie. Quel héros deviendras-tu si tu meurs pour mes bêtises ? Je ne me le pardonnerais jamais.
Heureusement, le commandant est de notre côté. Lothar, Gretta et moi lui avons tout dit. Il gardera ce secret. C'est un homme bien. Il y a des hommes bons en Ambria je le sais.
Iris referma son carnet. Elle était montée la première pour faire le point et se coucher avant les autres. Fort Chardon avait connu plusieurs péripéties en leur absence, à commencer par la réapparition d'un soit-disant cambrioleur, une légende locale dont on n'avait plus entendu parler depuis un an par ici. En bas, c'était le sujet de conversation principal. Les clients parlaient d'un individu aux capacités surement exagérée, fantasmées. Le voleur, disait-on, ne dérobait que peu de choses. Quelques pièces, une ceinture, un objet, parfois rien du tout mais laissait toujours sa signature sur une carte le fameux symbole du Merle Bleu. Le frisson et le plaisir de l'effraction plus que l'appât du gain ? Désintéressée au possible par "l'icône" dont les femmes s'imaginaient un doux visage et les hommes l'honneur de se faire détrousser par ce gentilhomme, Iris avait préféré le repos et la douceur d'un lit de peaux de bêtes bien chaud en ce dernier jour du mois d'Ynédar. L'automne allait s'installer peu à peu.
"C'est ridicule, il faut vraiment avoir du temps à perdre."
La nuit passe, la journée aussi. Cette chambre reste vide et silencieuse jusqu'à ce que tard dans la soirée Iris passe la porte à la volée, jetant sur le lit la pince qui tenait sa chevelure au-dessus de sa nuque. Sa robe de soirée bleue et or digne d'une bourgeoise des beaux quartiers glisse sur le sol, elle s'en défait d'une main tremblante pour se réfugier dans sa chemise. Elle tremble, pas de froid mais de trouble et un peu de colère. La colère passera sans doute, son trouble est différent. C'est nouveau, inconnu, et cela accroche à sa peau alors qu'elle se débarrasse de tout ce qui la relie à cette soirée. Non, pas de tout. Quelque chose est encore là, accroché à ses lèvres.
Elle se laisse tomber sur le lit, son bras cherche le carnet dans son sac près de la table de chevet.
1er du mois d'Olandan,
Par où commencer ? Cette journée commençait comme... Je ne sais plus ce que j'attendais de cette journée au départ. J'ai pris un bain après avoir bien dormi. Nous nous sommes accordés avant d'aller retrouver monsieur de Derego, après avoir longuement parlé entre nous de cette histoire de domaine. Le fait est que même si l'offre est alléchante, c'est sans doute un peu tôt. Ou trop tard pour Gretta qui ne se sent pas de porter une telle charge à son âge. Lothar, une fois son problème résolu, rentrera chez lui et moi... que ce soit par mon allégeance ou mes ambitions d'artiste je ne me sens pas, à mon âge, la charge d'un domaine. Un pied-à-terre ici à Fort Chardon je ne dis pas mais je me vois mal m'investir dans le patrimoine terrien. Pépin, j'imagine que pour lui ce serait une chance. Il semblait déçu que nous soyons trois contre un sur ce projet (même si "contre" n'est pas vraiment le mot), cela me désole. Je me disais, alors que nous marchions vers le Trésor, que ce n'était que partie remise pour lui. Un jour il aura ses propres terres, non ? En tout cas, si je peux je voudrais l'y aider. Le domaine de la Pépinnière, tiens, ce serait drôle... tout à fait lui.
Mes pensées ont vite été balayée par un cambriolage. Nous avons retrouvé monsieur de Derego ligoté dans un cagibi et le coffret des gemmes envolé, à la place une petite enveloppe avec le symbole du Merle Bleu. "Ben tiens" me suis-je dit en me précipitant à la fenêtre ouverte. Le méfait venait d'être accompli alors je me disais que peut-être il n'était pas loin.
Il n'était pas loin. Je l'ai vu me faire signe, l'insolent, depuis le croisement d'une rue juste en bas. Je n'ai pas voulu perdre de temps, j'ai voulu sauter par la fenêtre. Ai-je dit que j'étais stupide et inconsciente ? Je me suis lamentablement ramassée, tordue la cheville, mais j'ai couru pour le rattraper les autres sur mes talons. A bout de souffle, j'ai laissé Lothar -portant Gretta- me passer devant. Je n'en pouvais plus, il court vite le gredin. Ils l'ont retrouvé grimpant sur les toits. Pépin a rameuté la garde, des archers ont tenté de l'abattre en vain. Lothar a grimpé à sa poursuite, Gretta faisait voler les tuiles pour le déséquilibrer. J'ai tenté moi aussi, j'y ai perdu une flèche mais il a aussi un grand sens de l'équilibre. Au final j'ai été bien inutile sur ce coup. Mais Lothar est redescendu avec une invitation de sa part.
Le terme "redescendu" dans le cas présent est fortement sous évalué. Le barbare était plutôt tombé du toit en voulant les rejoindre. Et elle, arrivant en courant sans le voir pile à ce moment n'eut que le temps de demander "Où est Lothar ?" avant de se ramasser 90kg de muscles sur le dos. Elle avait fini aplatie sur le pavé de la ruelle.
Iris renâcle à ce souvenir même si, plusieurs heures et un soin de théurge plus tard, elle ne sent plus la douleur que sans son égo. Dire que c'est lui qui est sensé la protéger...
L'invitation du Merle Bleu nous donnait rendez-vous le soir-même aux Salons de Symbaroum, l'établissement de plaisirs le plus prisé et cossu de toute la ville bien qu'il soit situé dans les bas quartiers les plus glauques. Une invitation à le rencontrer en personne après qu'il nous ai échappé... j'ai trouvé cela curieux mais peut être la poursuite l'avait-il impressionné. S'il ne commet pas ses vols pour l'appât du gain mais qu'il a autre chose en tête, nous pourrions peut être négocier.
Après cette mésaventure, Pépin s'est targué d'être celui qui capturerait ce cambrioleur célèbre. Jusque là rien d'étonnant venant de lui. Nous avons pris des nouvelles de Gadramei de Derego, puis nous sommes allé voir la garde. Notre bon capitaine avait tout un plan en tête pour ce soir. Dans ma tête c'était perdu d'avance, s'il nous invite ouvertement c'est qu'il a d'ores et déjà une porte de sortie, il doit se douter qu'on va le signaler. MAIS je ne vais pas reprocher à Pépin de faire son devoir, bien au contraire. Donc, on suit son plan. On se rend au rendez-vous, le commandant lui a confié une compagnie de soldats qu'il a placé selon sa stratégie pour boucler le quartier, qui sait ? A ce moment là je ne voulais pas non plus partir ouvertement défaitiste. Le reste de l'après midi nous avons passé commande à la forge de Grosbaff pour deux armures lourdes (une pour Pépin, une pour Lothar), et une deuxième dague pour moi. Il est temps que je m'expose un peu plus au combat si mes chants et mes flèches venaient à manquer. Je suis passée aux Légendes informer le sire Orvak de mon retour, les garçons sont allés s'inscrire pour des combats d'arène, histoire de payer nos frais d'auberge sans taper trop fort dans notre pécule récent.
Et puis, il y a ce billet que Lothar a vu quelqu'un glisser dans ma poche alors que nous traversions la Place des Antiquités. Si je devais compter le nombre de fois où un rupin voulant jouer les joli cœurs m'ont envoyé un mot doux... Mais je dois lui donner du crédit, c'était fort bien écrit.
Elle lève un instant les yeux et glisse d'entre les pages le petit carré de papier portant l'emblème du Merle Bleu. Et les quelques vers qui y sont écrits à l'encre dans une calligraphie digne d'un homme de bonne éducation :
J'ai dérobé l'or et les diamants,
Mais nul trésor n'est aussi troublant
Que l'azur caché dans vos yeux,
Ou votre voix qui charme les cieux.
J'ai su me soustraire à vos regards,
Mais le destin aime les hasards.
Et si le voleur vous plaît à revoir,
Accordez-moi une danse ce soir.
Elle ferme les yeux et fait disparaitre le billet doux entre les pages de son carnet. Si seulement elle avait su ce que tout cela allait provoquer. Si seulement elle avait anticipé ne serait-ce qu'un tout petit peu. Quelle inconsciente elle a pu être ce soir là. Elle aurait dû prendre les choses autrement au lieu de bêtement sourire quand Pépin a dit "tu en fais tourner des têtes" sur un ton si léger.
Ah ça, sa tête à elle, elle a bien tourné.
J'ai accepté de faire l'appât de bonne grâce. Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière, qu'un homme louche voudrait se rapprocher de mon joli minois. Je pensais jouer mon rôle comme d'habitude et attendre sagement que la garde entre en action une fois qu'il partirait. J'en profiterais pour négocier le retour des gemmes au cas où le plan de Pépin échouerait. Et je me doutais qu'il allait échouer. Je le savais. Mais vous me voyez l'enfoncer comme un petit garçon qui s'emballe, alors qu'il fait de son mieux ? Est-ce que j'aurais dû essayer au moins... Je ne sais même pas si il aurait renoncé. Non, je ne crois pas. Il est si têtu. Tout ce que j'aurais gagné c'est de le blesser.
Mais je l'ai blessé quand même ce soir.
Elle fera les yeux. Bien sur qu'elle s'en voulait pour ce qu'il avait vu. La mine de plomb demeura immobile sur la page un moment. Puis, avec une patience infinie et tous les détails encore frais dans sa tête, elle se mit à écrire dans les moindres détails la soirée qu'ils venaient de passer.
Les invités portaient tous des masques. Cette soirée, débauche d'alcool et de musique festive, rendait hommage au retour du cambrioleur dans un esprit de provocation propre aux rupins venus s'encanailler pour quelques heures à dépenser leurs thaler dans des boissons hors de prix et de galantes compagnies. Nous étions vêtus comme eux, avec des habits prêtés par monsieur de Derego. Masqués comme eux, noyés dans cette foule chaotique qui ne pensait à rien si ce n'est l'oubli de l'instant présent.
Et tandis qu'elle écrit, elle ferme les yeux à de nombreuses reprises, se remémorant l'atmosphère étouffante, les masques défilant sous ses yeux. Elle revoit Lothar, déjà mal à l'aise dans ces habits trop serrés, assailli par quatre jeunes femmes. Elle se revoit sourire et marmonner "elles chassent en meute" avant de regarder Pépin un peu déconfit face à deux jeunes femmes prêtes à s'arracher les yeux pour danser avec lui la première. Même Gretta, croyant que son âge la préservait de ces enfantillages, a toutes les peines du monde à esquiver un vieux bourgeois à l’œil un peu trop brillant. Elle s'entend rire tout bas, juste avant qu'une main se tende face à elle.
"M'accordez-vous cette danse."
Une voix de velours, des cheveux argentés, un regard gris clair derrière un masque de merle bleu. Il y en a beaucoup ce soir alors comment être sur ? Elle tend sa main, elle se laisse emporter. La musique s’emballe, il la tient contre lui, elle le laisse conduire, elle attend qu'il parle, elle veut savoir. Il finit par murmurer : "vos amis m'ont donné bien du mal cet après midi", alors elle comprend, elle sait.
"Qu'attendez-vous de moi, de nous ? Vous ne nous avez pas fait venir ici sans raison."
Elle veut rester dans son rôle, elle veut négocier. Il est charmant, certes, mais elle ignore ses intention.
"Pas tout de suite. D'abord, profitons de ces instants.
- Je ne jamais dansé ainsi.
- Laissez-moi vous guider."
Combien de temps ont-ils dansé de la sorte ? Elle ne saurait le dire. L'homme est un séducteur mais pas un goujat. Il frôle l'indécence, il joue avec la frontière, il danse sur la ligne mais ne la franchit jamais. C'est troublant, grisant, un peu intimidant. Elle l'écoute parler, quand il parle de la beauté de ses yeux aussi captivant que les rivières profondes. Que dire, que répondre ? Elle a déjà joué à ce jeu-là mais avec des hommes faibles, des imbéciles vantards comme Karlio de Véarra à qui un battement de cils suffit. Comment reprendre la main sur un gentilhomme cambrioleur qui manie les mots comme il maîtrise ses gestes. La danse finit par avoir raison de ses pieds qui s'arrêtent.
"Je n'en peux plus, pardonnez-moi."
Il ne la lâche pas, il sourit simplement.
"Venez, je vous offre à boire."
Alors qu'ils montent les marches vers le deuxième étage, celui du restaurant, elle lance un regard à ses compagnons par-dessus son épaule. Lothar et Gretta suivent à distance, Pépin semble chercher quelque chose ou quelqu'un. Où est le garde qui était entré avec eux ? Elle n'a pas vraiment le temps de s'attarder sur la question. Il la conduit dans une des petites alcôves de la salle, et la fait asseoir sur le canapé avant de commander à boire. Quand le verre arrive, un léger pic de méfiance la réveille. Elle lui lance un regard, sourcil haussé, sans avoir besoin de poser la question avec des mots : est-ce une ruse pour m'empoisonner ? Il ne répond pas avec des mots, lui non plus. Il retire un gant, trempe son doigt dans le verre rempli d'un liquide ambré, et porte ce doigt à ses lèvres pour y goûter sans lâcher son regard.
Curieuse façon qu'il a eu de montrer sa bonne foi. Troublante façon même... Quel homme bien étrange.
Elle raconte ensuite, en détails, la conversation badine qu'il mène avec élégance. Il est charmeur, mais pas inintéressant. Entre deux mots doux il parle de poésie, de musique, d'histoire... Elle se demande quelle éducation il a reçu et ce qui le pousse à jouer les cambrioleurs alors qu'il ne doit pas manquer de biens. Il reste près d'elle, trop près. Elle ne sait plus si elle tient le rôle ou si cela lui plait, c'est confus. Il finit par effleurer le sujet de ses méthodes. Il lui dit qu'il n'est pas un rustre, et elle le croit car sa réputation le dépeint comme extrêmement poli, discret mais jamais violent. Même pour Derego il déplore d'avoir eu à laisser dans un cagibi mais sans faire usage de la force. Comme si ce cambriolage n'était pas prévu au départ. Elle veut lui poser la question mais d'abord elle saute sur l'occasion de ramener le sujet aux affaires.
"Alors dites-moi, si vous n'en avez pas l'utilité que voudriez-vous en échange du bien que mon employeur désire ardemment récupérer ?
- Soit, puisque vous avez l'air de tant tenir à parler affaires... Je consens à rendre ces pierres à une condition."
Le ton n'est pas froid mais contrit.
"Vous aurais-je offensé ? Rien ne nous interdit de traiter nos affaires maintenant et continuer à profiter de la soirée ensuite. Quelle est cette condition ?"
Il se tait un instant, puis se penche légèrement vers elle. Elle ne recule pas, on ne recule pas quand on négocie même physiquement.
"J'en aurais deux, finalement. La première, je souhaite que vous rencontriez quelqu'un qu'il m'est difficile d'atteindre. Il s'agit du Noble Dastan du vieux Kadizar à Yndaros. Lorsque vous l'aurez trouvé, transmettez-lui de ma part le message suivant : ce qu'il cherche n'est pas ce qu'il désire."
Ni plus ni moi que le roi de la pègre au sein de la capitale. Le rencontrer ne doit pas être si difficile mais sortir vivant ou entier de cette entrevue, c'est plus compliqué. J'imagine qu'il a pensé en voyant nos capacités durant la poursuite, que nous serions capable d'atteindre ce bandit. Mais je n'ai pas eu le temps de me demander si c'était faisable ou non parce que... la deuxième condition...
"Quant à la deuxième condition... Je souhaite vous embrasser, sur les lèvres."
Elle se fige, elle cligne des yeux interdite.
"Pardon ?"
Pour des gemmes aussi dangereuses, et la promesse tenue au mage de Karvosti que celle qui leur a laissé serait confiée à quelqu'un de sur, qu'est ce qu'un simple baiser comme tribu ? C'est ce qu'une personne sensée dirait. Mais pour elle, ce n'est pas n'importe quel tribu. Quel coffret de gemmes, aussi précieuses soient-elles, méritent qu'elle vende ainsi son tout premier baiser à un cambrioleur ? Les deux arguments se bousculent, et son visage est trop près. Elle doit gagner du temps le temps de décider, alors...
"Pourquoi ? Il y en a des dizaines ce soir qui prendraient volontiers ma place."
Il répond avec assurance.
"Vous êtes belle, votre voix est un délice, et vous servez une juste cause.
- Vous ignorez tout de moi et de la cause que je sers."
Elle le pense au moment où elle le dit. Comment pourrait-il savoir quoi que ce soit d'elle qui n'existe pas, factuellement, en tant qu'ambrienne. C'est alors qu'il sort de sa manche un anneau de fer qu'il lève entre deux doigt à hauteur de leurs visage. Les yeux d'Iris s'ouvrent en grand. Sa main cherche la poche cachée de sa robe dans laquelle se trouve son propre anneau. Le lui aurait-il subtilisé ? Non. Il est encore là. Celui-ci n'est pas le sien alors cela veut dire que le Merle serait... Il serait l'un des siens.
Quelque chose cède, une digue qui laisse maintenant s'écouler un torrent de certitudes et une confiance irraisonnée envers ses pairs. Tout cela se mêle au trouble qu'il a provoqué, efface la méfiance et le double jeu. Elle pose cependant la question :
"Vous seriez prêt à commettre un autre vol ce soir ?
- Oui."
La réponse ne se fait pas attendre. Il n'hésite même pas comme s'il savait très bien ce qu'il fait.
"... D'accord."
Un seul mot, et rien de plus. Elle le voit se pencher et glissant son bras autour de ses épaules, l'autre main lui pince le menton. C'est donc cela, être embrassée.
La plume glisse, tremblante, sur le papier. C'est une adolescente de dix sept qui décrit avec ses mots confus la douceur sucrée et la tendresse d'un instant qu'elle apprécie alors qu'elle pensait le vendre comme une transaction. La surprise laisse place à l'oubli. Ce n'est pas un vol furtif et rapide, le Merle Bleu prend son temps. Ils échangent un baiser long et langoureux sans se soucier du barbare et de la vieille dame qui ouvrent des yeux ronds depuis leur table plus loin, sans entendre le son des marches dans l'escalier ni voir Pépin surgir dans la salle.
Je l'ai blessée, n'est ce pas ? Ce n'est pas ce que je voulais j'ai... perdu la tête. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Quand j'ai repris mes esprits, j'ai entendu un "boum" non loin. J'ai tourné la tête, et j'ai vu Pépin au sol plaqué par Lothar. Tout s'est mélangé dans ma tête je... je ne savais plus où j'étais, ce que j'étais sensée faire.
Elle raconte alors l'homme qui se lève et lui fait un baisemain :
"au plaisir de vous revoir un jour". Et il s'en va vers le troisième étage. Leur échange est donc fini. Elle n'a pas eu le temps de poser son autre question. A cause de Pépin et de son intervention.
A cause de lui ? J'en ai de bonnes. C'est moi qu'il a vu en train d'embrasser le cambrioleur qu'il venait arrêter. J'imagine bien ce qu'il doit penser de moi maintenant. Et après ça, je n'ai pas vraiment été à la hauteur. Je n'avais plus les idées claires. je l'ai vu monter, redescendre, une fois ou deux je ne sais plus. Moi je suis allée près de la fenêtre, j'ai vu le Merle Bleu dans la ruelle me faire signe et disparaitre. Puis Pépin est passé près de moi, il est passé par cette même fenêtre en me faisant un signe de tête. Il est partit sans son épée. Qu'est ce qu'il croyait ? Je ne sais pas. J'étais tellement confuse, désorientée.
On aurait dû y aller peut être ? Je me suis dit qu'il allait courir après lui sur deux ou trois rues avant de le perdre et de revenir. On l'a pris à la légère, on l'a laissé y aller seul et c'est en voyant qu'il ne revenait pas qu'on a décidé de partir le chercher avec un temps de retard. Nous l'avons trouvé étendu dans une ruelle, blessé au torse avec une belle entaille. Gretta l'a soigné, il a dit que c'est le Merle Bleu qui lui a fait ça, qu'ils étaient contre lui et qu'il l'a attaqué. Je n'y ai pas cru. Je l'ai regardé et j'ai su qu'il mentait. Pourquoi il ment ? Et puis, aussitôt soigné il est repartit à sa poursuite alors qu'ils étaient bien trop loin maintenant. Je suis rentrée à l'auberge, furieuse contre lui.
Et aussi un peu contre moi.
Elle relâche sa plume et lève les yeux vers la fenêtre et les toits de Fort-Chardon. Le Merle Bleu n'est pas un homme violent. Si il a blessé Pépin, c'est parce que Pépin a dû porter le premier coup. C'est lui qui a essayé de le blesser, peut être même de le tuer. Voilà qui risque de compromettre l'accord qu'elle vient de passer avec lui. Idiot de Pépin.
Et en même temps, il est soldat. C'est son rôle d'arrêter les criminels. Mais tuer un homme pour un vol de ceinture et de quelques gemmes, sans violence ? D'accord c'est un délit, mais le tuer pour ça ?
Est-ce que je me suis trompée. Est-ce que finalement la loi ambrienne, c'est comme ça ? Est-ce que les gardes ne valent pas mieux que les Manteaux Noir, qui tuent pour rien dès qu'un acte ou une parole dévie de leur doctrine sans aucune mesure ? C'est une vie, on ne prend pas une vie comme ça juste pour empêcher quelqu'un de fuir, juste pour ne pas échouer ! Un échec on peut le réparer, une vie on ne peut la rendre. Pépin, qu'est ce que tu as fait ? Me suis-je aussi trompée, est-ce là le genre de héros que tu aspires à devenir ?
Je ne sais plus où j'en suis ou ce que j'éprouve. Il faut que je me calme, que je fasse la part des choses. Il y a eu trop d'émotions ce soir. Je n'arriverais à rien si je perds mon sang froid.
Elle ferme les yeux, recentre son esprit. Qu'est ce que Gralusur dirait, qu'est ce que père ferait ? Elle souffle, longuement. Le calme revient. Ses doigts touchent ses lèvres. Trop de choses. Trop de choses se bousculent encore. Et alors qu'elle se relève, enfile son pantalon, ses bottes, et descends les marches vers l'entrée de l'auberge pour aller prendre l'air sous le porche, elle voit Pépin entrer le regard fermé entouré par plusieurs soldats.
"Iris, Lothar, Gretta, j'ai besoin de vous à la caserne maintenant."
... Et merde.
[quote]Lerith
[h2] Le Merle Bleu [/h2]
Enfin de retour à leur point de chute, Fort Chardon, l'auberge "La Sorcière et le Familier" et son style si atypique. Le feu dans l'âtre, le "barbare" souriant derrière son comptoir et sa vieille mère grincheuse en cuisine qui les accueillit... mieux qu'ils ne l'auraient cru après leur dernier échange juste avant de quitter la ville en pleine nuit. Ils partagèrent un repas simple mais tellement réconfortant, assis sur ces fourrures en peau de bête. Ensemble, tous les cinq.
Plus tôt dans la journée, ils avaient quitté Karvosti avec Maurice et Henry pour un voyage rapide grâce au sceau des sept lieues de Gretta. Deux voyages furent nécessaire, elle ne peut téléporter tout le monde en même temps, mais que sont quatre heures d'attente dans une journée si l'on s'épargne une bonne semaine de voyage ? Sitôt arrivés en ville, Henry avait pris congé sur un simple aurevoir. Le reverraient-ils un jour ? Iris l'ignorait. Mais au moins, Pépin n'était plus jaloux. Maurice les suivit jusqu'au Trésor, là où Gadramei de Derego attendait de leurs nouvelles dans son bureau depuis plusieurs semaines. Trois pierres sur quatre dont la plus importante, c'est toujours mieux que rien. En récompense il leur offrit le choix entre l'or et la gestion d'un domaine sur ses terres contre une rente correcte. Ils devaient se concerter pour répondre le lendemain.
Mais avant de regagner l'auberge, Pépin avait tenu à faire quelque chose d'important. Et ce soir-là, de retour dans sa chambre lorsqu'elle ouvrit son carnet et coucha sur papier le récit de cette journée, la main d'Iris trembla un peu.
[quote]Idiot. Idiot, idiot, idiot, idiot. Il a tout avoué au commandant Malianno sur les trois Manteaux Noir retrouvés morts après notre fuite. Apparemment -et sans surprise- la découverte des cadavres a causé du grabuge et Tendresse, notre amie ogresse, a été soupçonnée puis enfermée en même temps qu'un prêtre. Elle s'est évadée mystérieusement avant que le maire Noirenuit reprenne la main et somme l'Inquisition de quitter la ville. Le commandant a gardé le secret de cette évasion, il en connait l'auteur.
Edogai le Brave. Il est maintenant en cavale avec les deux prisonniers, on ne sait où, depuis plus de quinze jours.
Et Pépin a voulu assumer ses actes, sans nous impliquer.
Je sais pourquoi il l'a fait, et j'aurais surement fait la même chose à sa place mais il n'avait pas à endosser toute la responsabilité. C'est de ma faute si nous avons dû fuir, c'est moi qu'ils ne devaient pas fouiller au risque de trouver mon anneau et mes lettres. Si quelqu'un les a tous mit en danger cette nuit-là, c'est moi. Idiot de Pépin si tu te faisais arrêter hein ? Tu pourrais perdre ton grade, ta liberté, ta vie. Quel héros deviendras-tu si tu meurs pour mes bêtises ? Je ne me le pardonnerais jamais.
Heureusement, le commandant est de notre côté. Lothar, Gretta et moi lui avons tout dit. Il gardera ce secret. C'est un homme bien. Il y a des hommes bons en Ambria je le sais.[/quote]
Iris referma son carnet. Elle était montée la première pour faire le point et se coucher avant les autres. Fort Chardon avait connu plusieurs péripéties en leur absence, à commencer par la réapparition d'un soit-disant cambrioleur, une légende locale dont on n'avait plus entendu parler depuis un an par ici. En bas, c'était le sujet de conversation principal. Les clients parlaient d'un individu aux capacités surement exagérée, fantasmées. Le voleur, disait-on, ne dérobait que peu de choses. Quelques pièces, une ceinture, un objet, parfois rien du tout mais laissait toujours sa signature sur une carte le fameux symbole du Merle Bleu. Le frisson et le plaisir de l'effraction plus que l'appât du gain ? Désintéressée au possible par "l'icône" dont les femmes s'imaginaient un doux visage et les hommes l'honneur de se faire détrousser par ce gentilhomme, Iris avait préféré le repos et la douceur d'un lit de peaux de bêtes bien chaud en ce dernier jour du mois d'Ynédar. L'automne allait s'installer peu à peu.
[i]"C'est ridicule, il faut vraiment avoir du temps à perdre."[/i]
[center][img]https://i.postimg.cc/bY6x3Sjk/separateur.png[/img][/center]
La nuit passe, la journée aussi. Cette chambre reste vide et silencieuse jusqu'à ce que tard dans la soirée Iris passe la porte à la volée, jetant sur le lit la pince qui tenait sa chevelure au-dessus de sa nuque. Sa robe de soirée bleue et or digne d'une bourgeoise des beaux quartiers glisse sur le sol, elle s'en défait d'une main tremblante pour se réfugier dans sa chemise. Elle tremble, pas de froid mais de trouble et un peu de colère. La colère passera sans doute, son trouble est différent. C'est nouveau, inconnu, et cela accroche à sa peau alors qu'elle se débarrasse de tout ce qui la relie à cette soirée. Non, pas de tout. Quelque chose est encore là, accroché à ses lèvres.
Elle se laisse tomber sur le lit, son bras cherche le carnet dans son sac près de la table de chevet.
[quote]1er du mois d'Olandan,
Par où commencer ? Cette journée commençait comme... Je ne sais plus ce que j'attendais de cette journée au départ. J'ai pris un bain après avoir bien dormi. Nous nous sommes accordés avant d'aller retrouver monsieur de Derego, après avoir longuement parlé entre nous de cette histoire de domaine. Le fait est que même si l'offre est alléchante, c'est sans doute un peu tôt. Ou trop tard pour Gretta qui ne se sent pas de porter une telle charge à son âge. Lothar, une fois son problème résolu, rentrera chez lui et moi... que ce soit par mon allégeance ou mes ambitions d'artiste je ne me sens pas, à mon âge, la charge d'un domaine. Un pied-à-terre ici à Fort Chardon je ne dis pas mais je me vois mal m'investir dans le patrimoine terrien. Pépin, j'imagine que pour lui ce serait une chance. Il semblait déçu que nous soyons trois contre un sur ce projet (même si "contre" n'est pas vraiment le mot), cela me désole. Je me disais, alors que nous marchions vers le Trésor, que ce n'était que partie remise pour lui. Un jour il aura ses propres terres, non ? En tout cas, si je peux je voudrais l'y aider. Le domaine de la Pépinnière, tiens, ce serait drôle... tout à fait lui.
Mes pensées ont vite été balayée par un cambriolage. Nous avons retrouvé monsieur de Derego ligoté dans un cagibi et le coffret des gemmes envolé, à la place une petite enveloppe avec le symbole du Merle Bleu. "Ben tiens" me suis-je dit en me précipitant à la fenêtre ouverte. Le méfait venait d'être accompli alors je me disais que peut-être il n'était pas loin.
Il n'était pas loin. Je l'ai vu me faire signe, l'insolent, depuis le croisement d'une rue juste en bas. Je n'ai pas voulu perdre de temps, j'ai voulu sauter par la fenêtre. Ai-je dit que j'étais stupide et inconsciente ? Je me suis lamentablement ramassée, tordue la cheville, mais j'ai couru pour le rattraper les autres sur mes talons. A bout de souffle, j'ai laissé Lothar -portant Gretta- me passer devant. Je n'en pouvais plus, il court vite le gredin. Ils l'ont retrouvé grimpant sur les toits. Pépin a rameuté la garde, des archers ont tenté de l'abattre en vain. Lothar a grimpé à sa poursuite, Gretta faisait voler les tuiles pour le déséquilibrer. J'ai tenté moi aussi, j'y ai perdu une flèche mais il a aussi un grand sens de l'équilibre. Au final j'ai été bien inutile sur ce coup. Mais Lothar est redescendu avec une invitation de sa part. [/quote]
Le terme "redescendu" dans le cas présent est fortement sous évalué. Le barbare était plutôt tombé du toit en voulant les rejoindre. Et elle, arrivant en courant sans le voir pile à ce moment n'eut que le temps de demander "Où est Lothar ?" avant de se ramasser 90kg de muscles sur le dos. Elle avait fini aplatie sur le pavé de la ruelle.
Iris renâcle à ce souvenir même si, plusieurs heures et un soin de théurge plus tard, elle ne sent plus la douleur que sans son égo. Dire que c'est lui qui est sensé la protéger...
[quote]L'invitation du Merle Bleu nous donnait rendez-vous le soir-même aux Salons de Symbaroum, l'établissement de plaisirs le plus prisé et cossu de toute la ville bien qu'il soit situé dans les bas quartiers les plus glauques. Une invitation à le rencontrer en personne après qu'il nous ai échappé... j'ai trouvé cela curieux mais peut être la poursuite l'avait-il impressionné. S'il ne commet pas ses vols pour l'appât du gain mais qu'il a autre chose en tête, nous pourrions peut être négocier.
Après cette mésaventure, Pépin s'est targué d'être celui qui capturerait ce cambrioleur célèbre. Jusque là rien d'étonnant venant de lui. Nous avons pris des nouvelles de Gadramei de Derego, puis nous sommes allé voir la garde. Notre bon capitaine avait tout un plan en tête pour ce soir. Dans ma tête c'était perdu d'avance, s'il nous invite ouvertement c'est qu'il a d'ores et déjà une porte de sortie, il doit se douter qu'on va le signaler. MAIS je ne vais pas reprocher à Pépin de faire son devoir, bien au contraire. Donc, on suit son plan. On se rend au rendez-vous, le commandant lui a confié une compagnie de soldats qu'il a placé selon sa stratégie pour boucler le quartier, qui sait ? A ce moment là je ne voulais pas non plus partir ouvertement défaitiste. Le reste de l'après midi nous avons passé commande à la forge de Grosbaff pour deux armures lourdes (une pour Pépin, une pour Lothar), et une deuxième dague pour moi. Il est temps que je m'expose un peu plus au combat si mes chants et mes flèches venaient à manquer. Je suis passée aux Légendes informer le sire Orvak de mon retour, les garçons sont allés s'inscrire pour des combats d'arène, histoire de payer nos frais d'auberge sans taper trop fort dans notre pécule récent.
Et puis, il y a ce billet que Lothar a vu quelqu'un glisser dans ma poche alors que nous traversions la Place des Antiquités. Si je devais compter le nombre de fois où un rupin voulant jouer les joli cœurs m'ont envoyé un mot doux... Mais je dois lui donner du crédit, c'était fort bien écrit. [/quote]
Elle lève un instant les yeux et glisse d'entre les pages le petit carré de papier portant l'emblème du Merle Bleu. Et les quelques vers qui y sont écrits à l'encre dans une calligraphie digne d'un homme de bonne éducation :
[center][i]J'ai dérobé l'or et les diamants,
Mais nul trésor n'est aussi troublant
Que l'azur caché dans vos yeux,
Ou votre voix qui charme les cieux.
J'ai su me soustraire à vos regards,
Mais le destin aime les hasards.
Et si le voleur vous plaît à revoir,
Accordez-moi une danse ce soir.[/i][/center]
Elle ferme les yeux et fait disparaitre le billet doux entre les pages de son carnet. Si seulement elle avait su ce que tout cela allait provoquer. Si seulement elle avait anticipé ne serait-ce qu'un tout petit peu. Quelle inconsciente elle a pu être ce soir là. Elle aurait dû prendre les choses autrement au lieu de bêtement sourire quand Pépin a dit "tu en fais tourner des têtes" sur un ton si léger.
Ah ça, sa tête à elle, elle a bien tourné.
[quote]J'ai accepté de faire l'appât de bonne grâce. Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière, qu'un homme louche voudrait se rapprocher de mon joli minois. Je pensais jouer mon rôle comme d'habitude et attendre sagement que la garde entre en action une fois qu'il partirait. J'en profiterais pour négocier le retour des gemmes au cas où le plan de Pépin échouerait. Et je me doutais qu'il allait échouer. Je le savais. Mais vous me voyez l'enfoncer comme un petit garçon qui s'emballe, alors qu'il fait de son mieux ? Est-ce que j'aurais dû essayer au moins... Je ne sais même pas si il aurait renoncé. Non, je ne crois pas. Il est si têtu. Tout ce que j'aurais gagné c'est de le blesser.
Mais je l'ai blessé quand même ce soir. [/quote]
Elle fera les yeux. Bien sur qu'elle s'en voulait pour ce qu'il avait vu. La mine de plomb demeura immobile sur la page un moment. Puis, avec une patience infinie et tous les détails encore frais dans sa tête, elle se mit à écrire dans les moindres détails la soirée qu'ils venaient de passer.
[quote]Les invités portaient tous des masques. Cette soirée, débauche d'alcool et de musique festive, rendait hommage au retour du cambrioleur dans un esprit de provocation propre aux rupins venus s'encanailler pour quelques heures à dépenser leurs thaler dans des boissons hors de prix et de galantes compagnies. Nous étions vêtus comme eux, avec des habits prêtés par monsieur de Derego. Masqués comme eux, noyés dans cette foule chaotique qui ne pensait à rien si ce n'est l'oubli de l'instant présent. [/quote]
Et tandis qu'elle écrit, elle ferme les yeux à de nombreuses reprises, se remémorant l'atmosphère étouffante, les masques défilant sous ses yeux. Elle revoit Lothar, déjà mal à l'aise dans ces habits trop serrés, assailli par quatre jeunes femmes. Elle se revoit sourire et marmonner "elles chassent en meute" avant de regarder Pépin un peu déconfit face à deux jeunes femmes prêtes à s'arracher les yeux pour danser avec lui la première. Même Gretta, croyant que son âge la préservait de ces enfantillages, a toutes les peines du monde à esquiver un vieux bourgeois à l’œil un peu trop brillant. Elle s'entend rire tout bas, juste avant qu'une main se tende face à elle.
[i]"M'accordez-vous cette danse."[/i]
Une voix de velours, des cheveux argentés, un regard gris clair derrière un masque de merle bleu. Il y en a beaucoup ce soir alors comment être sur ? Elle tend sa main, elle se laisse emporter. La musique s’emballe, il la tient contre lui, elle le laisse conduire, elle attend qu'il parle, elle veut savoir. Il finit par murmurer : "vos amis m'ont donné bien du mal cet après midi", alors elle comprend, elle sait.
[i]"Qu'attendez-vous de moi, de nous ? Vous ne nous avez pas fait venir ici sans raison."[/i]
Elle veut rester dans son rôle, elle veut négocier. Il est charmant, certes, mais elle ignore ses intention.
[i]"Pas tout de suite. D'abord, profitons de ces instants.
- Je ne jamais dansé ainsi.
- Laissez-moi vous guider."[/i]
Combien de temps ont-ils dansé de la sorte ? Elle ne saurait le dire. L'homme est un séducteur mais pas un goujat. Il frôle l'indécence, il joue avec la frontière, il danse sur la ligne mais ne la franchit jamais. C'est troublant, grisant, un peu intimidant. Elle l'écoute parler, quand il parle de la beauté de ses yeux aussi captivant que les rivières profondes. Que dire, que répondre ? Elle a déjà joué à ce jeu-là mais avec des hommes faibles, des imbéciles vantards comme Karlio de Véarra à qui un battement de cils suffit. Comment reprendre la main sur un gentilhomme cambrioleur qui manie les mots comme il maîtrise ses gestes. La danse finit par avoir raison de ses pieds qui s'arrêtent.
[i]"Je n'en peux plus, pardonnez-moi."[/i]
Il ne la lâche pas, il sourit simplement.
[i]"Venez, je vous offre à boire."[/i]
Alors qu'ils montent les marches vers le deuxième étage, celui du restaurant, elle lance un regard à ses compagnons par-dessus son épaule. Lothar et Gretta suivent à distance, Pépin semble chercher quelque chose ou quelqu'un. Où est le garde qui était entré avec eux ? Elle n'a pas vraiment le temps de s'attarder sur la question. Il la conduit dans une des petites alcôves de la salle, et la fait asseoir sur le canapé avant de commander à boire. Quand le verre arrive, un léger pic de méfiance la réveille. Elle lui lance un regard, sourcil haussé, sans avoir besoin de poser la question avec des mots : est-ce une ruse pour m'empoisonner ? Il ne répond pas avec des mots, lui non plus. Il retire un gant, trempe son doigt dans le verre rempli d'un liquide ambré, et porte ce doigt à ses lèvres pour y goûter sans lâcher son regard.
[quote]Curieuse façon qu'il a eu de montrer sa bonne foi. Troublante façon même... Quel homme bien étrange.[/quote]
Elle raconte ensuite, en détails, la conversation badine qu'il mène avec élégance. Il est charmeur, mais pas inintéressant. Entre deux mots doux il parle de poésie, de musique, d'histoire... Elle se demande quelle éducation il a reçu et ce qui le pousse à jouer les cambrioleurs alors qu'il ne doit pas manquer de biens. Il reste près d'elle, trop près. Elle ne sait plus si elle tient le rôle ou si cela lui plait, c'est confus. Il finit par effleurer le sujet de ses méthodes. Il lui dit qu'il n'est pas un rustre, et elle le croit car sa réputation le dépeint comme extrêmement poli, discret mais jamais violent. Même pour Derego il déplore d'avoir eu à laisser dans un cagibi mais sans faire usage de la force. Comme si ce cambriolage n'était pas prévu au départ. Elle veut lui poser la question mais d'abord elle saute sur l'occasion de ramener le sujet aux affaires.
[i]"Alors dites-moi, si vous n'en avez pas l'utilité que voudriez-vous en échange du bien que mon employeur désire ardemment récupérer ?
- Soit, puisque vous avez l'air de tant tenir à parler affaires... Je consens à rendre ces pierres à une condition."[/i]
Le ton n'est pas froid mais contrit.
[i]"Vous aurais-je offensé ? Rien ne nous interdit de traiter nos affaires maintenant et continuer à profiter de la soirée ensuite. Quelle est cette condition ?"[/i]
Il se tait un instant, puis se penche légèrement vers elle. Elle ne recule pas, on ne recule pas quand on négocie même physiquement.
[i]"J'en aurais deux, finalement. La première, je souhaite que vous rencontriez quelqu'un qu'il m'est difficile d'atteindre. Il s'agit du Noble Dastan du vieux Kadizar à Yndaros. Lorsque vous l'aurez trouvé, transmettez-lui de ma part le message suivant : ce qu'il cherche n'est pas ce qu'il désire."[/i]
[quote]Ni plus ni moi que le roi de la pègre au sein de la capitale. Le rencontrer ne doit pas être si difficile mais sortir vivant ou entier de cette entrevue, c'est plus compliqué. J'imagine qu'il a pensé en voyant nos capacités durant la poursuite, que nous serions capable d'atteindre ce bandit. Mais je n'ai pas eu le temps de me demander si c'était faisable ou non parce que... la deuxième condition...[/quote]
[i]"Quant à la deuxième condition... Je souhaite vous embrasser, sur les lèvres."[/i]
Elle se fige, elle cligne des yeux interdite.
[i]"Pardon ?"[/i]
Pour des gemmes aussi dangereuses, et la promesse tenue au mage de Karvosti que celle qui leur a laissé serait confiée à quelqu'un de sur, qu'est ce qu'un simple baiser comme tribu ? C'est ce qu'une personne sensée dirait. Mais pour elle, ce n'est pas n'importe quel tribu. Quel coffret de gemmes, aussi précieuses soient-elles, méritent qu'elle vende ainsi son tout premier baiser à un cambrioleur ? Les deux arguments se bousculent, et son visage est trop près. Elle doit gagner du temps le temps de décider, alors...
[i]"Pourquoi ? Il y en a des dizaines ce soir qui prendraient volontiers ma place."[/i]
Il répond avec assurance.
[i]"Vous êtes belle, votre voix est un délice, et vous servez une juste cause.
- Vous ignorez tout de moi et de la cause que je sers."[/i]
Elle le pense au moment où elle le dit. Comment pourrait-il savoir quoi que ce soit d'elle qui n'existe pas, factuellement, en tant qu'ambrienne. C'est alors qu'il sort de sa manche un anneau de fer qu'il lève entre deux doigt à hauteur de leurs visage. Les yeux d'Iris s'ouvrent en grand. Sa main cherche la poche cachée de sa robe dans laquelle se trouve son propre anneau. Le lui aurait-il subtilisé ? Non. Il est encore là. Celui-ci n'est pas le sien alors cela veut dire que le Merle serait... Il serait l'un des siens.
Quelque chose cède, une digue qui laisse maintenant s'écouler un torrent de certitudes et une confiance irraisonnée envers ses pairs. Tout cela se mêle au trouble qu'il a provoqué, efface la méfiance et le double jeu. Elle pose cependant la question :
[i]"Vous seriez prêt à commettre un autre vol ce soir ?
- Oui."[/i]
La réponse ne se fait pas attendre. Il n'hésite même pas comme s'il savait très bien ce qu'il fait.
[i]"... D'accord."[/i]
Un seul mot, et rien de plus. Elle le voit se pencher et glissant son bras autour de ses épaules, l'autre main lui pince le menton. C'est donc cela, être embrassée.
La plume glisse, tremblante, sur le papier. C'est une adolescente de dix sept qui décrit avec ses mots confus la douceur sucrée et la tendresse d'un instant qu'elle apprécie alors qu'elle pensait le vendre comme une transaction. La surprise laisse place à l'oubli. Ce n'est pas un vol furtif et rapide, le Merle Bleu prend son temps. Ils échangent un baiser long et langoureux sans se soucier du barbare et de la vieille dame qui ouvrent des yeux ronds depuis leur table plus loin, sans entendre le son des marches dans l'escalier ni voir Pépin surgir dans la salle.
[quote]Je l'ai blessée, n'est ce pas ? Ce n'est pas ce que je voulais j'ai... perdu la tête. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Quand j'ai repris mes esprits, j'ai entendu un "boum" non loin. J'ai tourné la tête, et j'ai vu Pépin au sol plaqué par Lothar. Tout s'est mélangé dans ma tête je... je ne savais plus où j'étais, ce que j'étais sensée faire.[/quote]
Elle raconte alors l'homme qui se lève et lui fait un baisemain : [i]"au plaisir de vous revoir un jour"[/i]. Et il s'en va vers le troisième étage. Leur échange est donc fini. Elle n'a pas eu le temps de poser son autre question. A cause de Pépin et de son intervention.
[quote]A cause de lui ? J'en ai de bonnes. C'est moi qu'il a vu en train d'embrasser le cambrioleur qu'il venait arrêter. J'imagine bien ce qu'il doit penser de moi maintenant. Et après ça, je n'ai pas vraiment été à la hauteur. Je n'avais plus les idées claires. je l'ai vu monter, redescendre, une fois ou deux je ne sais plus. Moi je suis allée près de la fenêtre, j'ai vu le Merle Bleu dans la ruelle me faire signe et disparaitre. Puis Pépin est passé près de moi, il est passé par cette même fenêtre en me faisant un signe de tête. Il est partit sans son épée. Qu'est ce qu'il croyait ? Je ne sais pas. J'étais tellement confuse, désorientée.
On aurait dû y aller peut être ? Je me suis dit qu'il allait courir après lui sur deux ou trois rues avant de le perdre et de revenir. On l'a pris à la légère, on l'a laissé y aller seul et c'est en voyant qu'il ne revenait pas qu'on a décidé de partir le chercher avec un temps de retard. Nous l'avons trouvé étendu dans une ruelle, blessé au torse avec une belle entaille. Gretta l'a soigné, il a dit que c'est le Merle Bleu qui lui a fait ça, qu'ils étaient contre lui et qu'il l'a attaqué. Je n'y ai pas cru. Je l'ai regardé et j'ai su qu'il mentait. Pourquoi il ment ? Et puis, aussitôt soigné il est repartit à sa poursuite alors qu'ils étaient bien trop loin maintenant. Je suis rentrée à l'auberge, furieuse contre lui.
Et aussi un peu contre moi.[/quote]
Elle relâche sa plume et lève les yeux vers la fenêtre et les toits de Fort-Chardon. Le Merle Bleu n'est pas un homme violent. Si il a blessé Pépin, c'est parce que Pépin a dû porter le premier coup. C'est lui qui a essayé de le blesser, peut être même de le tuer. Voilà qui risque de compromettre l'accord qu'elle vient de passer avec lui. Idiot de Pépin.
Et en même temps, il est soldat. C'est son rôle d'arrêter les criminels. Mais tuer un homme pour un vol de ceinture et de quelques gemmes, sans violence ? D'accord c'est un délit, mais le tuer pour ça ?
[quote]Est-ce que je me suis trompée. Est-ce que finalement la loi ambrienne, c'est comme ça ? Est-ce que les gardes ne valent pas mieux que les Manteaux Noir, qui tuent pour rien dès qu'un acte ou une parole dévie de leur doctrine sans aucune mesure ? C'est une vie, on ne prend pas une vie comme ça juste pour empêcher quelqu'un de fuir, juste pour ne pas échouer ! Un échec on peut le réparer, une vie on ne peut la rendre. Pépin, qu'est ce que tu as fait ? Me suis-je aussi trompée, est-ce là le genre de héros que tu aspires à devenir ?
Je ne sais plus où j'en suis ou ce que j'éprouve. Il faut que je me calme, que je fasse la part des choses. Il y a eu trop d'émotions ce soir. Je n'arriverais à rien si je perds mon sang froid.[/quote]
Elle ferme les yeux, recentre son esprit. Qu'est ce que Gralusur dirait, qu'est ce que père ferait ? Elle souffle, longuement. Le calme revient. Ses doigts touchent ses lèvres. Trop de choses. Trop de choses se bousculent encore. Et alors qu'elle se relève, enfile son pantalon, ses bottes, et descends les marches vers l'entrée de l'auberge pour aller prendre l'air sous le porche, elle voit Pépin entrer le regard fermé entouré par plusieurs soldats.
[i]"Iris, Lothar, Gretta, j'ai besoin de vous à la caserne maintenant."[/i]
[right][i][b]... Et merde.[/b] [/i][/right]
[/quote]