Lerith
Il y a 19 heures et 19 minutes
Péril sur Volgoma
Cher père,
Revoir le lac Volgoma aurait dû éveiller ma joie après deux années passées loin de Davokar. Hélas, je savais bien avant de revoir ses rives argentées baignées de soleil qu'un funeste péril s'était abattu sur notre foyer. Déjà au matin de notre dernier jour à Karvosti, la rumeur montait que la Mara était en chemin. J'ai mit du temps à me souvenir de ce nom que vous avez pourtant maintes fois prononcée lorsque, enfant, vous me racontiez ces histoires sur les puissantes entités qui peuplent la forêt. Notre départ en fut précipité. Croiser cette sorcière et sa cour des ombres n'a jamais été perçu comme un bon présage et nous nous sommes mis en route promptement. Cela n'a pas empêché le destin de nous y attendre. Car elle s'y trouvait, père. Elle était là. Et après avoir lu dans nos âmes d'un seul regard et en quelques mots, elle s'en est allée dans la brume vers l'ouest. Vers le lac Volgoma. Car là-bas, disait-elle, se jouait déjà le prochain acte d'un grand malheur.
Alors je savais. Et j'ai eu si peur, sans savoir ce que je devais craindre. Mordragulfansa est encore loin au nord est, et les trolls que nous avons rencontrés au sud se rendaient vers le lac pour rassembler nos forces contre les incursions ambriennes. Alors de quoi devais-je avoir si peur au point que la Mara elle-même se montrait ?
Les heures me sont apparues bien longues jusqu'au lac. Et pourtant je ne l'ai pas atteint sur mes deux jambes. En chemin, un scrofar nous a presque foncé dessus mais quand nous nous sommes écartés il ne nous a pas attaqué. Un animal aussi territorial soudain en fuite ? L'angoisse est vite montée. Ce n'est pas lui qui m'a blessée mais une libellule géante un peu plus loin. J'ai bien failli y rester mais les autres m'ont protégé avec bravoure. Il est plus que temps, je crois, que je mette en pratique le sort que je travaille depuis longtemps.
Nous avons campé à couvert près de la berge, mais déjà les colonnes de fumée s'élevant au-dessus des arbres partout autour du lac jusqu'à l'horizon laissaient présager de ce qui se passait. Et je ne comprenais toujours pas comment, ni pourquoi. Un seul de ces villages autonomes se trouvait entre nous et le bosquet elfe de la rive ouest. En le traversant nous n'avons vu que cendres et cadavres, mais aucun ennemi vivant ou mort. Il n'y avait que des ambriens et d'autres créatures, de ceux qui vivent en paix loin de la reine. Lothar a ramassé un masque rouge de Saar-Kahn. Mais qu'est ce que les Saar-Kahn viennent faire si loin au sud de leur territoire ? Leur violence ne me surprend pas, mais ils n'ont pas de raison de descendre si proche de Volgoma à moins qu'il se soit passé quelque chose.
Vu la situation, j'ai pris le risque d'amener tout le monde au bosquet. Le lac n'est plus du tout sûr, et je n'ai pas oublié vos ordres. Je dois assurer sa sécurité quoi qu'il m'en coûte. L'accueil fut glacial mais on m'a reconnu. J'esperais vous retrouver, que vous sauriez quoi faire, mais l'on m'a dit que vous étiez partit depuis déjà deux semaines. C'est dame Leiana et ma chère Tara'kel qui m'ont informée de la situation. Gralusur et son groupe eux non plus n'ont pas été vus depuis que les attaques ont commencé. Et les attaques se multiplient. Trois fronts, comment est-ce possible. Ambria au sud, les Saar-Kahn, et à l'est la forêt qui se réveille et se défend, s'en prenant aussi bien aux intrus qu'à nous sans distinction. Comment le pacte pourra t-il tenir face à tous ces assauts ?
Et dans tout ce tumulte, Pépin devient de plus en plus agaçant. Oh, je sais qu'il veut bien faire, il a l'âme d'un héros en devenir. L'espoir d'Ambria n'est ce pas ? Mais il ne comprend pas, il ne réfléchit pas. Il agit comme s'il avait le pouvoir d'influer sur le cours des évènements et même sur le conflit entre le Pacte et Ambria. Il pose des questions sur notre organisation, il s'improvise médiateur et diplomate en demandant à nos anciens s'ils seraient prêts à faire la paix. Mais bon sang si c'était aussi simple, il y a longtemps que le seigneur Elori aurait obtenu quelque chose depuis Yndaros ! Tout ce qu'il va gagner c'est de se faire écorcher vif à force de forcer le contact et de jouer les moralisateurs devant les elfes d'été déjà prompts à le transformer en hérisson sans user du moindre sortilège. Je fais tout ce que je peux pour le garder en vie mais je peine déjà à me protéger moi-même...
Tara'kel se montre amicale au moins, mais on ne pourra pas rester ici. Dame Leiana et les autres disent que le bosquet n'est plus un endroit sûr. A notre arrivée, j'ai vu des corps alignés le long du sentier. Je n'en avais jamais vu çà l'intérieur même du village. Et quand j'ai demandé pour les Mushröhms... on m'a montré les corps. Je ne l'ai pas dit à Stenlay, pas encore. Je ne pourrais pas lui cacher éternellement que ses parents, s'ils ont pu fuir, n'ont pas atteint le bosquet en vie. Il faudra que je le fasse, avant de partir. Mais pour l'heure, nous avons besoin de repos.
Je les ai amené à la maison en votre absence, puissiez-vous me pardonner cet écart. C'est un peu petit pour cinq mais c'est l'affaire de quelques jours tout au plus. Le temps d'avancer sur notre mission. Je n'ai pas dormi dans mon lit depuis si longtemps. Comme vous pouvez me manquer, père.
Votre Iris
Cher père,
Je ne pensais pas vous écrire si vite après ma dernière lettre. Mais J'ai croisé Eral tout à l'heure, il se rendra bientôt vers le nord avec les autres et je veux croire qu'il vous trouvera avant moi. Il vous confieras toutes les lettres que je n'ai pu vous faire parvenir ces dernières semaines, et celle-ci. Dame Leiana dit qu'une réunion des anciens va se tenir, elle est restée vague mais cela se comprend. Pépin pose beaucoup de questions sur le Pacte et sa hiérarchie. Je n'ai rien dit à propos du grand prince Eneàno, je préfère le laisser dans l'ignorance tant qu'il demeure une légende pour les ambriens, tout comme les villes elfiques du nord que je n'ai jamais vu de mes yeux mais que j'espère de tout cœur en sécurité, et vous aussi. Je me suis doutée que si réunion des anciens il y a, c'est que le grand commandant du pacte va tenir conseil et vous a rappelé avec les autres elfes d'automne.
Vous m'avez jadis trouvé bien impatiente lorsque je réclamais des histoires sur ce monde qui m'est encore interdit. Aujourd'hui, je prie pour que l'on ne m'y envoie jamais vous y retrouver car j'ai peur de ce que j'y verrais.
Lors de notre excursion de deux jours sur le lac, dans le refuge des hommes-crapaud j'ai reçu la vision d'un avenir où je vous voyais gisant entre les arbres, nos frères comme des silhouettes dans la brume. Si c'est là un futur possible pour moi, tant que je demeure loin de vous je ne pourrais vous voir mourir. Cette pensée me torture, car hier encore j'avais hâte de vous revoir. J'implore les esprits de porter ces lettres vers vous avec les informations qu'elles contiennent, ou que dame Leiana, Eral ou quiconque ayant connaissance des indices que nous avons semés se frayera un chemin jusqu'à vous. Le conseil saura quoi faire n'est ce pas ? Le Pacte a tenu bien plus longtemps que le royaume d'Ambria et celui d'Albérétor avant lui, il ne peut disparaitre face à tel péril.
Je poursuivrais ma mission tant qu'il sera nécessaire, puisque vous n'êtes pas en mesure de nous retrouver. Nous quitteront bientôt le bosquet pour la pyramide de Serand où se serait rendu l'homme crapaud susceptible de détenir l'une des pierres que nous cherchons à récupérer. Ce n'est pas si loin, mais si la forêt se réveille je redoute ce que nous allons y retrouver. Il faut terminer cette mission et ramener le groupe en Ambria, en sécurité. Si l'on m'avait dit qu'un jour je trouverais ce royaume plus sûr que mon foyer, je ne l'aurais pas cru. Quitter Volgoma si tôt, après une si longue absence, me brise le cœur. Mais vous m'avez confié une tâche dont je compte m'acquitter avec soin jusqu'à ce que tout péril soit écarté. Le reste n'a pas d'importance.
Pour vous, pour le Pacte. Jamais vraiment des vôtres mais pour toujours à vos côtés.
Votre Iris
[quote]Lerith
[h2]Péril sur Volgoma [/h2]
Cher père,
Revoir le lac Volgoma aurait dû éveiller ma joie après deux années passées loin de Davokar. Hélas, je savais bien avant de revoir ses rives argentées baignées de soleil qu'un funeste péril s'était abattu sur notre foyer. Déjà au matin de notre dernier jour à Karvosti, la rumeur montait que la Mara était en chemin. J'ai mit du temps à me souvenir de ce nom que vous avez pourtant maintes fois prononcée lorsque, enfant, vous me racontiez ces histoires sur les puissantes entités qui peuplent la forêt. Notre départ en fut précipité. Croiser cette sorcière et sa cour des ombres n'a jamais été perçu comme un bon présage et nous nous sommes mis en route promptement. Cela n'a pas empêché le destin de nous y attendre. Car elle s'y trouvait, père. Elle était là. Et après avoir lu dans nos âmes d'un seul regard et en quelques mots, elle s'en est allée dans la brume vers l'ouest. Vers le lac Volgoma. Car là-bas, disait-elle, se jouait déjà le prochain acte d'un grand malheur.
Alors je savais. Et j'ai eu si peur, sans savoir ce que je devais craindre. Mordragulfansa est encore loin au nord est, et les trolls que nous avons rencontrés au sud se rendaient vers le lac pour rassembler nos forces contre les incursions ambriennes. Alors de quoi devais-je avoir si peur au point que la Mara elle-même se montrait ?
Les heures me sont apparues bien longues jusqu'au lac. Et pourtant je ne l'ai pas atteint sur mes deux jambes. En chemin, un scrofar nous a presque foncé dessus mais quand nous nous sommes écartés il ne nous a pas attaqué. Un animal aussi territorial soudain en fuite ? L'angoisse est vite montée. Ce n'est pas lui qui m'a blessée mais une libellule géante un peu plus loin. J'ai bien failli y rester mais les autres m'ont protégé avec bravoure. Il est plus que temps, je crois, que je mette en pratique le sort que je travaille depuis longtemps.
Nous avons campé à couvert près de la berge, mais déjà les colonnes de fumée s'élevant au-dessus des arbres partout autour du lac jusqu'à l'horizon laissaient présager de ce qui se passait. Et je ne comprenais toujours pas comment, ni pourquoi. Un seul de ces villages autonomes se trouvait entre nous et le bosquet elfe de la rive ouest. En le traversant nous n'avons vu que cendres et cadavres, mais aucun ennemi vivant ou mort. Il n'y avait que des ambriens et d'autres créatures, de ceux qui vivent en paix loin de la reine. Lothar a ramassé un masque rouge de Saar-Kahn. Mais qu'est ce que les Saar-Kahn viennent faire si loin au sud de leur territoire ? Leur violence ne me surprend pas, mais ils n'ont pas de raison de descendre si proche de Volgoma à moins qu'il se soit passé quelque chose.
Vu la situation, j'ai pris le risque d'amener tout le monde au bosquet. Le lac n'est plus du tout sûr, et je n'ai pas oublié vos ordres. Je dois assurer sa sécurité quoi qu'il m'en coûte. L'accueil fut glacial mais on m'a reconnu. J'esperais vous retrouver, que vous sauriez quoi faire, mais l'on m'a dit que vous étiez partit depuis déjà deux semaines. C'est dame Leiana et ma chère Tara'kel qui m'ont informée de la situation. Gralusur et son groupe eux non plus n'ont pas été vus depuis que les attaques ont commencé. Et les attaques se multiplient. Trois fronts, comment est-ce possible. Ambria au sud, les Saar-Kahn, et à l'est la forêt qui se réveille et se défend, s'en prenant aussi bien aux intrus qu'à nous sans distinction. Comment le pacte pourra t-il tenir face à tous ces assauts ?
Et dans tout ce tumulte, Pépin devient de plus en plus agaçant. Oh, je sais qu'il veut bien faire, il a l'âme d'un héros en devenir. L'espoir d'Ambria n'est ce pas ? Mais il ne comprend pas, il ne réfléchit pas. Il agit comme s'il avait le pouvoir d'influer sur le cours des évènements et même sur le conflit entre le Pacte et Ambria. Il pose des questions sur notre organisation, il s'improvise médiateur et diplomate en demandant à nos anciens s'ils seraient prêts à faire la paix. Mais bon sang si c'était aussi simple, il y a longtemps que le seigneur Elori aurait obtenu quelque chose depuis Yndaros ! Tout ce qu'il va gagner c'est de se faire écorcher vif à force de forcer le contact et de jouer les moralisateurs devant les elfes d'été déjà prompts à le transformer en hérisson sans user du moindre sortilège. Je fais tout ce que je peux pour le garder en vie mais je peine déjà à me protéger moi-même...
Tara'kel se montre amicale au moins, mais on ne pourra pas rester ici. Dame Leiana et les autres disent que le bosquet n'est plus un endroit sûr. A notre arrivée, j'ai vu des corps alignés le long du sentier. Je n'en avais jamais vu çà l'intérieur même du village. Et quand j'ai demandé pour les Mushröhms... on m'a montré les corps. Je ne l'ai pas dit à Stenlay, pas encore. Je ne pourrais pas lui cacher éternellement que ses parents, s'ils ont pu fuir, n'ont pas atteint le bosquet en vie. Il faudra que je le fasse, avant de partir. Mais pour l'heure, nous avons besoin de repos.
Je les ai amené à la maison en votre absence, puissiez-vous me pardonner cet écart. C'est un peu petit pour cinq mais c'est l'affaire de quelques jours tout au plus. Le temps d'avancer sur notre mission. Je n'ai pas dormi dans mon lit depuis si longtemps. Comme vous pouvez me manquer, père.
[right][i][b]Votre Iris[/b][/i][/right]
[center][img]https://i.postimg.cc/bY6x3Sjk/separateur.png[/img][/center]
Cher père,
Je ne pensais pas vous écrire si vite après ma dernière lettre. Mais J'ai croisé Eral tout à l'heure, il se rendra bientôt vers le nord avec les autres et je veux croire qu'il vous trouvera avant moi. Il vous confieras toutes les lettres que je n'ai pu vous faire parvenir ces dernières semaines, et celle-ci. Dame Leiana dit qu'une réunion des anciens va se tenir, elle est restée vague mais cela se comprend. Pépin pose beaucoup de questions sur le Pacte et sa hiérarchie. Je n'ai rien dit à propos du grand prince Eneàno, je préfère le laisser dans l'ignorance tant qu'il demeure une légende pour les ambriens, tout comme les villes elfiques du nord que je n'ai jamais vu de mes yeux mais que j'espère de tout cœur en sécurité, et vous aussi. Je me suis doutée que si réunion des anciens il y a, c'est que le grand commandant du pacte va tenir conseil et vous a rappelé avec les autres elfes d'automne.
Vous m'avez jadis trouvé bien impatiente lorsque je réclamais des histoires sur ce monde qui m'est encore interdit. Aujourd'hui, je prie pour que l'on ne m'y envoie jamais vous y retrouver car j'ai peur de ce que j'y verrais.
Lors de notre excursion de deux jours sur le lac, dans le refuge des hommes-crapaud j'ai reçu la vision d'un avenir où je vous voyais gisant entre les arbres, nos frères comme des silhouettes dans la brume. Si c'est là un futur possible pour moi, tant que je demeure loin de vous je ne pourrais vous voir mourir. Cette pensée me torture, car hier encore j'avais hâte de vous revoir. J'implore les esprits de porter ces lettres vers vous avec les informations qu'elles contiennent, ou que dame Leiana, Eral ou quiconque ayant connaissance des indices que nous avons semés se frayera un chemin jusqu'à vous. Le conseil saura quoi faire n'est ce pas ? Le Pacte a tenu bien plus longtemps que le royaume d'Ambria et celui d'Albérétor avant lui, il ne peut disparaitre face à tel péril.
Je poursuivrais ma mission tant qu'il sera nécessaire, puisque vous n'êtes pas en mesure de nous retrouver. Nous quitteront bientôt le bosquet pour la pyramide de Serand où se serait rendu l'homme crapaud susceptible de détenir l'une des pierres que nous cherchons à récupérer. Ce n'est pas si loin, mais si la forêt se réveille je redoute ce que nous allons y retrouver. Il faut terminer cette mission et ramener le groupe en Ambria, en sécurité. Si l'on m'avait dit qu'un jour je trouverais ce royaume plus sûr que mon foyer, je ne l'aurais pas cru. Quitter Volgoma si tôt, après une si longue absence, me brise le cœur. Mais vous m'avez confié une tâche dont je compte m'acquitter avec soin jusqu'à ce que tout péril soit écarté. Le reste n'a pas d'importance.
Pour vous, pour le Pacte. Jamais vraiment des vôtres mais pour toujours à vos côtés.
[right][b]Votre Iris[/b][/right][/quote]