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Kikyo Kurusu

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Lerith Il y a 10 mois et 2 semaines



[fiche à mettre à jour ...]
Lerith Il y a 10 mois et 2 semaines

fiche de jeu


Caractéristiques

PV : 3/3
ATT : +1
DEF : +0
AFFLICTION : +0
RENFORT : +0
SUPPORT : +1 (bouclier)
Archétype : Heal
Compétence martiale : Réflexes
BONUS MENTOR ACTIF

XP : 65/555

Cristal de Job

Aucun

Capacité spéciale :

Voix de la Volonté : Dans un moment de doute, de peur, ou même de soumission à une affliction mentale, une force mystérieuse se manifeste et dresse une barrière invisible autour de votre esprit. Votre volonté est inflexible et vous refuser de vous laisser faire ! (le malus que vous auriez dû subir est annulé... pour cette fois !)

Équipement spécial :

Atropia : Nouliths offerts par Silius, quatre aiguillons dont la particularité est d'être conçus pour une précision chirurgicale accrue, augmentant la puissance d'attaque. Curieux pour une arme de soigneur. (aucune stat affectée, purement visuel)
Daisho de la Grue : Équipement traditionnel d'un duelliste Kakita composé d'un katana forgé à Tsuru et d'un wakizashi.

Compétences Annexes

Physiques

  • Force : 0
  • Dextérité : 1
  • Réflexes : 5
  • Constitution : -2
  • Athlétisme : 2
  • Acrobatie : 1
  • Escalade : 1
  • Natation : 1
  • Équitation/ Pilotage : 3

Sensorielles

  • Détection : 1
  • Survie : 0
  • Pistage : 0
  • Éloquence : 4
  • Mémorisation : 1
  • Discrétion : 0

Intellectuelles

  • Connaissances en magie <Noologie> : 2
  • Connaissances <Nym> : 1 (+2)
  • Connaissances en magie <Tisseur de Songes> : 2
  • Connaissance <Doma> : 2
  • Connaissance <Dressage> : 1
  • Connaissance <Langue des signes> : 1
  • Navigation : 1
  • Médecine : 1
  • Artisanat <Cuisine> : 1
  • Botanique : 0(+1)
  • Minerais : 0
  • Pêche : 0

Clandestines

  • Crochetage : 1
  • Larcin : 0
  • Camouflage / Déguisement : 0
  • Pièges : 0

Artistique

  • Peinture/dessin : 1
  • Musique <Shamisen> : 2
  • Danse : 1
  • Cérémonie du Thé : 3

Transcendance

Voie de la Grue (50XP) : Les duellistes Kakita sont rapides, très rapides, au détriment de leur endurance. Ils sont taillés pour les duels au premiers sang, brefs et parfois mortels. Si Kikyo arrive première à l'initiative, son corps s'entoure d'une aura blanche. Au cinquième tour, si le combat n'est pas terminé, elle peut choisir de lancer une attaque éclair qui retire immédiatement 2PV à l'ennemi. Elle sera ensuite hors combat pour le reste de la session.
Si elle choisit de ne pas lancer son attaque, l'aura s’estompe au cinquième tour et ne peut plus se réactiver.

Historique de gain d'XP

Spoiler : cliquez pour afficherEntraînement à la Guilde des Novices : 3XP
L’Éveil du Tigre : 6XP
La Loi des Plaines : 8XP
Sortie à Anima Sola : 2XP
Ce n'est pas de la contrebande : 3XP
Les Démons d'Orvallon : 10XP
Les Echos de Nym : 16XP
Lunule, l'île mystérieuse : 3XP
Repas hebdomadaire : 1XP
Alliés ou Ennemi ? : 5XP
Voyage jusqu'à l'Echo de Worlar : 1XP
La Poursuite : 12XP
Au Cœur du Dédale : 10XP


Total XP : 555
Lerith Il y a 4 jours et 23 heures
[Post à venir, index des chroniques du Diamant]

1. Ainsi vint l'Aurore
2. Le Tigre et la Grue
Lerith Il y a 4 jours et 23 heures


Recevoir un nom à la naissance est le premier don que l'on reçoit, celui qui nous relie à nos ancêtres. Certaines croyances prophétisent une part de notre avenir selon le nom que l'on reçoit. En orient, certains choisissent un nouveau nom à l'âge adulte, une fois en âge de prendre en main leur propre destin ; c'est une tradition comme une autre. En ce qui me concerne, j'ai gardé le miens. Je n'ai compris que bien plus tard ce que ma mère avait prédit en me mettant au monde. Elle, croyait en le pouvoir d'un nom ; moi aussi depuis.
Kikyo, celle qui doit renaître, fut un vœu plus qu'un présage lorsqu'elle me serra contre elle pour la première fois. Si j'étais trop jeune pour m'en souvenir, c'est elle qui me l'a raconté, elle et les autres prisonniers du camp où j'ai passé mon enfance.

Kagome Tenshi était une raenne, miko dans un temple alloué aux ancêtres et aux kamis du sanctuaire voisin d'Inu-dori. La religion occupait son temps mais pour ce qui est de la morale, je doute qu'elle aurait persisté dans cette voie si Garlemald avait échoué à conquérir Doma. Sa rencontre avec mon père nous renvoie à ces heures sombres où l'occupation commençait, un village après l'autre. Ceux qui ont essayé de résister n'ont pas tenu longtemps mais cela n'a pas empêché les patriotes de se battre jusqu'au bout. Genzo Kakita s'est battu. Je ne sais de lui que ce qu'on m'en a dit, et la seule faute qu'il a sans doute commise au cours de sa vie puisque ma mère n'était pas son épouse. Il avait laissé sa femme et son fils en sécurité avant de rejoindre les autres samourais refusant la reddition. La dernière nuit de sa vie, il l'a passée avec ma mère. Il est mort le lendemain, peu avant le coucher du soleil, avec d'autres. Ceux qui survécurent furent arrêtés, et envoyés en prison. C'est en cellule que ma mère découvrit qu'elle était enceinte. Et c'est à l'ombre des barreaux que je vis le jour dans une nation occupée.

Privée de liberté, privée de la culture de mon pays, je ne fus pas privée de mère ni d'amour. En cela je m'estime mieux lotie que de nombreux enfants élevés dans des orphelinats sous le joug de Garlemald. Certes, nous étions en prison, mais l'enfant que j'étais ne savait pas ce que cela signifiait car c'était tout ce que je connaissais. Avec du recul, je prends conscience de tous les efforts qu'elle a fait pour moi, pour me préserver du malheur et des privations.
Elle travaillait du matin au soir à je ne sais quelles corvées, me confiant à d'autres prisonniers aux cuisines pendant son absence. Je pleurais à son départ comme tous les enfants, sans savoir qu'elle me laissait au chaud et au sec, à portée de nourriture et de la bienveillance de certains de nos geôliers. Je n'ai pas grandi dans la haine de l'occupant. Dans mes souvenirs, la plupart étaient gentils avec moi. Certains m'apportaient des jouets ou des livres. Ils faisaient preuve de compassion à notre égard. Je me souviens de mon premier onigiri au poisson frais. J'ai à peine senti le goût. C'est parce que les aliments qu'on nous donnait étaient souvent secs ou avariés, alors pour passer le goût infect les cuisiniers épiçaient les plats à outrance. Cela marchait plutôt bien mais mon palais n'ayant connu que cela, je ne suis plus capable de ressentir le gout d'un aliment qui ne soit pas épicé ou sucré. C'est un sujet de plaisanterie pour mes proches aujourd'hui, peu sont au courant de ce détail.
Pour tromper l'ennui, je jouais près des barrières du camp qui bordent la forêt d'Inu-dori. Mère me racontait des histoires à propos des créatures qui y vivent et je m'imaginais les rencontrer. C'est au pied de ce mur qu'est apparut pour la première fois ce désir de liberté et la conscience des chaînes que je portais, comme tous les autres prisonniers, comme mon peuple tout entier. J'avais sept ans lorsque je vis Akio pour la première fois, son pelage blanc entre les arbres. Il était comme un rêve éveillé, et j'ai commencé à croire que toutes ces histoires sont vraies.

A l'âge de neuf ans, je quittais enfin le camp avec ma mère qui avait été "libérée" pour bonne conduite et recrutée comme domestique dans la demeure d'un officier impérial dans le village voisin. Je n'en connais pas les détails mais notre vie s'est améliorée. Nous avions une vraie chambre avec les autres serviteurs, mangions à notre faim. Je suis allée à l'école, celle régie par l'occupant évidemment. On m'autorisa même à apprendre le maniement du sabre avec un bokken et j'en étais très heureuse. Je me sentais proche de mon père lorsque je m'entraînais. Je posais beaucoup de questions en douce, le soir, sur lui et sur la famille Kakita. Mère ne m'a jamais cachée la nature de leur liaison ni la condition qui attendait les enfants nés d'un adultère. Elle voulait honorer sa mémoire, mais aurait souhaité que je me fasse oublier. J'étais bien trop têtue. Je me suis mise en tête de devenir forte et d'aller les rencontrer un jour lorsque je serais grande. J'ai redoublé d'ardeur dans mon apprentissage, répétant les mouvements jusque tard le soir. Je n'ai pas remarqué que, derrière ses sourires doux et chaleureux, sa santé déclinait.
J'avais treize ans quand elle a succombé à une pneumonie. Officiellement, c'est la cause de son décès. Aujourd'hui je sais que la maladie ne fut que le résultat d'années de privations et d'épuisement. Elle savait si bien cacher son mal. Une part de moi regrette de n'avoir rien vu venir, de n'avoir rien fait ou au moins essayé de l'aider davantage. Ma mère était un modèle de résilience et d'abnégation.

Ni servante ni condamnée, ont me mit à la porte de la maison le jour suivant ses obsèques. Sans famille et sans soutient, je n'avais alors que deux choix : l'armée ou le caniveau. J'ai fait le choix de la survie en devenant soldat pour l'armée impériale.


A l'armée, j'ai connu le meilleur comme le pire de Garlemald. Cette expérience me rappelle encore bien souvent qu'un peuple n'est pas toujours le reflet de ses dirigeants et que les domiens, même asservis, n'étaient pas tous d'innocentes victimes ou résistants silencieux. La liste est longue de ce que j'ai pu voir de bon ou de mauvais au fil du temps et ce récit prendrait aisément un livre entier.
On a voulu me faire accuser d'empoisonnement le jour où un des officiers supérieurs a voulu m'ôter le pain de la bouche, au sens littéral. Trop épicé pour lui, mais ce sont d'autres soldats impériaux qui ont plaidé ma cause dont Lantis. Mon seul véritable ami. Médecin militaire tout juste diplômé à l'époque il a veillé sur moi comme sur d'autres. Il m'a tenu la main lorsque j'ai été blessée, a remarqué que j'avais une bonne oreille et m'a soutenue lorsque j'ai voulu me porter à la communication. Le soir où je fus violée par un autre officier du médical, il était dans le couloir à attendre que je sois "congédiée" pour me ramener au dortoir. Lantis était quelqu'un de bien. Il avait appris à aimer l'orient, Yanxia et la culture que son empereur voulait nous faire oublier. Il disait qu'à la fin de son service militaire il m'emmènerait à Garlemald si je le voulais. Je ne savais pas ce que je voulais mais cela me faisait du bien. De quinze à vingt ans il fut mon ancre, mon espoir d'un avenir meilleur dans une nation que je craignais de voir détruite ; celle de ma mère et de mon père, de mes ancêtres.

On me demande encore aujourd'hui, lorsque j'évoque ce passé, si Lantis et moi étions amoureux. Je peux maintenant dire que non mais à l'époque j'ignorais ce qu'est d'aimer un homme. J'aimais Lantis, différemment. Peut-être que si nous avions eu plus de temps ou si les choses avaient été différentes, j'aurais pu tomber amoureuse de lui. Mais Doma a été libérée dans un fracas retentissant.

Nous étions en poste au château de Doma avec plusieurs autres cohortes quand plusieurs explosions ont retentit et que les bâtiments ont commencé à s'effondrer. Une brèche s'est ouverte dans le mur, on pouvait voir l'autre rive et les silhouettes des résistants. Nous avions ordre d'évacuer avec les autres, et j'allais obéir, mais Lantis m'a pris par les épaules et m'a regardé dans les yeux.
"Pars, maintenant."
Il m'a poussé dans le trou, et j'ai couru puis nagé, complètement sonnée. Je ne réfléchissais plus. Ce jour-là mon ami m'a évité le rapatriement vers Garlemald avec les autres domiens enrôlés de force qui servirent d'otages par la suite dans des négociations de paix factices. Au lieu de cela, j'ai rejoint la résistance. Et quand on m'a demandé mon nom, j'ai répondu sans réfléchir : "Kikyo Kakita". On m'a amenée jusqu'à Tsuru, et la demeure du Clan de la Grue. Je ne pensais me faire accepter. Je me suis souvenue de ce que ma mère m'avait dit, de ce que les familles comme celle-ci faisaient des enfants illégitimes. Je savais que mon père avait une épouse, qu'il avait un fils.

Sanjuro Kakita. Mon demi frère.

Il était tout ce que je veux croire que notre père était. Un hyur, grand, aux yeux bleu turquoise. Impassible, discipliné, mais juste. Alors que le daimyo Kakita no Yaten questionnait le peu d'hommes vivants au sein du clan sur le sort qui m'attendait, il a parlé sans me quitter des yeux. Il a dit qu'il ne pouvait se souvenir du visage de Genzo Kakita avec précision mais qu'il le voyait dans mes yeux. Il a dit qu'il voyait sa sœur, et défendrait mon honneur et le sien contre toute personne qui refuserait de me nommer autrement que comme telle. Je suis véritablement devenue Kikyo Kakita ce jour-là, et j'ai voulu marcher sur les traces de mon père aux côtés de son fils légitime et la mère de ce dernier. Minako-dono aurait pu me détester mais elle ne fit montre d'aucun grief à mon égard faute de m'adresser la parole plus que le strict nécessaire. Je ne pense pas que ce fut par gêne ou méchanceté. C'est simplement ce que sont les femmes de la famille Kakita. Je n'allais pas tarder à le découvrir.

Ce n'était pas encore la renaissance promise, mais elle n'allait pas tarder à apparaître.
Lerith Il y a 4 jours et 23 heures


J'ai appris son nom bien après l'avoir vu pour la première fois, et bien avant qu'il me rencontre. La libération de Doma fit éclore au grand jour les trahisons des dernières décennies et justice devait être rendue pour ma famille et bien d'autres touchées par la menace du clan de l'Araignée. Nombre d'alliés, domiens et eorzéens, se joignirent à nous pour la dernière bataille qui nous opposa au péril de la Maho et des abominations d'Onigumo. On l'appela la Bataille des Plaines d'Or, plateau montagneux ancienne place forte du clan Matsu dont il ne reste à ce jour qu'un seul survivant ; si l'on exclut les deux enfants qu'il a eu depuis avec l'héritière Kakita.
Je me trouvais avec Sanjuro-niisama et les autres samourais de la Grue. Submergés par nos ennemis, nous devions tenir le temps qu'un groupe perce jusqu'au monstre qui s'élevait au-dessus de la muraille. Ils ont combattu bravement, chacun d'entre eux. Mais le dernier coup fut porté par cet homme inconnu, un mercenaire domien. Sa lame-qui-fend-la-lune coupa en deux l'araignée géante qui disparut, son armée avec elle.

Cette bataille, et le fait que j'y ai survécu, me légitima plus ou moins auprès des Kakita. Ce fut moins pour la parole de mon demi-frère que par nécessité. De tous les samourais portant l'emblème de Tsuru nous n'étions plus que quatre. Pour reconstruire le clan et sauver les apparences d'une noblesse en déclin, même une bâtarde avait son utilité. Jusqu'ici, j'avais obtenu le droit d'intégrer le dojo et de me perfectionner au iaido. Sous la tutelle de Kyo-sensei j'ai acquis la maîtrise du Tsuru-no-ken et Sanjuro-niisama me fit cadeau d'une lame forgée par nos ancêtres. J'étais fière. Je pensais trouver mon bonheur dans son ombre, en tant que sœur, même s'il m'était interdit de me présenter comme telle en public ou même d'apparaître devant les invités. Je me disais que c'était mieux que rien, que j'honorais mon père en silence. On finit par me confier une mission diplomatique. Sans doute Minako-dono avait insisté en ma faveur. Une fois les cendres de la bataille retombée, je fus envoyée en Eorzea rejoindre mon frère occupé à chercher des habitants de Tsuru au Glas des Revenants. En chemin, je devais rencontrer les chefs de tous les groupes ayant contribué à notre victoire afin de leur transmettre la reconnaissance de mon clan. Cela incluait de me rendre au Thanalan, me présenter à ce mercenaire dont le bras avait attiré mon regard : Akira Kurusu.

Il m'a reçue comme une invitée, a accepté les remerciements de mon clan et le Mon offert en récompense, symbole de la dette que notre daimyo estimait avoir envers lui. Qu'il l'utilise ou non, être l'émissaire de ce présent me fit réaliser l'importance que l'homme devait avoir aux yeux des miens. Il me fascinait, mais je devais rester à ma place. Après qu'il m'ait offert l'hospitalité pour une nuit je pensais ne plus le revoir. Évidemment je me trompais. Sanjuro-oniisama souhaitait rester un peu plus longtemps en Eorzea et alors que je l'attendais au quartier de Brumée je revis cet homme. Je le revis à nouveau lorsque nous sommes rentrés en orient et assistions au peuplement des premiers secteurs de Shirogane. Je ne me souviens plus de quoi nous parlions, c'est étrange, je me souviens seulement que lorsque nous nous croisions dans une allée ou un jardin, nous marchions un peu ensemble. Cela pouvait durer plus d'une heure avant que nous reprenions notre route. Une fois, il m'a raconté les origines du thé noir hingashien que j'appréciais déjà beaucoup. Et puis un soir, il m'a invitée à l'accompagner à une soirée d'inauguration pour un centre humanitaire appelé "la Rose des Sables". Lorsque je confiais cela à mon frère, il eut un silence puis il me demanda de poursuivre ces échanges car il souhaitait le rapprocher de notre famille. Ce n'est que  bien des lunes plus tard qu'il me confessa son désir à l'époque, de me voir provoquer la suite des évènements.
L'automne vint avec une lettre, la première que j'ai reçu de toute ma vie et elle venait de Kurusu-dono. Il me disait être rentré blessé d'une mission périlleuse avec le groupe Fraternité au cours de laquelle il avait découvert son héritage. Il était le descendant et héritier légitime de Byakuren, seigneur du Lotus Blanc tombé à Monzen. Il était daimyo, il allait reformer son clan et serait l'égal de ceux qu'il côtoyait en bien ou en mal. Il était blessé, c'est tout ce qui m'importa sur le moment, et le fait qu'il m'invite à me rendre chez lui à Shirogane où il comptait s'établir définitivement. Sanjuro-niisama m'y encourageait. Il me fit nommer officiellement émissaire de notre famille auprès du Lotus Blanc.
Je me souviens très bien des semaines qui ont suivi, des feuilles qui tombaient dans ce jardin. Je vivais quasiment à mi-temps dans le pavillon de Kurusu-dono et chaque voyage de retour vers Tsuru je me hâtais pour y revenir. Je me disais que c'était moins pesant, que je m'y sentais moins indésirable, que je me sentais utile dans mon rôle d'émissaire. Celle que je suis aujourd'hui reconnait en mon attitude tous les signes que je comprenais pas à l'époque, moi qui n'avais jamais aimé et ne fut jamais aimée d'aucun homme avant lui. Le premier sourire qu'il me fit, je dissimulais le bas de mon visage dans l'eau chaude du onsen. Il venait de me dire que j'avais une belle nuque. Le lendemain, je portais les cheveux relevés. Je le fais encore souvent, et il sait pourquoi.
J'ai commencé à aimer la pluie quand, un jour particulièrement humide, je suis venue lui apporter du thé sur ce banc au fond du jardin qu'il aimait particulièrement. Il disait s'y sentir coupé du monde. Je me suis assise à ses côtés et il a commencé à pleuvoir. Dans mon souvenir, c'est la première fois que nous n'avons pas parlé, que nous n'avions aucun sujet de conversation et le silence s'est imposé. Il n'y avait que le son de la pluie sur les feuilles du saule et l'ombrelle plantée derrière le banc qui nous abritait. Il a posé sa tasse, puis sa main sur sa cuisse la paume ouverte à mon intention. J'ai hésité peut être une seconde mais au fond je me fichais de comprendre pourquoi ou ce qu'il pensait. J'ai simplement mis ma main dans la sienne, et j'ai senti ses doigts se lier aux miens. Aucun de nous n'a prononcé un mot. Je ne saurais même pas dire quand il est parti ou si c'est moi qui suis partie la première. Je ne me souviens que de cet instant, et de la pluie.
Je ne l'avais jamais vu, ressenti ni même envisagé sous cet angle. Non pas qu'il fut désagréable à regarder mais j'avais conscience de qui il était, de ce que j'étais moi aussi. Métisse, bâtarde, cachée, j'aurais pu m'estimer heureuse de rester célibataire et dans le meilleur des cas, d'épouser un samourai du clan qui se contenterait de peu. Pour un daimyo bientôt allié de Tsuru on aurait envisagé au moins une princesse. La fille de Yaten-dono était déjà mariée au lion Matsu mais il y avait la fille Asahina et la fille Doji, toutes légitimes et prêtes pour un tel rôle.

Et puis un jour, au détour d'une rue annexe de Kogane-dori, je croisais Lantis. Il venait de déserter lui aussi en profitant d'une permission et s'apprêtait à prendre un navire. Nous n'avons guère eu le temps de parler que déjà les soldats garlemaldais de l'Ambassade nous tombaient dessus. Notre fuite fut chaotique, et nous avons été séparés. Je suis rentrée blessée au bras, confuse et un peu honteuse devant Kurusu-dono. J'ai voulu minimiser l'altercation pour ne pas l'inquiéter. Il s'est mis en colère et m'a fait asseoir de force pour me soigner lui-même. Il ne m'en voulait pas d'avoir été blessée ni même d'avoir eu des ennuis en ville, il m'en voulait de lui avoir menti. Seulement d'avoir menti. Je lui ai fait ma première promesse, celle de ne plus jamais rien lui cacher. Je n'y ai pas dérogé depuis, pas même le plus petit mensonge. Et c'est quand je lui ai juré qu'à l'avenir il n'aurait de moi que la vérité et rien d'autre qu'il l'a dit.
Il a dit qu'il ne voulait pas seulement la vérité mais tout. Il voulait tout de moi. Il l'affirma avec tant d'assurance et de volonté que j'en eus le vertige. Et alors qu'il me fixait de ses yeux améthyste, il prononça ces mots qui restèrent gravés en moi et dont je me souviens de tout jusqu'à l'intonation de sa voix : "soyez mienne, ou je brûlerais le palais de la Grue. Je ferais ramper votre daimyo et vous serez à moi quoi qu'il puisse advenir". J'ai senti qu'il ne me laissait pas le choix ; je n'avais d'autre choix que de l'aimer. Et je l'ai aimé dès cet instant, sans entrave et sans contrepartie. Je l'ai aimé au-delà de toute raison et au-delà de ma propre vie, chaque jour un peu plus que le précédent.

Il a fait usage du Mon pour obtenir ma main au milieu de l'hiver, et il a généreusement rétribué Yaten-dono avec du bois et des pierres pour reconstruire le Palais de la Grue, cette maison bâtie par nos ancêtres qui a plus de valeur aux yeux des Kakita et des Asahina que toutes les âmes qui y vivent. L'irritation de ce choix laissa vite la place à une satisfaction hypocrite des anciens qui voyaient en cette union l'occasion d'éloigner un élément gênant de leur arbre généalogique tout en gagnant une alliance avec marchand fortuné au sang noble. Sanjuro-oniisama avait ironisé un jour, affirmant qu'ils se comportaient comme des éleveurs de chevaux fiers d'avoir vendu une mule au prix d'un pur-sang.
En quelques semaines je fus mise en lumière, traitée comme une enfant légitime, proclamée duelliste Kakita dont la lame serait dévouée à leur allié le Tigre Kurusu. On me jeta presque dans son lit comme pour s'assurer qu'il ne changerait pas d'avis. Les fiançailles furent expédiées, et je devenais une épouse avant le premier jour de l'été.  Un mariage particulièrement sanglant puisque la cohorte impériale qui chassait Lantis fit intrusion au cours du banquet et nous avons combattu en guise de prélude à notre nuit de noces, la tête de l'officier qui m'avait violenté des années plus tôt tomba en même temps que celle de la sœur de Lantis, Salieri. J'appartenais désormais pleinement corps et âme à mon mari.

Je ne prétendrais pas que ce fut aisé, que ce mariage me libéra et que ce fut la fin des problèmes liés à ma condition, à ma famille, ou que notre union était idyllique. Ceux qui nous connaissaient ou qui nous ont connu ensuite savent que j'ai commis de nombreuses erreurs tant dans mon rôle d'épouse que de samourai. Akira-sama n'a pas un caractère facile, son égo et ses colères peuvent créer bien des troubles. Il est aussi têtu que moi, pas toujours aussi clairvoyant qu'on veut bien le dire même si je lui reconnais qu'il l'est la plupart du temps. Il n'est pas ce que la plupart des femmes disent rechercher, un homme bon et attentionné, doux et gentil, il n'est rien de tout cela. Il est juste, et c'est ce qui compte. Même dans les pires moments, au plus fort de nos disputes et alors qu'il en a le pouvoir en tant que mari d'une femme domienne, il ne m'a jamais traitée injustement et n'a jamais levé la main sur moi. Son courage et sa volonté sont une source d'inspiration, il m'a constamment poussée vers le haut comme on taille un diamant brut avec le tranchant d'un outil affûté, sans m'épargner ni peine ni douleur, jusqu'à obtenir un joyau digne de sertir une couronne. Je ne serais pas celle que je suis devenue s'il n'avait été cet homme sévère et impérieux. Il a vu en moi ce que personne d'autre ne voyait, il m'a fait renaître ainsi que ma mère l'avait prédit.
Et voilà que des années plus tard et après avoir donné naissance à quatre enfants, mon cœur n'a pas changé malgré les tempêtes qui ont fait trembler les murs et notre famille. Je le dis et l'affirme, encore et encore, que malgré tout le jugement que l'on peut porter sur notre union et malgré tout ce que le monde croit savoir de ce qu'une femme devrait désirer : je n'ai que faire des petits chatons qui miaulent leurs mots doux et n'expriment leur affection qu'au travers de caresses contre la douleur et de jalousie puérile. Il n'y a que le tigre qui me fasse frémir. Car pour le meilleur et pour le pire, dans la paix comme dans le conflit, je trouve dans son rugissement le véritable sens du mot "amour".

Pour toujours, et à jamais. Watashi no tora. 

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