Horizon au Levant
L'idée est venue de Wendy au moment où, je pense, nous en avions le plus besoin. Passé ce long hiver qui accompagnait notre deuil de l'Eternal et le contrecoup d'une rude campagne, nos esprits dispersés ne demandaient peut-être qu'à se retrouver autour d'un nouveau voyage. Un voyage sans ennemi, sans péril imminent et sans la pression d'une quête millénaire. Il ne s'agissait, sur le papier, que d'une découverte de l'orient. Wendy voulait découvrir Hingashi -au moins Kugane- Yanxia et la Mer de Rubis. Peut-être aussi la Steppe d'Azim en période de Naadam. Elle ne s'attendait pas à autant de monde, preuve que nous attention une occasion comme celle-ci même inconsciemment.
Après une -longue- escale à Thavnair, nous avons passé plus de deux semaines à Kugane. Un séjour animé, que ce soit dans les bains du Bokaisen ou le marché du Kogane-dori. Je ne suis pas surprise que les premiers points d'intérêt furent les boutiques de kimonos et la nourriture locale, c'est toujours la même chose. Notons que je ne considère pas cela comme une mauvaise chose. Quel mal y a t-il à s'intéresser aux populations en premier ? Nous en avions fait de même au Tural, et avant cela dans nos précédents voyages.
Nous avons eu quelques ennuis malgré tout. Enfin, certains en ont eu. Quila et Ri'leyh se sont faites sermonner par le Kurusu-gumi toujours aussi rigide avec les ijins. Elles ne pensaient pas à mal, croyant que s'isoler dans une ruelle déserte pour s'entraîner ne dérangerait personne. Un rien dérange les hinganshiens... sauf qu'on envahisse leurs alliés voisins mais je dis cela... Enfin bref. Ils ne les ont pas non plus enfermées pour si peu. C'est Eizen qui s'est retrouvé confronté au pire avec l'enlèvement de son familier -et compagne- Harumi. Lui, Eva, Prima et Adira mènent toujours l'enquête pour la retrouver. Il peut compter sur nous bien entendu mais il est plus prudent qu'ils progressent en groupe restreint sur cette affaire. Plus tard, il nous a été révélé que ce méfait serait une tentative de reproduire le rituel impie qui a corrompu une autre kitsune protectrice de Yanxia durant l'occupation. Une bien triste histoire, j'y reviendrais.

Sur une note plus positive, Silius a profité de notre passage en Hingashi pour nous emmener sur l'île de Val, ou "Euréka" dans le milieu des aventuriers. Outre le dérèglement élémentaire qui a affecté tous ceux qui développaient déjà une affinité particulière, l'endroit abrite bien des secrets que nous ne pouvions que gratter en surface. A elle seule, l'île de Val vaudrait une expédition entière. Un jour peut-être ? Mais pas cette fois, nous avions d'autres priorités, d'autres envies, et d'autres imprévus.

Vanish n'est pas allée au bout de ce voyage. Après une semaine, elle a quitté Kugane pour rentrer à la Gardienne. Une année passée avec nous n'avait pas suffi à lui faire prendre conscience de la réalité de notre monde, de la mort et du naturel avec lequel nous pouvons la donner en mission même si nous n'y prenons aucun plaisir.
Elle a eu besoin de prendre du recul mais elle reviendra lorsqu'elle sera prête.
La Mer de Rubis a suscité plus de curiosité que je ne l'aurais cru. Nous attendions un petit groupe partit accompagner Altun et Yulia sur la Steppe ; j'ai pu négocier un transport jusqu'à Isari à bord d'un navire de commerce souhaitant négocier une cargaison de perles à Tsuru. J'ai dû m'absenter trois jours le temps de m'acquitter de cette dette. Pendant ce temps, l'expédition s'est intéressée à la vie des pêcheurs sur la côte mais aussi et surtout aux villages situés sous la surface : les kojins mais aussi le peuple de Sui-no-Sato.

La Tribu des verts s'est montrée accueillante. Leur amour des reliques et des histoires a rapidement noué des liens entre eux et nous. La pêche, la récolte d'algues et le dressage des raies, mais aussi la défense face aux kojins rouge plus agressifs, ont une fois de plus permis à ceux qui ne les connaissaient pas encore de bénéficier de la fameuse bénédiction de l'eau. Fort utile pour s'éviter la noyade, nécessaire pour accompagner Meleth dans une nouvelle étape de sa quête personnelle sur la Voie du Torrent. Les mystères des Shuangbaotai rejoignent notre dossier sur l'héritage d'Ouran, une bonne chose. L'exploration des fonds marins à dos de raie rayée en aura marqué plus d'un. Elles sont pratiques, à profondeur modérée sans forte pression c'est une expérience à faire.

Avant de poursuivre notre voyage vers Yanxia, nous avons fait une dernière halte à Onokoro -au grand damn de monsieur Mainzanet qui nourrit envers la piraterie une aversion visible, ce n'est pas moi qui vais lui jeter la pierre- pour tenter une ascension du Pilier des Cieux. En ce qui me concerne, je l'ai déjà faite. Ils étaient trois ou quatre groupes ce soir-là et ils ont plutôt bien avancé, sans doute motivés par le fameux pari du placard à balais. C'est une autre histoire, je pense que nous y reviendront.
De leur côté, Eizen et son équipe continuaient de mener l'enquête en parallèle sur la disparition de Harumi. Ils sont allés jusqu'au Couvercle des Enfers. C'est dangereux là-bas, même si les histoires autour du volcan fascinent, cela reste un volcan en activité.
Yanxia nous attendait, et cette fois j'ai pu jouer mon rôle de guide ainsi que je l'avais promis. D'abord jusqu'à Namai puis au Quartier Enclavé où se concentre aujourd'hui tous les pôles commerciaux et artisanaux de mon pays en reconstruction. Cela fait neuf ans que Doma a été libérée, il faudra certainement une génération entière pour qu'elle retrouve sa gloire passée. L'épreuve du temps qui passe est une réalité, tout ne se règle pas en un jour même quand la guerre se termine et c'est la première leçon que nos recrues encore idéalistes ont retenu avant d'en apprendre plus sur la culture et l'histoire de mon peuple.
Ils se sont intéressés à tout, c'est plaisant. Aussi bien à l'architecture, qu'à l'artisanat et la gastronomie -évidemment !- la pêche et les mœurs parfois rigides. Astera y a rencontré la fierté yanxienne devant la charité excessive, mais aussi la bienveillance devant les erreurs d'étrangers. Nous ne sommes pas à Kugane ici, on ne décapite pas un ijin pour avoir offensé un citoyen.
Les paysages les ont marqué, et à juste titre. Sur proposition de mon époux j'ai pu les emmener par petit groupe au Compas de l'Hirondelle pour leur conter l'histoire de notre fondateur. Ganen, premier roi de Doma et premier des géomanciens a laissé bien plus qu'une urne et des mots gravés dans la pierre des monts de Dairyu. Ce pèlerinage leur a plu. Il n'est de plus belle vue que celle de nos montagnes sans parler du sentier sous la Muni.

Nous sommes montés jusqu'au Sanctuaire de Jade où les esprits gardent la plus puissante relique de Ganen : le tamate-bako. Nous avons rencontré le grand-père de Hanbei qui a apporté quelques réponses à Eizen à propos de Harumi. C'est lui qui nous a parlé de la kitsune et du rituel. Eizen va rester quelques temps avec les géomanciens, il a besoin de s'entraîner. Adira aussi, va rester quelques temps en contact avec les autorités domiennes. Elle n'a rien fait de mal (même si j'ai dû aller la chercher à la caserne), elle veut seulement aider. Notre voyage a été perturbé par les failles du Néant qui ont commencé à s'ouvrir partout dans le monde. Yanxia ne fait pas exceptions même si le phénomène est moins intense que dans des lieux comme le Thanalan ou Garlemald.
Nous sommes finalement rentrés sans trop nous attarder sur la visite de la Steppe -de toute façon bien trop vaste- ou au moins du Ralliement. Ce n'est pas mois qui y mettrais les pieds de nouveau mais Wendy souhaite certainement y aller au moins une fois c'est bien normal. En guise de conclusion, Akira-sama a invité la guilde à accompagner notre famille à Monzen. Kimiko a l'âge de venir présenter ses hommages à ses ancêtres, c'était l'occasion de leur raconter ce qui s'est passé là-bas. Ils avaient déjà vu les ruines, et m'avaient posé la question du pourquoi le laisser dans cet état sans vraiment s'attarder sur les ruines de l'autre côté du pont. La Purge de Monzen, je l'ai déjà évoquée auprès d'eux mais tous ne connaissent pas le détail. Quila a été surprise d'entendre que le mot "purge" n'a rien d'une image.
Je suis heureuse que ce soit mon mari qui leur ai raconté. J'aurai pu le faire, bien sûr, mais je n'y étais pas. Je n'ai pas vu ce qui s'est passé même si je l'imagine avec horreur.
C'est une bonne façon de conclure ce voyage, en rappelant que tous ces gens ne sont pas des combattants. Nous, aventuriers, vivons de voyages et de débrouillardise, nourrissons de grands idéaux que la plupart des gens ne peuvent se permettre d'avoir. La Purge de Monzen en est la triste réalité qu'il est difficile de comprendre quand on n'a connu que la paix et l'abondance. Ce n'est pas un tort, loin de là, il en faut des gens comme Quila qui sont persuadés que même si l'on menaçait sa vie et celle de ses proches, de toute sa communauté, elle continuerait de lutter pour ses idées. Puisse t-elle ne jamais se retrouver confrontée à ces horreurs qui brisent les volontés même les plus farouches.
J'ignore ce qui ressortira sur le long terme, de ce voyage. La moitié d'entre nous connaissait déjà un peu l'orient, l'autre moitié en retiendra ce qui les aura le plus marqué. J'imagine que nous y reviendrons en excursions plus réduites, car il existe encore de nombreux endroits à voir et des histoires à raconter ; pas seulement à Yanxia. Ce que je peux dire en revanche, c'est que ce nous en sommes satisfaits. La curiosité a été aiguisée, la flamme de l'exploration ravivée, et nos liens resserrés.

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