Préface : Aethernal
Cette histoire peut se raconter de bien des façon, et débuter en de nombreux points différents selon celui ou celle qui en fera le récit. Le miens prend son envol, au sens littéral, à la fin d'un autre. Ce jour où nous avons levé le sort de bulle temporelle qui entourait l'île de la Flèche et renvoyé tous ceux qui s'y trouvaient à leur époque, celle du Sixième Fléau. Cette nuit-là, le capitaine Ako Rahz qui nous avait accompagné durant ce périple, fit le choix de demeurer sur l'île et de poursuivre son aventure dans un monde passé. Son navire devint miens et l'Eternal me choisit pour capitaine. Je l'ai été pendant plus d'un an à la suite de ces évènements.
Que nous connaissions ou non la "légende" du capitaine Rahz et de l'Eternal, ce navire et ses mystères nous passionnèrent dès le départ. Et l'appel d'une archéologue que nous avions sauvée par le passé, Mumuni Muni, ne fit qu'attiser cet attrait lorsqu'elle nous convia à son site de fouilles d'un ancien chantier naval en Noscea Extérieure. Pour certains, tout a vraiment commencé à cet endroit.

Le Septième Fléau avait dégagé plusieurs sites jusqu'ici enterré sous la roche des anciennes îles volantes de Nym devenu montagnes de Vylbrand. Nous y avons découvert cet ancien chantier naval et l'épave de l'Obsidienne. A l'époque nous n'avons pas compris tout de suite le lien avec l'Eternal mais déjà nous notions des similarités et la première évocation de cinq prototypes. Ce n'est que bien plus tard, lorsque nous avons découvert l'ancienne cachette du Pandora dans les souterrains d'Uznair que le nom de "Projet Aethernal" nous a été livré dans les archives. L'existence d'un tel projet ne m'a que peu surprise, moins que le miracle ayant porté l'Eternal à travers les siècles jusqu'à nous malgré les modifications qu'il a dû subir sous la main de ses nombreux propriétaires l'ayant adapté à l'ingénierie navale de leurs époques respectives.
Les nymiens, selon les informations que l'on possède à ce jour, étaient plus que des érudits -fort peu nombreux- et des marins soldats. Nym encourageait la science, la curiosité et l'exploration. Le projet Aethernal visait à lancer de grandes expéditions très ambitieuses au moyen d'une flotte de cinq prototypes de pointe pour l'époque, des bijoux d'ingénierie navale et d'arcanisme. Ils n'en ont hélas pas eu le temps.

La grande Guerre de la Magie a coupé court à ces ambitions, et la chute de Nym a enterré le projet sous des tonnes de gravas. Notre quête semblait alors bien innocente : nous nous sommes mit en tête de chercher les autres navires fussent-ils épaves au fond de l'océan. L'Obsidienne était peut-être détruit mais il en restait trois encore possiblement en état. Nous savions que le Pandora avait coulé quelque part dans l'ouest après avoir voyagé vers le sud, que l'Abyssius s'était rendu vers l'extrême orient, et aucune information sur le Trium.
Ayant hérité de l'Eternal, j'avais en ma possession le carnet personnel du capitaine Rahz, et chacune de ses notes sur sa quête sans fin des fameux Saphirs de Rhotano, une gemme rare qu'elle avait pour lubie de rassembler à on ne sait quelles fins. Je ressentais moi aussi une attirance pour ces pierres. Et quand, durant ma troisième grossesse, je nommais Meleth capitaine de l'Eternal, il se produisit sur elle le même phénomène. Nous le vîmes comme un signe que ces saphirs étaient liés d'une façon ou d'une autre à notre quête. En les cherchant, nous pensions tomber tôt ou tard sur l'un ou l'autre des navires perdus. Autant dire que nous avancions à l'instinct et sans réel plan d'action. A cette époque, le monde semblait renaître et nous n'aspirions qu'à suivre le mouvement de cette vague. Le monde avait frôlé la destruction avant que nous puissions l'explorer, cela éveillait en nous un enthousiasme et une énergie difficile à canaliser. L'attention de mes hommes, parfois la mienne aussi, partaient dans toutes les directions.
Les lunes passant, notre quête s'est ralentie puis effacée au profit d'autres expéditions plus urgentes, plus intéressantes, plus ancrées dans l'instant présent et les évènements qui agitaient le monde suite à l'Apocalypse que l'humanité évita de peu. Nous devions aider à reconstruire l'Archipel Paradis, secourir les populations d'Ilirslaent, obtenir l'autorisation -à l'époque plus restreinte- d'emprunter le téléporteur vers la Lune en trouvant Hawaïki, j'en passe. Le Département des Mystères, désormais notre allié, décrypta les données trouvées dans l'archive de Pandora mais nous n'avions guère le temps de nous y pencher. Jusqu'à ce que le destin nous remette sur les rails. Ce fut lors d'une expédition en Dalmasca que nous rencontrâmes deux de nos navires disparus, et pas celui que nous pensions retrouver en premier.

L'ancienne civilisation de Goug, la cité des machines, figurait parmi nos centres d'intérêt (nombreux je le reconnais à l'échelle d'une compagnie libre). Nous avions décidé de partir explorer le mystérieux phare de Ridorana au large des côtes dalmasquiennes récemment libérées de l'occupation garlemaldaise. Il se situe au bord d'un gouffre baptisé du même nom, tout aussi étrange et dangereux. La mer s'y jette et s'y noie dans l'obscurité. Il est si profond que la légende dit qu'il mènerait directement aux sept enfers. Aucun des explorateurs qui a tenté de s'y aventurer pour savoir où il va n'en est revenu vivant. Pourtant, les notes de Rahz suggéraient qu'un saphir s'y trouvait peut-être. C'est l'Abyssius que nous avons trouvé, en piteux état et à l'abandon depuis près de mille ans. Nous étions heureux, cependant.
Cette joie fut vite réfrénée. Dans ce même voyage et à l'occasion d'une escale à Port-Liberté (un rade de contrebandiers devenu repaire de résistants durant l'occupation) nous avons entendu la rumeur d'un "navire fantôme" sillonnant les mers au sud d'Othard depuis quelques années. Les rares marins ayant survécu à ses apparitions affirmaient qu'il sortait de nulle part et ne faisait pas de quartiers. Ce navire, nous l'avons aperçu de loin sur le chemin du retour, et nous avons tous été pris de malaise. L'Eternal lui-même semblait effrayé et notre instinct nous hurlait de prendre la fuite avant d'être piégés. Nous savions maintenant qu'il s'agissait du Trium et que pour une raison ou une autre, il n'était pas un allié là où l'Abyssius nous répondait avec bienveillance. A partir de ce jour, nous nous savions traqués par la présence obscure à bord du Trium mais toute l'histoire restait à découvrir.

Nous ne prenions pas encore la mesure de cette menace alors que nous mettions toute notre énergie dans la restauration de l'Abyssius et les préparatifs de ce que serait notre première grande expédition vers l'ouest et le Nouveau Continent. Plusieurs notes du carnet de Rahz indiquaient de possibles saphirs cachés là-bas, et le Pandora avait coulé vers l'ouest. D'autres quêtes orientaient nos boussoles dans cette direction et, il faut l'avouer, nous y serions allés même sans tous ces arguments. Depuis quelques temps nous envisagions un voyage vers un continent éloigné, Tural ou Meracydia.
Tous les regards se tournaient vers le Tural, nombre d'aventuriers et de groupes alliés se joignirent à ce voyage, depuis les nobles ishgardais jusqu'aux scientifiques en quête d'un transporteur sûr pour traverser une mer réputée agitée et dangereuse.
Nous sommes partit, et le Trium nous a rattrapé avant que nous ne puissions atteindre les côtes du royaume fédéré de Tuliyollal. Cette fois nous avons pris conscience du danger qu'il représente et nous avons cherché à comprendre qui étaient les fondateurs du projet Aethernal, comment ils avaient construit leurs navires, et qu'est ce qui avait pu mal tourner avant et pendant la chute de Nym. Cette aventure qui prendrait l'ensemble de notre groupe dans une guerre que nous n'avions pas voulu ni déclenché, mais que nous allions devoir gagner, se ferait sous l'ombre du Pavillon Noir et déterminerait une fois pour toute le destin d'Aethernal.

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