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Les pensées d'une miqo'te

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Nazah Il y a 1 heure et 30 minutes
Musique d'ambiance pour la lecture du texte





La vie est... compliquée.
Une phrase bien bateau, pas vrai ? Qui n'est pas au courant que la vie est compliquée, après tout ?
La vie est pleine de surprises ?
Non, pas mieux. C'est évident. Il faut vraiment ne jamais être sorti de chez soi pour ne pas s'en rendre compte.
La vie est un long fleuve tranquille ?
La pire de toutes. Et ce n'est qu'un gros mensonge qu'on raconte aux enfants pour les rassurer sur leurs vies d'adultes.
La vie est...

J'en sais rien du tout, en vérité.
Il s'est passé bien trop de choses dans ma vie pour que je puisse dire ce qui la décrit précisément.
J'ai fait tellement de rencontres.
J'ai vécu tant d'aventures.
J'ai perdu tant de gens.
J'ai pris tellement de coups.
J'ai été la miqo'te la plus heureuse de ce monde.
J'ai été la miqo'te la plus malheureuse de ce monde.
Et pourtant, je me souviens de chacun de ces moments.
Je suis passée par tant d'émotions que je ne saurais même plus les citer. Et pourtant, pour chacune d'elles, je n'ai aucun mal à me rappeler ce qui m'a amenée à les vivre.
La joie avait un visage.
La peur avait une odeur.
La colère avait un goût amer au fond de la gorge.
La peine, elle, avait souvent le silence pour seule compagnie.
Et l'amour...

L'amour avait tout cela à la fois.
L'amour est sans doute ce qu'il y a de plus étrange en ce monde. Il peut rendre plus forte qu'une lame, plus fragile qu'un souffle, plus vivante qu'après n'importe quelle victoire. Il peut donner un sens à des jours qui n'en avaient plus. Il peut faire croire, même brièvement, que tout ce qui a été perdu jusque-là avait peut-être conduit à quelque chose.

À quelqu'un.

Puis les choses changent.
Par choix.
Par nécessité.
Par fatigue.
Par cette cruauté silencieuse qu'a parfois la vie de déplacer les coeurs sans jamais expliquer pourquoi.
Et soudain, le monde ne s'écroule pas.
C'est presque pire.
Le soleil se lève encore.
Le vent continue de passer entre les arbres.
Les gens parlent, rient, marchent, vivent.
Rien ne s'arrête pour accompagner ce qui se serre dans la poitrine.

Alors il faut rester là, avec cette absence qu'on ne nomme pas. Il faut respirer avec ce vide discret, celui qui ne fait pas de bruit, mais qui prend toute la place.
Il faut apprendre à ne plus chercher certains gestes, certaines voix, certaines présences devenues trop lointaines pour être retenues.
Il y a des douleurs qui ne ressemblent pas à des blessures.
Elles ne saignent pas.
Elles ne crient pas.
Elles ne se montrent pas.
Elles s'installent dans les détails.
Dans un silence un peu trop long.
Dans une habitude qui n'a plus d'endroit où aller.
Dans un souvenir qui revient sans prévenir.
Dans cette étrange impression qu'une part de soi continue d'attendre quelque chose, même quand le coeur sait déjà.
Et pourtant...

La douleur ne rend pas ce qui fut doux moins vrai.
Un navire qui sombre a quand même traversé les mers.
Un feu qui s'éteint a quand même réchauffé quelqu'un.
Une étoile qui disparaît a quand même brillé dans la nuit.
Alors ce qui s'éloigne a quand même compté.
Peut-être est-ce là l'une des leçons les plus difficiles à accepter.
Tout ce qui est précieux n'est pas fait pour rester.
Tout ce qui nous marque ne nous appartient pas toujours.
Tout ce qui nous rend heureux peut aussi devenir la source de notre peine.
Et malgré cela, il faudrait aimer quand même.
Avec la peur au ventre, parfois.
Avec les cicatrices des anciennes pertes.
Avec cette part de soi qui sait déjà combien une absence peut peser.

Aimer quand même.

Car une vie sans attachement, sans tendresse, sans ce courage idiot de tendre le coeur vers quelqu'un, serait une vie plus pauvre encore.
J'ai eu de belles choses.
J'en ai perdu de belles aussi.
J'ai connu des présences que j'aurais voulu garder.
J'ai connu des silences que je n'étais pas prête à entendre.
Mais ce que j'ai vécu ne m'a pas été volé.
Même si ça s'est éloigné.
Même si ça fait mal.
Même si certains souvenirs pèsent plus lourd que certains combats.
Je garderai ce qui fut doux.
Je pleurerai ce qui doit l'être.
Je laisserai le temps faire son oeuvre, même lorsqu'il avance trop lentement.

Puis, un jour, je me relèverai.
Avec tout ce que j'ai aimé.
Avec tout ce que j'ai perdu.
Avec tout ce qui restera de moi après la peine.
Ce que l'on perd ne rend pas ce que l'on a eu moins précieux.

Et peut-être que vivre, au fond, c'est ça : accepter que rien ne dure éternellement, sans laisser cette vérité nous empêcher d'aimer quand même.



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